Les Carnets d'Emilie

12 juil. 18

Chap. 58. Deuxième souffle

Un bruissement de feuilles me tire ma torpeur. Un parfum de tabac blond mentholé me chatouille les narines. Une chaleur douce vibre sur mon épaule et mon visage à demi enfoui sur l’oreiller. Je tente me relever mais un poids immense me maintient plaquée sur le lit où je suis allongée de tout mon long à plat ventre, nue. J’ai l’impression de peser des tonnes. Une lumière intense danse entre mes paupières mais je n’ai pas envie de les lever bien plus.
Quelle heure peut-il être ?
Il faut que je bouge !
Réunissant mes forces je roule sur le côté pour me mettre sur le dos. Indolents, mes bras me suivent dans mon mouvement et le droit barre mon visage comme pour me protéger de la lumière et m’enjoindre de prolonger la nuit.
Je grimace et un râle pathétique accompagne ma torsion. Je suis fourbue de courbatures et chaque mouvements provoque un crépitement électrique qui vrille jusqu’au moindre de mes muscles.
— Tu as bien joui, petite salope ?
Je n’ai pas la force de sursauter. Juste celle de sourire aux anges.
Jouir ?
Oh mon dieu ! Oui j’ai joui ! Et au-delà de toute mesure !
 Kristale devrait le savoir, quand les bornes sont dépassées il n’y a plus de limite ! Et elle a m’a fait franchir une borne avec allant!
La chevauchée entreprise avec le plus jeune de la troupe a réveillé les ardeurs de quelques uns, tout d’abord. Et je les ai contenté, parce que je le voulais et parce qu’en retour je me suis laissée submerger par le désir. A leur tour ils n’ont plus été que les jouets et les instruments de ma jouissance. Je frappais en toute insouciance à la porte de la folie. Cette folie qui fait que vous ne vous appartenez plus,  que toutes les barrières de la bienséance vous semblent futiles, obsolètes. J’ai réclamé qu’ils viennent en moi. Un, puis deux, puis trois… Ensemble ? Qu’importe !  Une urgence à renouveler l’expérience, mais cette fois sous mon contrôle. De tous mes orifices je me suis offerte au dieu de la jouissance sur son autel. Alors j’ai été reine ! Reine et esclave à la fois.
Je souris.
— Combien de fois ?
La voix de Kristale est plus nette, adoucie par un accent de curiosité.
Faut-il que je réponde ?
Je serais bien en peine ! J’ai l’impression d’une extase en continue une cascade ininterrompue de spasmes orgasmiques.
Je tente de me relever mais retombe lourdement dans un gémissement de douleur.
De cette douleur que ressentent les sportifs qui ont été au delà de leurs limites au lendemain de l’effort, une douleur qui met en joie plutôt qu’en peine, la douleur du surpassement corporelle accompagné du goût de l’adrénaline.
Je retiens un rire nerveux devant mon impuissance à me mouvoir. Si elle savait !  La jouissance la plus forte n’a pas été celle de se sentir adulée, désirée, comblée et portée à l’extase !
Non !
La jouissance la plus forte  a été de repousser Jacques, dédaigneusement, lui faisant comprendre d’un geste qu’il n’était pas de ceux qui pourrait convoquer mon désir tandis que sous ses yeux ses sbires en faisaient la galante démonstration.
— Quand Marc va apprendre çà !
Je retiens un hoquet dédaigneux.
Décidément Kristale ne sait rien de moi ! Marc, je lui ai offert bien plus que cela et au-delà des turpitudes de ce groupe de pantins du plaisir. Et il m’a donné au centuple de sensations en retour. Je sais qu’il serait heureux de me savoir heureuse. Même si il ne m’en laissera rien paraître. Oh oui ! Il va bien rire de la pathétique tentative de Kristale de m’humilier définitivement.
Je lève mon bras de devant mes yeux et papillonne des paupières pour atténuer et m’accoutumer à la violence de la lumière qui me transperce le crâne.
Kristale est assise sur le bord du lit. Sa tenue ne me donne pas d’indication sur le temps passé. Je m’aperçois juste qu’elle en a changée. Elle porte un simple jean parfaitement ajusté à sa taille et un chemisier de lin blanc. Son visage impassible se dissimule dans l’ombre du contre-jour de la fenêtre cerné d’une auréole de feu aveuglant. Derrière elle, la fenêtre par où se déverse le soleil est grande ouverte et les branches de l’eucalyptus bruissent au moindre souffle de vent chaud. C’est ce doux murmure des feuilles qui m’a réveillé quand Kristale a ouvert la fenêtre. Cela doit faire un moment qu’elle doit m’observer et guetter mon réveil.
Elle achève de tirer sur sa fine cigarette et dans un même geste en soufflant un nuage parfumé l’écrase dans un cendrier posé sur ses genoux.
— Alors… Combien de fois tu as joui ?
Cette fois, je perçois une colère sourde dans le ton de sa voix.
Il faut que je réponde.
Je baisse les yeux sur mon corps étalé sur le lit. J’offre à ses yeux un bien étrange spectacle. Vautrée sans pudeur, les jambes à demi écartées, les bras nonchalamment posés au-dessus de la tête. Comme si je voulais de par ma posture alanguie  lui montrer la réponse à sa question. Ma peau est maculée de sperme séché, mes seins et mes hanches marqués d’enlacements trop appuyées. Combien d’hommes m’ont étreinte dans leur fureur lubrique ?
Je parviens à lancer dans un râle de lassitude.
— Je… Je ne sais pas !
Kristale se lève d’un bond, projetant le cendrier et son contenu sur le sol.
Elle hurle presque.
— Pas assez apparemment !
Elle se jette sur moi et me saisit par le poignet gauche qu’elle tire violemment pour me forcer à me relever. Je n’ai pas la force de résister. Dans un déchirement de tous mes muscles je parviens à me lever à demi mais retombe lourdement sur les genoux, à côté du cendrier. Je crie ma douleur mais Kristale ne s’en soucie pas. Elle prend la direction de la porte me traînant à sa suite comme un sac de sable.
Dans un gémissement je parviens à me relever et la suis en trottinant, entrainée dans des escaliers que je ne me souviens plus avoir montés. Le froid du carrelage de la cuisine que nous traversons sans nous arrêter me fait presque du bien, me ragaillardie. Sans un mot Kristale ouvre une porte de service qui mène au sous-sol. Un autre escalier de pierre et nous déboulons  dans une sorte de cellier vide, lugubre, au sol de ciment où seul, au centre, trône une sorte de tabouret bas à quatre pieds de bois tourné et un sac de sport où je peux apercevoir des cordes de chanvre.
Sans faiblir Kristale me tord le poignet et m’oblige à me mettre à genoux sur le sol rugueux puis à califourchon  sur le tabouret tandis qu’elle s’emploie à m’y attacher aux quatre coins. Soulagée que cesse la cavalcade qui me vrillait les muscles, je me laisse faire. Mes poignets et mes genoux se trouve rapidement entravés, me crucifiant à plat ventre et à quatre pattes sur la sellette. Vérifiant la solidité de mes liens et l’impossibilité pour moi de ne faire aucun mouvement, Kristale semble se calmer.
Elle s’assoit posément en tailleur à même le sol de béton face à moi. Une petite badine de cuir qu’elle a du extraire du sac en même temps que les cordes qui me lient, posée au travers de ses cuisses.
— Alors maintenant dis-moi ! Tu as aimé faire ta petite salope avec ces hommes ?
Je ne réponds pas, je sens confusément que cela ne changera rien au châtiment qu’elle s’apprête à me faire subir.
Elle se saisit alors de mes cheveux poisseux et me les tire, me relevant la tète pour lui faire face.
— J’ai bien vu que tu as aimé !
Je soutiens son regard
— Oui Madame, j’ai aimé çà !
Bravache, j’ai bien conscience que cela n’avait pas été fait pour cela. Que dans son idée, je devais sortir brisée de cette épreuve.
Ses yeux se voilent de cruauté.
— Ah oui ? Et bien je crois que tu vas adorer ce que je te prépare alors. Parce que si tu as aimé être une chienne lubrique, tu vas être servie !
Elle se tourne alors vers la porte de métal laissé entrouverte et hurle à plein poumons.
— Maud, tu peux venir !
Il ne faut qu’un instant pour que la porte s’ouvre entièrement et que Maud entre, vêtue de noir comme à son habitude. Et comme a son habitude elle traîne derrière elle son molosse, aussi noir qu’elle. Kristale se saisit alors du collier du chien et l’amène face à moi presque à me lécher le visage.
— Je te présente ton prochain amant !

Je ne saisis pas immédiatement ce qu’elle veut dire, puis je commence à réaliser ce que ses mots impliquent. Consternée, je comprends qu’elle ne m’a pas fait descendre dans cette cave sinistre pour une simple leçon ! La mise en scène est faite pour m’humilier au plus profond de mon âme.
Un froid mortel me glace le ventre. Je veux hurler mais j’ai la respiration coupé par l’ignominie de ce que s’apprête à commettre Kristale. Je ne peux que lâcher un « Oh non ! » à peine audible, mais qui retenti comme un appel dans le silence de la cave.
Kristale éclate de rire.
— Oh mais que si ! Tu vas vraiment aimer ! C’est ce que tu peux rêver de mieux non ? Te faire saillir proprement comme la petite chienne que tu es !
Mortifiée, je ne peux que geindre de nouveau ma plainte d’un ton à peine plus fort.
Elle continue.
— Mais si ! Mais si ! Ta copine Stéphanie a adoré çà, elle !
Elle prend un ton condescendant pour continuer.
— Enfin !… Au début elle a aimé ! Après notre brave toutou a tendance à s’énerver, à griffer un peu et mordiller aussi… Faut dire qu’avec lui çà dure vraiment longtemps ! Plus longtemps qu’avec tes amis d’hier soir…
Sa voix se brouille, se fait lointaine, je ne veux pas en entendre plus. Une main froide se glisse entre mes cuisses et viennent en éprouver l’accès. C’est Maud qui, me contournant, introduit sans vergogne ses doigts dans mon intimité. Elle en constate l’humidité naturelle et en fait part à Kristale d’une voix amusée. Elle appuie un peu plus mon affliction en faisant remarquer que les hommes ont bien élargi le goulet mais que son dogue aura quand même un peu de mal à s’y frayer un passage.
Me secouant doucement par les cheveux Kristale abonde à ses remarques.
— Tu entends ? Il est très gros et très long aussi ! Tu n’en as jamais eu une comme çà entre les jambes !
Perdu dans les brumes opaques de l’horreur je ne peux que répéter.
— S’il vous plait… Pas çà !… Pas çà !
Maud tend ses doigts mouillés de mon odeur vers le museau du mastard. Il les lèche et commence visiblement à s’agiter.
L’effroi et l’imminence de l’humiliation me tétanise. Je voudrais de nouveau hurler, supplier, mais je n’y arrive pas. Au bord de la folie je peux qu’à peine murmurer, entrecoupé de hauts le cœur
— Pitié Madame… S’il vous plaît ne me faites pas çà ! Par pitié !
Désespérée je ne retiens pas de grosses larmes qui roulent sur mes joues
Tirant un peu plus fort sur mes cheveux me pliant le cou à le rompre et approchant son visage du mien à le toucher.
— S’il vous plaît ? Mais il me plaît justement ! Cela va me plaire de te réduire à un petit animal docile. Et çà me plais de finir par là où j’aurais du commencer. Te faire couvrir comme la chienne que tu es et que tu aimes être !
Elle a un hochement de menton vers Maud.
Tirant sur sa laisse Maud entraîne son dogue derrière moi. De nouveau ses doigts fouillent en moi, plusieurs fois. Je devine qu’elle est en train de faire laper à ma source son commensal. Mes yeux se révulsent d’horreur lorsqu’une langue immonde et brûlante m’explore l’entrecuisse vers mon ventre ouvert. A ce contact j’ai un sursaut de tout mon corps. Mais les liens sont si serrés que j’arrive à peine à bouger, seulement à m’égratigner les genoux sur le sol de béton brut.
 Kristale jette un coup d’œil derrière moi et se délecte visiblement du spectacle.
Elle me lance un clin d’œil.
— Cela s’annonce bien entre vous deux…
Elle ricane.
 — Bien ! Nous on va vous laisser dans l’intimité !
Maud, lâchant la laisse du molosse, se glisse au dehors sans un bruit. A peine lance-t-elle un dernier regard à son cerbère lubrique. Kristale se relève d’un bon et fait un pas en arrière. Elle sort dans le couloir,  s’empare de la poignée et la tirant à elle ne peut s’empêcher de lancer.
— Profite bien !
Les yeux exorbités par l’horreur je vois la porte se refermer. Une lèche immonde puis une autre, plus précise, juste sur ma fleur offerte à l’ignominie. Je sens le dogue qui cherche à monter sur mon dos. Il me griffe un mollet.
Retournant brusquement à la réalité de ma situation et dans un effort surhumain, je parviens à hurler enfin.
— Kristale !
                          — KRISTALE !
                                                              — Je vais vous  le dire !…

— Le mot de passe !…

                                      — JE VAIS TE LE DIRE !

Et je m’entends égrener les trois mots qui déverrouillent le lien qui m’attache à mon Maître,  en m’effondrant en sanglot.

A suivre : Chap.59. Mes Consolations

 

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01 juil. 18

Chap.57. Elle

Peu à peu, au fur et à mesure qu’elle descend l’escalier les derniers éclats de voix se meurent. Le silence se fait, à peine troublé par le tintement métallique du grelot qui pend à son cou. Les visages se lèvent vers elle. Elle n’ose pas regarder le groupe qui s’est brusquement immobilisé. Elle garde la tête baissée, fixant les marches qu’elle doit franchir une à une. Le cœur battant à tout rompre, lentement, résistant à une force invisible qui l’entraine vers le bas, elle pose ses pieds nus sur les degrés comme pour s’assurer de leur solidité avant de progresser. A trois marches du sol elle se risque à relever la tête et glisse un rapide coup d’œil en contrebas.
Ils sont là !
Ils l’attendent. Presque cérémonieusement. D’ailleurs leur accoutrement est celui d’une cérémonie. Ils sont tous vêtus d’un même peignoir blanc immaculé. Elle se refuse à les compter, mais ils sont nombreux bien plus qu’elle ne pouvait le concevoir. C’était tellement abstrait jusqu'à maintenant. Ils sont tous debout dans l’attente sauf deux femmes assises sur un sofa devant une table basse chargée de verres et de bouteilles de champagne. La plus altière, magnifique,  assise avec sophistication sur le rebord du divan porte son verre à ses lèvres tout en la détaillant de ses yeux de glace bleue. Instinctivement la jeune fille cherche le visage rassurant de la belle italienne qui l’a conduite ici. Elle se retourne à demi et lève les yeux vers le haut de l’escalier.
Personne !
Se méprenant sur son geste de recul la femme blonde se relève d’un coup en posant son verre précipitamment, elle franchit en quelques enjambées l’espace qui la sépare d’elle et s’engage sur l’escalier lui saisissant le poignet  prévenant ainsi tout retour en arrière, tout refus. Cette main froide sur son poignet scelle son destin. Elle ne peut plus faire demi-tour. Une traction lente mais ferme sur son bras l’oblige à achever sa descente. La femme aux cheveux de lin l’entraine vers le groupe d’homme  et, dans un mouvement de danse fluide, lâche sa main,  passe derrière elle, la pousse par les épaules,  l’oblige à faire encore un pas puis un autre, mécaniquement, vers les visages qui la suivent dans sa progression.
La femme se penche à son oreille et lui murmure  doucereusement des mots qui lui offrent une porte ouverte qui l’éloignera de ces hommes et ce qu’ils attendent d’elle.
Elle ne répond pas, se contentant de baisser la tête.
Le visage aux yeux d’aigue-marine se durcit. Elle la pousse dédaigneusement vers la meute  et d’un même mouvement regagne sa place sur le sofa, reprenant son verre, se désintéressant de son sort.
Maintenant seule la supplique hurlée de la jeune fille la sortira de son indifférence.

Dans un silence, seulement troublé par le battement de son cœur et la saveur acre de la peur au fond de sa gorge, comme un automate, les mains jointent nerveusement devant son ventre,  elle fait un pas vers les hommes figés dans leur attente.
Encouragés, ils se rapprochent et font cercle autour d’elle. Des mains se tendent.
Leurs gestes sont interrompus par un glapissement bref venu de derrière leur ligne compact
On leur enjoint de patienter.
Celui qui a osé briser le silence, s’avance, fendant le cercle et se campe devant elle. Il a un sourire narquois, satisfait. Cet homme elle le connait ! C’est lui qui a fait que tous sont réunis autour d’elle. Et elle lit dans ses yeux brillants de fièvre l’immense satisfaction de leur retrouvaille. Sans se départir de son sourire il tend deux doigts vers la ceinture de satin. Elle sait ce qu’il veut et laisse retomber ses mains de chaque cotés de ses hanches lui signifiant son assentiment.  Il s’empare d’un des bouts du ruban et tire dessus sèchement. Dans un doux chuintement la ceinture se dénoue et le peignoir de satin s’entrouvre  comme un calice, dévoilant à demi la rondeur sensuelle de ses seins et son ventre tendu. Cela ne lui suffit pas. D’un geste rapide du plat de la main, comme pour épousseter ses épaules,  il repousse les épaulettes du peignoir.  Le voile glisse avec légèreté sur le sol à peine retenu par les mains de la jeune fille.
La voici nue, fragile, au milieu du cercle menaçant qui se referme sur elle.
Elle frissonne, et instinctivement dans un geste de pudeur resserre ses mains devant son pubis glabre. Des murmures d’approbation, des petits rires retenus de connivence saluent l’apparition de son corps dénudé. Ils saluent la beauté dévoilée et convoitée car elle est belle dans sa retenue naturelle et elle le sait. Elle sait aussi que ces hommes sont là pour çà ! Pour s’approprier et plier à leurs désirs les plus bestiaux la poupée à la peau de lait et à la chevelure rousse qu’on leur offre en pâture. Une myriade de regards court sur sa peau, cela en est presque physique. Des frôlements concupiscents qui précédent leurs caresses indécentes.
Elle se pince les lèvres et relève la tête vers l’homme qui vient de la dévêtir. Elle prend une profonde inspiration qui fait refluer le rose de ses joues et entrouvre ses lèvres qui appellent aux baisers.
Encouragé, l’homme se penche sur elle, cherchant sa bouche.
Elle détourne vivement la tête refusant le baiser, mais elle n’esquisse pas de fuite, elle ne veut pas se lier à cet homme, ne pas lui donner le moindre signe d’estime.
Un grondement parcours le groupe et des rires amusés fusent.
La petite à du caractère.
Vexé, l’homme fait un pas en arrière en faisant signe à ses sbires qui encadrent la frêle jeune fille. Dans une entente parfaite, sans qu’il n’aye à prononcer une parole, ils se saisissent d’elle par les poignets et la force à se mettre à genoux en pesant sur ses épaules. Elle ne résiste pas. Le marbre du sol lui fait mal, elle allonge ses pieds comme une ballerine sur ses pointes pour en diminuer la pression sur ses genoux.
A son tour l’homme qui lui fait face dénoue la ceinture de son peignoir en en faisant jaillir la hampe turgescente de son désir trop longtemps contenu. Il s’approche et en pose le gland roide sur ses lèvres. Bien que cette demande de baiser soit bien plus indécente que la précédente, elle ne détourne pas la tête.
D’une voix rauque sourde, il lui ordonne d’ouvrir la bouche.
Elle ferme les yeux et s’exécute.
Il se précipite avec un grognement de bête en rut. Il veut lui faire payer son premier refus et assoir son autorité. La jeune fille ne se débat pas, on dirait même qu’elle met un point d’honneur à ne pas faillir. Maintenue crucifiée à genoux par les deux hommes qui ne l’ont pas lâchée, elle sait qu’elle est la proie sacrificielle et que ceux qui l’entourent et assistent à sa déchéance vont bientôt y participer ! Sans vergogne, il s’enfonce entre ses lèvres forçant sa gorge au plus profond. Le visage crispé par le haut le coeur de la jeune fille disparait entre ses jambes plaqué contre son ventre. Encouragé par la passivité de sa victime et au comble de l’excitation il se saisit d’elle par les cheveux et lui imprime un puissant mouvement de va et vient en cambrant les reins pour bien montrer à tous qu’il la possède et la domine le premier.
Mais il lui avait promis qu’il ne se contenterait pas de l’humilier, il voulait lui faire mal, la faire crier de douleur ou de plaisir, peu lui importe, mais la faire crier. Il se retire brusquement laissant sa proie haletante et cherchant à récupérer son souffle coupé par la violence de l’abjecte intromission. Un échange d’ordre rapide avec ses deux sbires et la voici trainée vers une des tables basses la plus proches. Toujours maintenue elle y est couchée à plat ventre sans ménagement, la croupe projetée, offerte aux injonctions de son assaillant. Son esprit tente de s’échapper dans un étrange déphasage. Elle se dit qu’au moins elle n’a plus mal aux genoux que l’épais tapis sur lequel on l’a entrainée est doux et moelleux, qu’elle aimerait si réfugier entièrement. Mais c’est sans compter les désirs pervers de l’homme qui la ramène brutalement à la réalité. A son tour il s’agenouille et se plaque contre elle. Du genou il lui écarte les jambes et sa verge mouillée de salive s’incruste dans le sillon moelleux des fesses de la jeune fille.Il se penche à son oreille et lui murmure ses envies. Il lui rappelle sa promesse, celle de lui forcer les reins de la faire jouir de cette manière parce qu’elle aimait cela. Et il ponctue chacune de ses paroles par un petit coup de reins qui fait glisser sa verge dans le sillon maintenant humide comme pour y chercher le chemin à emprunter.
Elle se mord les lèvres. Elle sait qu’elle ne peut y échapper et s’y résigne.
Mais pourquoi donc la maintiennent-ils encore ?
Bien que fait avec soin, la préparation de la belle esclave qui avait lavé et parfumé son corps au plus intime et assoupli ses orifices en une caresse langoureuse de ses doigts fins ne l’avait pas disposée à un aussi rude assaut. L’humidité ramenée de sa bouche n’est pas suffisant pour en faciliter l’intromission. L’homme y ajoute la sienne. Copieusement enduit le bélier de chair trouve sa place et de la tête presse contre la délicate rosette qui cède sous la poussée lente mais puissante, irrésistible. Elle baisse la tête en serrant les dents. Une tristesse immense se saisit d’elle en pensant qu’on était en train de forcer le chemin que seul son maître avait pris jusqu'à maintenant.  Tristesse suivi de révolte, de rage contenu. Elle ne veut rien laisser paraitre, elle ne sera que pantin sans vie sous les odieux assauts de l’homme. Elle ne lui fera pas le plaisir de jouir sous lui.
Mais c’est sans compter l’âcreté de l’homme qui compte bien la ramener à sa condition d’objet de plaisir répondant au sien. Comme il avait fait pour sa bouche, l’homme sûr de sa puissance et pressé  de lui démontrer ses projets, à peine introduit, à peine la fragile porte entrouverte, d’un puissant coup de rein, s’enfonce au plus profond, sans avertissement, sans préparation.
Sous la douleur fulgurante la jeune fille perd toute contenance. Dans un reflexe animal elle tente de se soustraire à la douleur en cambrant les reins, et, rejetant la tête en arrière, poussant un cri guttural.
Son cri semble agir comme un appel.
De spectateurs les hommes deviennent soudain acteurs. N’y tenant plus, fascinés par la scène, tenté par la bouche qui vient  de s’ouvrir devant lui,  l’homme le plus proche laisse à son tour tomber au sol son peignoir et dans un même mouvement lui pressente sa verge turgescente, la bâillonne de la plus licencieuse des façons. Il se glisse entre ses lèvres avec précipitation prévenant ainsi les prochains cris de réprobation de la jeune fille que l’on force. Les mains se tendent vers sa peau, la caressent, la palpent, la soupèsent comme pour s’assurer de sa réalité et de la qualité de la marchandise à laquelle on veut la réduire. Les plus hardis s’emparent de ses seins, en pince les tétons qui s’épanouissent et s’hérissent sous les caresses rugueuses. Quelqu’un vient de lancer une musique de fond pour souligner son calvaire. Incrédule, elle se surprend à l’identifier, Agnus Dei de Samuel barber. Son maître aurait pu faire ce choix ! Elle sourit à cette évocation, mais on ne lui laissera pas le loisir de se perdre dans la douce complainte. Des murmures montent puis des commentaires gras fusent, des rires de contentement, on lui fait comprendre qu’elle est belle et désirable et qu’il est bon qu’elle partage sa fraîcheur sans regimber avec la multitude qui s’impatiente. Un tourbillon de chair virevolte alors autour d’elle, si rapide que sa vision se trouble et que ses oreilles se ferment sous les sollicitations graveleuses. Elle plonge dans un univers cotonneux où son esprit se réfugie tandis que son corps n’est plus que poupée de chair entre les mains des hommes.

Dans une sarabande où la chorégraphie est rythmée par une lubricité échevelée, tour à tour ils vont forcer les chemins de plaisir de la jeune fille, défilant un à un, sollicitant les baisers les plus immondes, s’encourageant, s’invitant à partager leurs étreintes. Refoulant toutes retenues, l’humiliant ou la vénérant, la portant comme on porte une idole ils vont l’empaler sur un sexe érigé dans son attente. Une fois solidement enchâssée sur cet un autel païens un autre officiant s’introduit, forçant ses reins et rejoignant son ami à se saluer à l’intérieur de son ventre. On ne lui laissera pas le loisir de manifester sa surprise ou sa désapprobation, un troisième congénère la bâillonne de son sexe, violant ses lèvres, la forçant à en avaler la hampe turgescente à s’en étouffer. Ils ont cure de ses tentative d’échappement désordonnés, d’ailleurs ils faiblissent, ce se sont plus maintenant que réflexes de sauvegarde, d’inconfort, pauvre tentative de préservation de son corps souple de la fureur sexuelle qui s’abat sur elle.

Depuis combien de temps subit-elle les assauts répétés des hommes ?
Des corps fatigués, repus, gisent autour d’elle sur l’épais tapis ou vautrés dans des poses impudiques sur les sofas qui encadrent l’arène de son supplice.
Agenouillée à quatre pattes sur le sol, abruti de caresses, elle tremble d’épuisement. Elle est en sueur, ses cheveux défaits maculés de sperme, son corps marbré de griffure d’étreintes trop appuyées par le spasme des hommes qui jouissaient en elle. Ils en est encore pour solliciter ses faveurs. Un visage frôle le sien la tirant de sa torpeur. Il est jeune, il est beau, il lui murmure des phrases d’amours insensés à l’oreille, il la veut, encore et encore. Elle en rirait presque, si elle en avait encore la force. Ont-ils oubliés pourquoi ils étaient là ? Pourquoi ils violentaient et humiliaient son corps offert ? Ils semblent avoir renoncé à faire tomber l’ultime barrière. Le cri qui la libérerait de ses tourmenteurs.
Elle sait qu’elle a gagné ! Elle n’appellera pas au secours !

Libérée, une étincelle se réveille au fond d’elle. De l’étincelle nait un sourd brasier qui couve et cherche à se répandre consumant ses défenses. La tourmente passée, elle ne luttera plus contre ce feu intérieur qui court comme un feu liquide dans ses veines. Les murmures énamourés du jeune homme à son oreille de cotonneux deviennent plus net.
Il veut du plaisir ?
Elle se, saisit de son membre tendu, sa bouche s’arrondi et se fait gourmande. Maintenant c’est elle qui prend les commandes de cet orchestre de chair.
Impérativement, elle pousse l’homme sur le sofa le plus proche entre deux autres corps repus de ses caresses et s’empale sur le membre qu’elle vient d’ériger à son plaisir. Le jeune homme tout à son étonnement, surpris par la métamorphose  de la belle se laisse monter passivement, à peine pose-t-il ses mains sur les hanches de sa cavalière pour accompagner ses mouvements de rein. De gourds et maladroits les déhanché de la jeune fille se font plus profonds plus lascifs. Elle se dresse de toute sa hauteur les reins cambrés pour facilité le mouvement de piston qu’elle accélère langoureusement.
De sa bouche, muette sous les assauts précédents, s’échappe à présent une musique qui annonce le plaisir qui monte en elle. Elle le veut et elle le veut furieusement.
Autour d’elle les visages se relèvent un à un, des sourcils se froncent d’étonnement et de frustration. Comment ?  Eux qui n’ont pas réussi à tirer le moindre râle de plaisir de la poupée de chair.  Voici que lorsque tout semble consommé, sous leurs yeux ébahies, la jeune fille semble les défier et dévoilant sa véritable nature reprend le contrôle de son corps et le porte vers une jouissance qu’ils n’ont pas éveillé en elle !
La chevauché s’accélère. Elle se laisse envahir et submerger par le plaisir jusqu'à ce qu’un arc électrique la foudroie, la tétanise en une somptueuse sculpture de chair figée par l’orgasme qui la traverse. Elle ne retient pas un cri monté du plus profond d’elle. Les yeux grands ouverts fixant au zénith un soleil qu’elle seule peut voir, elle hurle sa joie, son plaisir, sa victoire.

Essoufflée, le corps ruisselant et tremblant encore empalée sur le jeune homme qui n’a pas joui, dans un geste de défi elle rejette ses cheveux de feu sur sa nuque,. Elle se dresse fièrement au dessus de la mêlée de corps enchevêtrés les toisant tous comme une walkyrie constatant sa victoire au milieu d’un champ de bataille.
Bravement, elle cherche du regard sa tourmenteuse.
Elle est là ! A quelque pas.
Leurs regards se défient. Le visage de la femme aux cheveux d’or liquide la scrute de toute son arrogance. Son visage est fermé, ses lèvres pincées sur une fureur contenue, ses yeux de glace bleue, fixes, irradient un feu de violence qui la tuerait d’un regard si sa nouvelle détermination ne lui servait de bouclier.
Mécaniquement, elle repose son verre a côté d’une bouteille vide. Elle se lève raide et, dédaigneuse, lui tourne le dos en s’éloignant pour quitter le champ de sa défaite.

A suivre: Chap. 58. Deuxième souffle.

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02 mai 18

Chap. 56. La Meute

Je passe lentement la main autour de mon cou et ferme les yeux échappant un instant à l’intense lumière du soleil reflétée par le travertin qui borde la piscine. Mon esprit divague. Que fait Marc en ce moment ? En compagnie de l’espiègle Lorelei, je ne peux que deviner et me référer à mes premiers instants de dressage, mes premier émois de soumise !
Je m’humecte les lèvres.
— Ton collier te manque ?
Ma main retombe vivement comme brulée par le contact de ma peau.
J’entrouvre les yeux et contemple Kristale.
Elle est allongée nue sur le transat, nonchalante. Malgré sa blondeur nordique elle ne semble pas craindre le soleil. Un losange de fourrure renaissante blonde artistiquement taillée en losange brille comme de l’or sur son pubis et l’aigue-marine nichée dans le creux de son nombril lance des éclats de feu à chacune de ses respirations. L’aréole des seins du tendre rose est passée au brun sous la caresse de Phébus. Pour ma part je me suis réfugiée sous un immense parasol considérant qu’il n’était pas nécessaire d’ajouter à la cuisante brulure du fouet le feu du soleil à ma peau blanche de rouquine.
Je ne sais trop que répondre, mais le ton  me semble être à la confidence.
— Je… Oui, un peu !
— Tu penses à Marc ?
Cette fois, elle prend un ton agacé. Je la surprends une fois de plus à deviner mes pensées avec tant de facilité.
Je réponds du tac au tac.
— Oui !
Elle ricane méchamment
— Si tu crois que lui pense à toi en se moment ! Ma petite protégée doit occuper toute son attention… et ses soins !
Elle se redresse brutalement.
— Allez, lève toi  et va t’habiller !… On va aller te choisir un collier.
Sûre d’être obéis et se désintéressant de moi, elle s’adresse à Maud paresseusement allongée sur le bord de la piscine à même le sol.
— Tu viens ma chérie, on va en ville !
Je me lève en même temps qu’elle et trottine vers ma chambre.

Sans un mot, sans même qu’on lui ait demandé, Laure m’a suivi comme mon ombre. Comme je ne trouvais pas mon jean, ni d’ailleurs aucun autre de mes vêtements, elle m’a conduit dans un vaste dressing et m’a tendu sans un mot, un tee-shirt blanc et une de ces petites jupettes plissées que l’on met pour jouer au tennis, courte, bien trop courte à mon gout… Rien d’autre.
Maud et Kristale me font prendre place à l’arrière de l’imposante berline noire qui les a amenées à la Galiniere.
Maud a pris le volant.
Kristale jette de fréquent coup d’œil au miroir de courtoisie qu’elle a orienté pour me surveiller. Malgré la climatisation, mes fesses nues collent sur le cuir de la banquette arrière et je me soulève alternativement de gauche à droite pour tenter de réduire mon inconfort. Cela a l’air de l’amuser. En me balançant, Je me serre le plus possible contre la portière, m’éloignant instinctivement du dogue noir couché à ma droite sur un plaid couvert de poils.
Elles se sont rapidement concertées à voix basse et mi le cap sur Sète tout proche, Et a l’allure à laquelle conduisait Maud, il n’a fallut qu’un moment pour s’y rendre.
 Le long du quai, armées de grands sacs de toile de jute les deux compères font leurs  emplettes. Je les suis docilement en compagnie du chien indifférent. Nous nous dirigeons vers le môle lorsque brusquement sans se concerter  elles s’engagent dans une rue adjacente en pressant le pas. Encore un détour et elles s’engouffrent dans une boutique un peu à l’écart des commerces du port.
 C’est une petite animalerie, un peu comme ces épiceries de quartier qui proposent sur quelques mètres carrés le stock d’un supermarché et dans lequel on trouve toujours exactement ce qu’on cherche. Le magasin est dessert. Un homme est assis derrière le comptoir, plongé dans son journal. Il lève le nez et son visage s’éclaire. Il nous salut courtoisement.
Kristale abrège rapidement.
— Nous cherchons un collier ! Fin mais solide… Avec un grelot !
L’homme baisse les yeux vers le mastard de Maud, étonné.
— Fin ?
Kristale rit de bon cœur
— Non ! … Ce n’est pas pour lui… C’est pour Elle !
Et  elle me désigne en posant une main sur mon épaule et me poussant vers lui.
Je ne peux contenir une flambée de honte qui me monte au visage comprenant ce que vient de suggérer Kristale. Je baisse rapidement les yeux et me mord les lèvres. L’homme semble interloqué.
Kristale continue, amusée.
— Oui … vous savez, hein !?  Ces gothiques raffolent de ça !
Il se ressaisit et sourit en me contemplant en soulevant un sourcil soupçonneux.
— Ha ! …Oui çà arrive des fois !
Il ne fait pas de remarque sur ma tenue de midinette qui n’a vraiment rien de gothique. Il désigne un rayon où sont pendus en vrac de nombreux colliers de toutes tailles et de toutes matières.
Kristale exulte.
— Parfait ! Merci ! Nous allons en essayer quelques uns !
Gentiment mais fermement remercié, l’homme regagne sa caisse en reculant et ne me quittant pas des yeux, un demi sourire et un froncement de sourcil interrogateur.
A-t-il deviné à quel jeu venait se livrer Maud et Kristale dans son magasin ? Est-t-il au courant de leur état et du mien ?
En lui jetant subrepticement un coup d’œil pour m’assurer qu’il ne nous regarde plus, je glisse mes mains dans le dos et tend le cou.
Les deux complices s’amusent visiblement à me passer un à un toute la panoplie des colliers. Leur choix finit par se porter sur un modèle de cuir rose sertie de clou fantaisies régulièrement disposés. Un petit grelot de fer blanc vient rapidement agrémenter le tout. On me tend un miroir de courtoisie. Je retiens une grimace de dépit. Cela n’a vraiment rien à voir avec les colliers sophistiqués dont Marc me pare et le grelot de soumise débutante ajoute à ma déconvenue.
 — Il te plait ?
Inutile de froisser Kristale. Qui sait de quoi elle serait capable ici ! Elle m’a déjà offerte à son jardinier, le commerçant affable qui tient le comptoir m’acceptera certainement comme paiement.
Je hoche rapidement la tête.

Quel drôle d’équipage a défilé dan les rues bondées de touristes qui, finalement, ne portait pas trop attention à nous. Mes deux préceptrices ouvrent la marche en fendant la foule, altières, trainant le dogue noir au bout de la laisse-fouet et moi je les suis en trottinant le grelot de mon collier tintant doucement, tirant constamment sur ma jupe si courte comme pour l’allonger et empêcher la brise marine, coquine, de soulever le minuscule carré de tissus et d’en dévoiler mon intimité nue à la cohue.
La journée est passée ainsi en futilité mercantile, J’ai même fini par me piquer au jeu et me suis prise a fouiner dans les étales, dés que je m’arrêtais sur un article Kristale me demandait si cela me plaisait et au moindre signe d’assentiment le fourrait dans son sac.
Ce n’est que lorsque la brise de mer a fraichi et que les sacs ne pouvaient plus accepter d’autres marchandise que nous avons quitté le port. Mon ventre ne crie plus famine lassé d’attendre quelque nourriture et se contente du simple thé sucré pris à la terrasse d’un café. Fatiguée, assommée de bruit et de cohue, je me cale et m’assoupie  au fond de la berline.

— Ils sont là, Madame !
Laure est venue à notre rencontre ouvrant la portière à Kristale.
— Déjà ?... Tous ?
— Oui, Madame !
Tout semble s’accélérer alors. Je sors à peine de ma torpeur, la tête bourdonnante d’un mauvais réveil,  mais je comprends alors que le moment est venu.
— Tu passes par derrière, tu l’emmènes et tu la prépares, on l’attend au grand salon, le temps de se rafraichir.
Sans un mot, la Kajira a un hochement de tête et faisant le tour de la voiture, ouvre ma portière et s’empare de mon poignet gauche m’entrainant vers la porte de service. C’est presqu’en courant que nous gagnons la salle d’eau de l’étage.
Une douche froide achève de me réveiller totalement. Laure me sèche délicatement mais avec empressement. Elle souffle mes cheveux pour les sécher et les ramène au dessus de ma tête en une queue de cheval haute perchée. Armée d’un énorme pinceau de martre et d’une boite de poudre, elle mate ma peau sur tout le corps d’un léger voile parfumé. Son geste se fait plus tendre lorsqu’elle applique un gloss transparent sur me lèvres et la pointe de mes seins qui s e dressent sous la caresse. Toujours sans un mot, sont travail achevé, elle m’inspecte de la tête au pied en me faisant pivoter sur moi-même. Elle passe un doigt sur la marque de fouet qui file sur le haut de mes reins comme pour tenter de l’effacer.
Je la regarde faire dans le miroir. Les marques ont pali mais on les distingue clairement malgré le soin apporté par la Kajira à rendre mon corps lisse.
Son geste la rend songeuse mais elle se ressaisit rapidement. Elle s’assure que mon nouveau collier est en place avec une grimace circonspecte. Elle fouille dans la penderie et en extrait un long peignoir de satin vert émeraude qui s’accorde parfaitement a la rousseur de mes cheveux mais jure grossièrement avec le rose de mon collier. En nouant la ceinture elle s’assure du parfait tombé du tissu sur mes hanches et mes épaules. Je me sens comme une poupée que l’on vient d’habiller pour la représentation
 Laure fait un pas en arrière pour me contempler.
— Ton collier est moche !... Mais toi tou es bellissima !
Et avec un sourire me dépose un baiser sur le front.
Laure m’entraine vers l’escalier qui mène au salon. Elle m’arrête sur le pallier. De la salle en contrebas montent un brouhaha feutré, troublé par quelques éclats de rire gras, forcés.  Le grondement sourd et menaçant d’un ressac sombre qui annonce la tempête.
Gravement la belle italienne  s’assure de nouveau de ma tenue et sans un mot me désigne de la main les degrés qui descendent dans la fosse où m’attend la meute.

A suivre : Chap. 57. Elle

 

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18 févr. 18

Chap. 55. Crescendo.

Je sursaute et me retourne vivement. Mes yeux confirment ce que j’avais entendu.
C’est Kristale !
Elle n’est pas seule.
Elle est accompagnée d’une femme que je connais. Nous nous sommes brièvement croisées a la Colombière l’année dernière.*
Toute vêtue de noir, les cheveux aile de corbeau aux reflets métalliques et un maquillage charbonneux. Elle tranche étrangement avec la blondeur ivoirine et l’ensemble de lin blanc de Kristale. Elle a une trentaine d’année peut être plus et son accoutrement me semble parfaitement étudié pour s’accorder avec le pelage du dogue noir qu’elle traine au bout d’une imposante laisse de cuir patinée par l’usage qui, après examen détaillé, se révélera être un long fouet de cuir tressé transformé en laisse.
C’est Maud, accompagnée de son molosse !
Laure et moi nous levons d’un seul élan de nos transats et prenons une pose respectueuse. Kristale dépose sur la table la plus proche un sac de plage qu’elle portait en bandoulière, et lance sans nous regarder.
— Alors ? Cela s’est bien passé ?
Aucun salut, aucun geste de courtoisie, de retrouvailles, tout se passe comme si son absence avait été effacée.
Elle fait un pas en avant.
— Viens là Isabelle !
Sans hésiter je vais à sa rencontre. Arrivée à sa hauteur elle me saisit par le coude et me force à me retourner. Je comprends que c’est pour s’assurer que Laure a bien suivie ses directives. Par-dessus mon épaule elle lui lance.
— Hé bien ! C’est une petite fouettée pour jouvencelle que tu lui as donné…
Perspicace, elle continue.
— Vous avez joué, n’est ce pas ?
Elle s’adresse à Laure qui ne ment jamais.
— Oui, Madame !
Elle prend alors Maud à partie.
— Regarde-moi çà ! Qu’est-ce-que tu en penses ?
Elle me tourne de nouveau pour présenter ma croupe à son amie. Je me retiens de lever les yeux au ciel. Je suis la seule à être nue et il est des plus humiliant d’être ainsi montrée comme un bibelot. Je garde la tête baissée et les mains jointes sur mon ventre en une attitude marquant ma résignation, le poing gauche dans ma main droite. Maud s’approche. Le dogue la suit et se met à me flairer les mollets. Je serre les dents. J’ai peur des chiens. La truffe froide insiste et se balade jusque au dessus du genou, puis m’abandonne, soulagée.
— Quand a été donnée la punition ?
Laure répond immédiatement
— Hier soir, Madame !
« Madame ». Maud a donc bien le statut de maîtresse.
— Effectivement, ce n’est pas bien méchant… Tu as retenu ta main ?
Mon visage se décompose. On voit bien que ce n’est pas elle qui a reçu les coups.
Laure qui me fait face tente de se justifier, se tourne vers Kristale.
— J’ai pensé qu’il ne fallait pas trop la… défigurer… pour ce soir !
Kristale n’est pas convaincue par l’argumentation.
— Mouais ! Bien !  On va remédier à çà ! Laure, va me chercher la cravache… Et pas la badine hein !… Trop fine !
La Kajira s’éloigne avec empressement.
Kristale me saisit par le bras et me traine jusqu'à la table libre la plus proche.  Elle empoigne mes cheveux, les regroupe au dessus de ma tête et tirant dessus me force à me pencher sur la surface métallique. Mes seins entrent en contact avec la surface glacée, mais je ne proteste pas. D’un même geste elle s’empare de mes mains et me les ramène dans le dos. La bascule me fait poser la joue sur le métal froid  mes cheveux retombent sur mon visage et m’aveuglent. Je plonge dans une vapeur de lumière pourpre qui sourd entre mes mèches rousses. Je sais pourquoi je suis ainsi exposée. Je garde les jambes serrées.
—Cela te dit d’exercer tes talents sur ce joli cul, ma chérie ?
La réponse de Maud ne se fait pas attendre
— J’y pensais justement.
—  Viens, caresse-moi çà ! Comme elle est douce !
Une main froide se pose sur mes reins et parcourt les globes de mes fesses outrageusement projetés comme pour en jauger les possibilités.
— Cela va être un vrai plaisir. Elle donne vraiment envie.
Tout en continuant à me tenir les poignets fermement Kristale se place face à moi en s’asseyant sur une chaise libre. Son visage se rapproche, je sens son souffle sur ma nuque prés de mon oreille. Elle murmure.
— Maud va s’occuper de toi !
— Tu ne veux pas que j’utilise mon fouet ?
Et je sens la laisse du chien qui se promène sur mes cuisses tendues.
Kristale a un moment d’hésitation
— Non ! Çà va être un peu fort ! Laure a raison, il ne faut pas trop la défigurer  pour ce soir… D’autant plus que ces messieurs vont lui administrer une autre volée.
Je me pince les lèvres pour ne pas penser à cette échéance.
Je n’ai pas entendu les pas de Laure, Féline.
— Merci Laure !
— Une barre de cuir se pose sur le haut de mes fesses s’y appuyant fortement pour bien me faire comprendre que c’était là l’instrument de mon prochain tourment.
Maud s’exclame.
— Je veux qu’elle compte !
Le souffle de Kristale sur mon oreille.
— Tu as compris Isabelle ?
Bien sur que j’ai compris, Maud veut ajouter mon humiliation à son plaisir. Mais je ne réponds pas à Maud et murmure à l’intention de Kristale.
— Oui, Madame !
Maud a perçu mon acceptation du bout des lèvres et c’est une trainée de feu qui y répond. Je sursaute de tout mon corps, me cabre violement et  ne peux retenir une ruade et un cri de douleur tellement le coup est violent.  Sursaut jugulé par l’étreinte de Kristale sur mes poignets. Mon visage retombe sur la table. J’halète de souffrance tandis qu’un feu liquide sourd de la morsure de la cravache et se répand sur mes reins. Je fais une grimace et mon corps se tend comme un arc en attendant le deuxième choc.
Mais il ne vient pas.
—Alors ?
Kristale me rappelle à l’ordre. Je dois égrener les coups de mon tourment.
Je souffle
— Un !
— Plus fort !
— Un !
— Crie-le !
— UN !
A peine hurlé le début du décompte qu’un nouveau sillon de feu s’ouvre sur le haut de ma croupe. Encore une fois la douleur vibrante est si intense que je ne peux m’empêcher de hurler. Ma raison s’abolie. Croyant m’attirer les bonnes grâces de Maud mon cri se termine par un…
— DEUX !
Cela n’a pas attendrit mon bourreau, qui n’a cure des larmes qui jaillissent de mes yeux écarquillés par la souffrance.
—TROIS !
Le monde se recroqueville et se réduit au bas de mon dos et de l’incandescente douleur qui irradie a la surface de ma peau.
— QUATRE !

— CINQ !
Au fil des coups La douleur s’estompe laissant place à une sorte de vacuité de mon corps. Je ne serais bientôt plus qu’une plaie ouverte qui reçoit le stick de cuir à pleine volé sans sourciller, parce que la douleur accumulée est plus forte que celle reçue. Même mes hurlements s’estompent et finiront par mourir.
— Neuf !
Je n’arrive plus à crier et ma raison vacillante n’arrive même plus à souhaiter que cela s’arrête. Seul le fil de mon décompte me rattache encore à la réalité
— Qua..tor.. ze !
Je perçois à peine la voix de Kristale qu'estompent les brumes délétères de mon supplice.
—Attends ! Arrête !
Elle s’adresse à Maud.
Me laissant groggy, elle se lève, me lâche les mains qui retombent de chaque cotés de mes hanches, inertes, puis crie d’une voix forte.
— Bonjour, monsieur Hector !… Je vous ne vous avais pas vu… Vous allez bien ?...
Derrière moi une voix lointaine, inintelligible, lui répond.
Elle insiste.
— Approchez donc !
Mon sang se glace.
Comme par enchantement la brulure de mes reins reflue et la douleur résiduelle s’estompe en une sourde chaleur palpitante. Instinctivement je serre les genoux. Le jardinier que j’ai croisé dans le jardin, a qui j’ai servi mon image la plus prude, la plus timide et embarrassée. Celui a qui je m’évertuais de cacher au mieux ma féminité et surtout les marques de ma croupe, va me voir entièrement nue, renversée sur une table de jardin, les fesses striées, projetées, offertes à la contemplation de tout à chacun, impudique.  Je me pince les lèvres de frustration et plisse les yeux pour en expulser les dernières larmes qui s’écrasent sur la table.
Des pas lourds et trainants, se rapprochent derrières moi.
Kristale a le don, et le goût,  de me mettre dans les pires embarras.
— M. Hector ! Toujours aussi matinal !
Une voix bourrue mais respectueuse lui réponds.
— Il faut bien çà M’dame, après il fera trop chaud… Je viens de terminer la taille du cornouiller… Il a gelé ce printemps… Il ne fera pas de fleurs.
—C’est bien dommage ! C’est rare les gelées ici, pas de chance ! Peut-être faudra-t-il le changer de place !
— Oui M’dame, çà serait préférable, peut-être le mettre prés du…
Je m’échappe dans mes pensées tout en essayant de ne pas bouger, réduisant même ma respiration au minimum. Se faire invisible, du moins en esprit. Comme si mon immobilité pouvait détourner l’attention du jardinier de la jeune fille nue qui lui tourne le dos et lui offre le spectacle de son humiliation.
— Elle est jolie n’est ce pas ?
L’homme a un raclement de gorge.
Je l’imagine embarrassé par Kristale qui vient de surprendre un regard furtif sur ma croupe offerte, pendant leur conversation horticole.
— Oui M’dame… Je lui ai déjà dit… Tout à l’heure !
— Ha ! Vous vous êtes déjà rencontré ?
— Dans le jardin M’dame !
Un silence puis elle lance à brûle pourpoint.
— Elle vous fait envie ?
Je me pince les lèvres un peu plus fortement. Maud vient s’assoir à ma droite et s’accoude sur la table. Elle repousse mes cheveux sur ma nuque pour contempler mon visage en silence et me lance un clin d’œil, elle a deviné le jeu de Kristale.
Le jardinier a un silence embarrassé.
— Elle ne vous tente pas M. Hector ?
— Oh que oui, M’dame ! Mais je ne sais si...
Kristale pose une main sur mon épaule et ne lui laisse pas le temps de terminer.
— He bien, elle est à vous !
Elle semble se raviser, et s’adresse directement à moi.
— Enfin ! Si Mademoiselle Isabelle n’y voit pas d’inconvénient !... Si elle ne prononce pas les mots que j’attends d’elle !
Nous y voilà ! Je sais que Kristale utilisera tous moyens pour me faire révéler le mot de passe qui verrouille ma soumission. M’offrir en pâture au vieux jardinier de la maison et m’humilier un peu plus, en fait partie.
— Alors, Mademoiselle ?
Malgré la honte intense qui s’empare de moi, et consciente de ne pas faillir à mon Maître, je n’hésite pas.
— Oui, Madame !
Kristale est surprise.
— Oui… Quoi ?
Pense-t-elle que je vais lui donner ce qu’elle attend de moi ?
— Oui… Je n’y vois pas d’inconvénient, Madame !
Et intérieurement, résignée, je me prépare déjà à l’assaut qui ne va pas manquer de se produire.
Elle  réplique immédiatement, comme pour elle-même.
— Oui bien sur, je ne m’attendais pas à cela aussi facilement. Tu préfères faire ta chienne jusqu’au bout… On verra bien çà !
Puis elle s’adresse directement au jardinier.
— Elle est à vous Hector ! Elle est d’accord… Mais s’il vous plait, n’enlevez pas vos gants, cette jeune fille à du piquant !
Je sens un mouvement derrière moi. Un temps de latence, un grognement dépité d’Hector.
Amusée, Kristale s’exclame.
— Ha oui, je vois!…Comme la derniere fois ?... Laure tu aides Monsieur Hector ! Mets le en forme et introduit le !
Laure s’approche, ses longs cheveux frôlent mes cuisses et je devine qu’elle s’agenouille.
Je ferme les yeux et imagine la Kajira s’exécutant, ouvrant le pantalon de velours côtelé du jardinier et s’activant des lèvres de son mieux pour affermir la virilité déclinante du vieil homme. Et je sais qu’elle est maitresse en la matière.
Le silence se fait autour d’un discret bruit de succion et des grognements montant de l’homme. Parvenue à ses fins, Laure se relève rapidement, sa main glisse entre mes jambes. Pressée, elle me griffe peu mais ce n’est rien en comparaison du feu qui a envahi tout mon postérieur et pulse sourdement. Je sens ses doigts qui écartent sans ménagement mes lèvres humides et y présente le gland d’ivoire qu’elle a poli consciencieusement de la bouche. Ainsi guidé l’homme n’a plus qu’a forcer l’entrée moite qui lui est offert.
Ce qu’il fait avec précipitation. Sa progression est fulgurante. Peu sûr de la duré de ses capacités, il veut manifestement en profiter pleinement. Et c’est en un instant qu’il se loge à l’intérieur de mon fourreau, si fichant profondément. Sous l’âpreté de l’assaut, mes cuisses cognent contre la table de fer. Je serre les poings et me mords un peu plus les lèvres. Malgré son âge il a une taille suffisante pour me combler au plus profond et assez de vigueur pour me le faire sentir. Ses deux mains gantés de cuir râpeux s’emparent de mes hanches et tire violement dessus pour augmenter encore un peu plus sa pénétration. Parfaitement installé en moi il entame alors un pilonnage frénétique rythmé par un borborygme incompréhensible dans lequel je crois deviner les compliments qu’il me destine. — Hooo ! la salope… La pt’ite salooope, hmm, Hmm, la salope…
 Il n’a fallu qu’un instant pour que le jardinier affable, le courtois vieil homme, emporté par son désir libidineux, perde toute retenue et se transforme en satyre rustique à l’empressement grossier.
Mon esprit s’évade, et flotte au dessus de la scène du jardinier chapeau de paille élimé vissé sur la tête, la verge à peine sortie de son pantalon de velours plantée entre mes jambes, qui me pilonne consciencieusement dans des râles gutturaux. Laure s’est détournée, aussi indifférente à ma déchéance que le grand chien noir couché paresseusement  à ses pieds. Maud et Kristale le sourire triomphant, hautaines, affichant un feint écœurement, échangent des clins d’œil complices par-dessus mon corps offert au caresses rugueuses des gants de cuir, contentes de l’épreuve supplémentaires qu’elles m’imposent.
Tous cela je n’en ai cure…
Je m’échappe…
Comme à mon habitude !

* Une Saison d’Airain, Chap. 50. Canary Bay.

A suivre : Chap. 56. La Meute.

 

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10 janv. 18

Chap. 54. Une biche aux abois

Une lumière intense vient me frapper le visage, un courant d’air frais monte le long de mes jambes me frôle le ventre et s’évente sur ma poitrine, la pointe de mes seins se dressent sous la caresse. Je cligne des yeux et me tourne sur le coté lançant un bras à la recherche de la belle odalisque qui a partagé ma nuit.
Le lit est vide.
Péniblement,  je me redresse sur la couche de nos ébats et je souris, le gros édredon gît sur le côté du lit, replié sur lui-même comme un bibendum dégonflé. Le drap est chiffonné au pied du lit, le traversin replié et tassé sur lui-même et il manque un oreiller. Je me tourne. Il est au sol à l’autre bout de la chambre. Je remets de l’ordre dans mes cheveux ébouriffés et fronce les sourcils. Comment a-t-il pu arriver là ?
Une des fenêtres est grande ouverte. Il est tôt. Le soleil pénètre à flot dans la chambre et inonde le lit, mais il n’a pas encore la chaleur promise de la journée.
Je me déplie et me lève gagnant la fenêtre. En contrebas Laure, en peignoir, est installée sur la terrasse de la piscine, attablée devant un copieux plateau de viennoiserie. Mon ventre lance une plainte de rappel. Je retiens une grimace de dépit. Elle a perçu ma présence et lève la tête vers moi. Un large sourire et un geste en ma direction —Viens !—

Je cherche un instant dans la chambre de quoi me vêtir, lorsque je réalise que cela ne fais certainement pas partie de mes prérogatives d’être habillée, aussi peu que cela soit. Je renonce donc et m’aventure nue hors de la chambre. Je descends à pas comptés le large escalier de chêne qui mène au séjour et de là gagne la terrasse.
Sans un mot je prends place en face de Laure pendant qu’elle pousse vers moi un mazagran.
— Thé ou café ?
Je lorgne vers la panière de viennoiseries
— Je peux avoir du chocolat et un croiss… ?
La réponse fuse.
— Non.

— Tu sais bien que non… N’essaye pas s’il te plait !
Je me résigne.
— Thé …avec du sucre ?
D’un geste las et en soufflant du nez, elle pousse vers moi la sucrière.
Tout en portant la tasse à mes lèvres je lance innocemment.
— Tu ne devais pas me fouetter ce matin ?
Laure croque à pleines dents dans un croissant.
— Humm, Non… C’est Kristale qui devait le faire… Mais elle n’est pas encore arrivée.
Elle a un geste évasif.
Ce n’est pas son problème et n’a pas à anticiper les désirs de sa maitresse du moment. Surtout si çà ne l’enchante pas. En çà elle agit en parfaite Kajira, libre dans les limites de sa soumission choisie. Mon ventre gargouille  et le fumet des viennoiseries encore chaudes n’arrange  rien à l’affaire. Je repousse la chaise et me lève. Je contemple les alentours et décide que quelque pas me feraient du bien et surtout m’éloigneraient des tourments du buffet.

Nonchalamment, sans but précis, je longe la piscine et gagne le fond du terrain. Le jardin est méticuleusement entretenu. C’est une garrigue policée aux buissons taillés en nuages comme dans un jardin japonais mais d’une facture toute méditerranéenne. De grands pins parasols en forment la voûte et au sol un petit chemin de dalle d’ardoise invite à s’y promener. Curieuse, je m’y engage. Les ardoises sont tièdes sous mes pieds nus je frôle des mains les buissons de sauge et d’estragon libérant des parfums épicés. Je m’enfonce dans le sous bois en goutant le plaisir ouaté d’être entièrement nue au milieu de la végétation qui s’éveille sous le soleil. Enjouée, j’esquisse un pas de danse et tournoie sur moi-même les bras écartés, les yeux mi-clos et au détour de l’allée bute sur une forme courbée sur un buisson qui se redresse lentement.
Je fais un pas en arrière en lâchant un petit cri de surprise.
— Ho… Excusez… moi ! Je...
l’homme se redresse mais reste à genou face au buisson.
Un vieil homme au visage buriné mais avenant,  à la barbe poivre et sel, aux cheveux blanc qui s’échappent d’un chapeau de paille élimé. Il porte un pantalon  de velours côtelé noir tenu par une large ceinture de cuir et une chemise de bucheron canadien à gros carreau rouge. Un tablier de serge bleu le protège  et un sécateur pend dans sa main droite ganté de cuir épais. Un personnage tout droit sorti d’un roman de la comtesse de Ségur.
 Je fais un nouveau pas en arrière et instinctivement cache mes seins de mon bras gauche  et mon ventre de ma main droite.
Je balbutie, consciente de l’incongruité de ma tenue.
— Je… Désolé je ne vous avais pas vue !
Les yeux bleus profonds de l’homme pétillent de malice en me détaillant de la tête aux pieds.
— Vous êtes bien jolie, mademoiselle !
Le compliment fait avec un accent du sud charpenté accroît encore mon trouble et une chaleur intense enflamme mes joues.
Je fais encore un pas en arrière.
— Je… Merci.
Je suis sur le point de me retourner et prendre mes jambes à mon cou lorsque je me rends compte qu’ainsi j’offrirais à sa vue mon dos et mes fesses striées du rose des coups de fouet. Je me refrène et lentement, à reculons, m’éloigne de l’homme qui reste, immobile,  à me dévorer des yeux.  Pas à pas je finis par prendre suffisamment de distance et au contournement d’un arbuste touffu me retourne et cours vers la piscine avec le sentiment d’un regard pesant sur ma croupe marquée.

Je surgis en trottinant prés de  Laure qui a pris place sur un des transats, elle lève les yeux de la revue qu’elle est en train de parcourir, interloquée par mon attitude de biche aux abois qui vient se réfugier près d’elle.
— Il y a un homme là bas… Dans le jardin !
Je garde un bras sur ma poitrine et une main sur mon sexe nu, tournant instinctivement le dos à la direction que j’indique du menton.
— Ha oui !... C’est Hector… Le jardinier !
Et elle se replonge dans sa lecture.
— Mais heu !... Je vais restée comme çà !
Je fais allusion à ma nudité.
Cette fois elle repose son magazine et prend un ton exaspéré.
—  T’inquiète pas ! C’est le jardinier de la maison… Il en a vu d’autres. Et puis tu ne risques pas grand-chose avec lui… A moins que tu y mettes vraiment du tiens… Si tu vois ce que je veux dire !
Elle a un clignement d’œil appuyé à mon attention.
Interloquée je m’assois sur le transat le plus proche.
— Mais, il fait partie de… du…
Laure sourit.
— Non, pas réellement. Mais on peut compter sur sa discrétion.
Intriguée par le « pas réellement » Je continue.
— Mais… s’il voulait… Il pourrait… Enfin tu vois ! Toi… Moi !
— Si il lui en venait l’envie, oui ! Et tu ne pourrais pas t’y soustraire.
Je frissonne
— Ha ? Et toi tu a déjà ! … Avec l…
Je ne termine pas ma phrase. Une exclamation vigoureuse aux intonations germaniques m’interrompt net.
— Ha ! Enfin mes chéries, vous voilà !

A suivre : Chap. 55. Crescendo.

 

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26 déc. 17

Chap. 53. Les feux de la nuit

Distraitement j’observe la chambre qui m’a été désignée. Un peu désuète, des papiers peints fleuris et de lourds rideaux de velours mordorés qui bordent les deux fenêtres entrouvertes sur la nuit. Le jardin est encore illuminé. La piscine émet une lueur iridescente, hypnotique. Mon jeun commence à faire ses effets, je me sens légère, détachée du monde.
Le lien de chanvre me pince la peau du poignet gauche, surprise, je lance un petit cri de protestation. L’étreinte se relâche et le doigt de Laure se glisse entre le lien et ma peau pour en vérifier la tension. Nous échangeons un sourire de compassion et de compréhension. Tandis qu’elle s’affaire, mon attention se reporte devant moi. Je suis face à un lit à baldaquin lourd et massif garnie d’un volumineux édredon qui s’accorde parfaitement à la chambre, mes cuisses nues s’appuient sur le pied de lit sculpté et Laure entreprend de lier mon poignet droit à l’épaisse colonne qui soutient le ciel du lit.

— Tu veux que je t’attache ?
La question m'est posée à brûle pourpoint pendant qu’elle me faisait visiter ma chambre. Devant mon regard d’incompréhension, elle précise.
— Pour te fouetter. Tu veux que je t’attache ?
— Je… Je ne sais pas… Tu crois que c’est nécessaire ?
Elle a une petite moue rieuse en détournant le regard
— J’aimerais bien !
La candeur de la Kajira me désarçonne.
— Ha ? Alors d’accord ! Tu peux !
Et je me rends compte immédiatement que je viens de donner mon autorisation. Nous ne sommes pas ici dans un rapport de maître à soumise et cela me laisse dans l’expectative.

Il ne faut pas longtemps à Laure pour achever de me lier fermement les poignets aux colonnes du baldaquin. Crucifiée, je laisse tomber ma tête dans une attitude de totale résignation. Je joins fermement mes cuisses et me cambre pour tendre ma croupe comme se doit de le faire une soumise promise au fouet. Laure parfait ma posture en glissant ses mains sur mes cuisses pour en tendre les genoux et appuie sur mes reins pour en accentuer la cambrure. Je ferme les yeux et l’entends ouvrir un autre tiroir de la même commode où elle a trouvé les liens de chanvre. Elle revient vers moi et cette fois c’est une caresse de cuir glacé qui se met à courir sur mon dos. Une caresse, promesse de souffrance.
—  Combien ?
Sa voix est froide, impersonnelle. Comme si tout à coup elle prenait une distance avec moi. Elle a juste une tâche à accomplir dans le jeu de Kristale.
Je balbutie
— Que… Combien quoi ?
— He bien ! Combien de coups de fouet ? Six,  neuf, douze, quinze… ?
Une chape de chaleur me tombe sur les reins et mon esprit se met à tourner à toute vitesse. Quoi ! On me donne à choisir ?
Je devine immédiatement le piège et le supplice moral qu’il implique.
Trop peu et je risque le plus !
Je sais que cela va par trois. Ça, Mon Maître me l’a appris.  J’essaye de me souvenir ma dernière incartade qui a conduis à une flagellation. Je n’ai pas compté, mais je sais que cela a duré une éternité.
Je déglutis et me mord les lèvres d’indécision. Je relève la tête et cherche à voir ce que tient Laure entre ses mains. Elle a saisi mon regard et tend son bras en face de moi.
En fait de fouet il s’agit plutôt d’une badine de cuir tressé. Très mince mais nerveuse sur toute sa longueur et terminé par une fine boucle de cuir. La main de Laure en tiens fermement le manche  et l’agite doucement devant mes yeux.
— Alors ?
Je connais ce type de badine. Bien utilisée sa finesse permet des coups nombreux et terriblement cinglants sans que cela ne marque trop. Un peu comme les cordes de nylon d’une corde à sauter qui, gamine, me cinglaient les mollets et parfois les cuisses lorsque je n’étais pas assez rapide.
Je cherche à accrocher le regard de ma tortionnaire et lance avec une moue interrogative.
— Douze ?
Laure a un large sourire
— C’est ce que j’aurais choisi aussi !
 J’ai à peine le temps de voir la badine disparaître de mon champ de vision qu’un long trait de feu incendie le bas de mon dos. Le claquement de la deuxième  volée couvre mon cri de surprise et j’ai à peine le temps de me crisper de tout mon corps que déjà le troisième coup ouvre un sillon brulant au creux de mes reins.
Je suis sur le point de protester, de montrer ma désapprobation à cet assaut sans avertissement  que ma bouche s’ouvre sur un nouveau cri de douleur figé. Une nouvelle série de trois cinglées assenées sans retenue me coupe littéralement en deux.
Cette fois je cris de tout mon être et implore la Kajira de tempérer sa main.
Une sueur malsaine me couvre la peau et je tremble de tout mon corps et tente de reprendre mon souffle, haletante.
Une main fraîche se pose sur ma croupe endolorie.
— Allons Isabelle ! On en est déjà à la moitié. Tu voudrais que cela aille moins Vite ?
Je tire sur mes liens et tente de reprendre mon souffle profitant de l’accalmie. Je balbutie.
— Ho Oui !… Non ! … Non, mais …
Ma respiration saccadée parle pour moi.
La main de Laure de ma croupe glisse entre mes jambes. Les ongles de ses doigts curieux frôlent la rosette de mon anus et sans s’y attarder cherchent les lèvres sirupeuses de mon ventre offert. Tandis qu’elle tente de s’introduire  en moi, spontanément, j’écarte les jambes. Profitant de cette renonciation, elle s’enfonce sans vergogne dans le fourreau brûlant que je sais nappé de l’onctuosité du plaisir coupable, irrépressible, impossible à dissimuler à sa main
Elle a un petit rire de complicité et se penche sur mon oreille en murmurant.
— Cela te fait toujours cet effet là, le fouet ?
Honteuse d’exposer ainsi le plaisir que je prends sous sa main, je gémis dans un soupir de résignation coupable.
— Oui !
Gardant deux doigts profondément enfoncé en moi elle entame, de son auriculaire replié, un mouvement rapide, frictionnant le bourgeon turgescent de mon clitoris outrageusement gonflé. L’effet est immédiat. Une envolée de  papillons électriques  crépite dans mon ventre tourbillonnant jusque dans ma nuque. J’inspire profondément  pour masquer un soupir de plaisir.
— On continue ?
Je reprends un peu mes esprits, mais cherche à rester dans la vacuité doucereuse de ses caresses.
— Je… Oui… oui
je dernier oui meurt sur mes lèvres, comme à regrets. Ses doigts se retirent lentement pour aller enduire le manche de la badine de ma liqueur de cyprine. Je resserre les jambes pour protéger la tendre fleur des coups qui ne manqueront pas de la flétrir si je la laisse ainsi exposée.

— Sept !
J’ai à peine le temps de comprendre que Laure reprends le compte à haute voix qu’une traînée de feu cingle le bas de mon dos, juste à la limite de la taille.
— Huit !
Une lame rougie s’abat sur le haut de mes cuisses au pli le plus tendre. J’ai un rictus de douleur mais je retiens un cri en inspirant farouchement de l’air entre mes dents serrées. Je me hisse sur la pointe des pieds en attendant le coup  suivant qui je le sais ne vas pas se faire attendre.
— Neuf !
J’ai l’impression que la lanière de cuir me coupe en deux. Laure n’a pas retenu sa main et la badine a ouvert un nouveau sillon de feu juste au dessous du premier coup encore cuisant. Cette fois je ne retiens pas mon cri et je rue, me tortille sous la douleur. Mais les liens de chanvre me maintiennent fermement au baldaquin et mes  vaines confortions ne me feront pas échapper à la prochaine volée.
— Dix !
Courage ! Je serre les dents tandis que la lanière s’écrase au beau milieu de mes fesses
— Onze !
Un trait de feu grésillant manque de peu ma fleur exposée mais protégée entre les deux globes protecteurs qui encaissent les dommages du coup à sa place. Je ne retiens pas une larme qui roule et s’écrase sur le pied de lit de bois sculpté. Mais je ne crierais plus !
— Douze !
Je reçois avec soulagement la dernière morsure de braise qui me fait ployer les genoux sous le choc. Pour la dernière, cette fois encore, Laure ne s’est pas retenu.

C’est enfin fini !
Je me redresse et dégluti avec peine. Une feu intense court sur mon dos et incendie mon ventre et mon entrejambe. Je ferme les yeux pour goûter l’embrasement sourd d’un  plaisir trouble qui me laisse abasourdie.
Laure entreprend de me délier.
Mes bras retombent le long de mon corps. Instinctivement, je passe mes mains sur mes hanches et mes fesses à la recherche des scarifications que le fouet n’a pas manqué d’y laisser et me dirige vers le miroir qui orne un immense bahut de chêne cérusé en face du lit. Je me cambre lui offrant ma croupe et me contorsionne pour contempler par-dessus mon épaule l’étendue du ravage.
A mon grand étonnement je n’y contemple que de longues estafilades roses sur ma peau de lait qui s’estompent déjà. Bien plus vite que le feu intérieur qu’elles ont allumé. Je me retourne vers Laure ravie que son ouvrage n’ait pas défigurer mon dos.
Elle me répond d’une voix enjouée.
— Cela te va ? Tu es contente ?  Je ne t’ai pas trop abimée ?
— Je… Non ! Non… Merci !
Elle jette nonchalamment la badine dans un coin de la pièce.
— Du bon travail… Et tout travail mérite salaire !
Le plus naturellement du monde elle dénoue le peignoir qu’elle porte depuis sa sortie de la piscine. Il glisse à ses pieds la laissant nue. Sans se retourner, elle s’assoie sur le lit et d’un lascif mouvement de reptation sur les coudes s’enfonce dans l’édredon se calant au beau milieu du lit, offerte, comme le serait un bijou de chair  au milieu d’un écrin de satin. Impudique, elle écarte largement les cuisses dévoilant un fruit charnu parfaitement glabre fendu de pourpre qui laisse sourdre un filet de jus opalin. Elle aussi a pris son plaisir à me fouetter ! Et l’invite est clairement faite de le lui prolonger d’une manière la plus douce.
— Viens là !
Ses yeux sombres pétillent de malice et c’est comme hypnotisée par la sculpturale Kajira je m’approche lentement du lit. Je  butte contre le montant de satin et y pose un genou. Je me penche. Un parfum intense de cannelle et de musc me monte au visage. Je bascule au ralentie en montant mon deuxième genou sur le lit et m’y voici cul par-dessus tête à y happer à pleine bouche le fruit offert. Mon cœur chavire lorsque mon menton se mouille et que mes dents rencontre le clitoris turgescent déclenchant une ruade de Laure qui se cambre et enfonce ses doigts dans mes cheveux roux, me forçant à boire à la source qui, je le sais, loin de les éteindre, ne pourra qu’embraser un peu plus les feux de la nuit.

A suivre : Chap. 54. Une biche aux abois.

 

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21 oct. 17

Chap. 52. La Galinière

On s’habitue à tout, à la douleur comme au plaisir.
Mais jamais à l’humiliation.
Jusqu'à ce qu’on regagne le ruban lisse et uniforme de l’autoroute  Laure ne m’a pas ménagée. Les virages et la chaussée mal entretenues ont ajouté aux vibrations du moteur entre mes jambes. Au fond de mon ventre les facétieuses grenailles, prisonnières des sphères, tressautent en tout sens créant une myriade de caresses intimes. Et c’est sans compter le poids des sphères jumelles qui semblent douées de vie propre sous les accélérations vigoureuses et cherchent à se rejoindre, inséparables.
La traversée de Montpellier a été des plus humiliante. Juchée haute, à cheval sur l’arrière du monstre rouge, les jambes à demi écartées, presque couchée sur Laure, la croupe offerte, projetée en arrière et cintrée de l’épais blouson de cuir, je ne pouvais pas passer inaperçue. Provocation aux mâles qui nous regardaient défiler devant eux, médusés.
Il n’a pas fallu longtemps pour que fussent les premiers lazzis et que les propositions les plus salaces se fassent aux arrêts des feux tricolores. J’avais l’impression que la ville entière contemplait, goguenarde, la suppliciée consentante que j’étais. Heureusement le casque sombre dissimulait aux regards le rouge de mes joues et la crispation de plaisir de mon visage.
La traversée de la ville m’a paru durer une éternité mais pourtant, peu à peu, la honte a laisser place à un trouble sentiment de fierté d’être ainsi exposée et désirée, provocante.
Bientôt les premiers embruns salés saturent l’air. Nous longeons maintenant la mer et nous nous engageons dans un de ces petits villages qui bordent la côte, anciens repères de pécheurs. Encore un instant et la Ducati stoppe devant un imposant portail de bois blanc. Sans arrêter le moteur Laure tend la main vers le pilier du porche et dans un déclic sec la porte s’ouvre lentement nous laissant le passage.
A peine ai-je le temps de déchiffrer la plaque d’émail bleu « La Galinière ». Le roadster s’engage au pas dans une grande cour intérieure et se gare devant une majestueuse maison typique de cette partie de la côte méditerranéenne.
Laure coupe le moteur.
Je continue à ressentir l’indécente vibration au fond de mes entrailles. Je descends d’un pas mal assuré, le ventre crépitant. J’ôte rapidement mon casque d’où s’échappe en cascade le flot de mes cheveux roux emmêlés et poisseux de sueur. Laure fait de même et s’assure que le portail se referme derrière nous.
- Viens !
Et sans attendre que je la suive elle se dirige vers l’ombre d’une pergola rehaussée de vigne vierge que l’on aperçoit à la droite de la maison.
Le pas de Laure est vif et décidé, je comprends son empressement lorsque j’aperçois la fraicheur désirable d’une large piscine aux eaux bleues. Elle pose son casque sur une des tables de fer peinte en blanc qui meublent le patio et d’un mouvement rapide se débarrasse de sa combinaison qu’elle  fait glisser le long de ses cuisses et laisse choir nonchalamment sur le sol. Elle était entièrement nue sous sa combinaison de motard et la voir surgir ainsi, majestueuse, de sa chrysalide de cuir pourpre me coupe le souffle.
Je reste bouche bée.
Elle me regarde et éclate de rire
— Allez! Ôtes-moi donc tout çà, tu ne crèves pas de chaud ?
Elle fait un pas vers moi et entreprend de me débarrasser de mes vêtements. Ils sont peu nombreux et un instant suffit pour que je me retrouve aussi nue que la belle esclave. Elle crochète d’un doigt la chaine qui entoure ma taille et qui relis les deux sphères douillettement installées en moi.
— Je t’enlève çà !?
C’est à la fois une injonction et une demande d’assentiment
Par la chainette qui se tend entre mes jambes, elle me tire à elle et me prend par les épaules pour me pousser vers une des tables du patio. Mes fesses touchent le bord froid, je ne peux plus reculer. La pression augmente, je me couche. Ma peau brulante entre en contact avec la surface glacée de la table. J’ai un petit gémissement de surprise mais Laure n’en tient pas compte. D’un geste vif elle écarte mes jambes et se glisse entre elles plaquant sa vulve onctueuse contre la mienne. Elle se penche sur moi appliquant ses seins sur les miens et appelle un baiser que je lui rend. Un baiser qui se prolonge sur mon cou et prés de mon oreille où elle susurre.
 — Tou’ a aimé ?
La belle italienne reprend facilement son accent lorsque nous sommes seules.
Je sais qu’elle parle des sphères indécentes qui s’agitent encore au fond de mon ventre quand, malicieuse, elle entame un discret mouvement de ses hanches comme pour  me pénétrer.
Troublée, mais contente de retrouver la chaleur de ses bras,  je resserre mes cuisses autour de sa taille pour en accentuer la pression et lance un « oui » énamouré à son oreille. Cela semble lui suffire et elle se redresse dardant ses yeux sombres au fond des miens.
— Madame  Kristale nous rejoindra  demain matin… Nous avons toute la nuit et la maison pour nous deux !
Je frissonne de tout mon corps et me laisse aller dans une douce torpeur alors qu’elle appuie son allusion par un baiser sur  mon sein droit en en mordillant le téton outrageusement dressé.  Je soupir d’aise et me laisse emporter par la dextérité amoureuse de la brune odalisque.
Retirer les boules de geisha est un jeu pour Laure ; Elle s’empare de la chainette et m’intimant de rester couchée sur la table, les jambes largement écartées, lui imprime de petites secousses en la tirant vers elle. Je me redresse sur les coudes pour l’observer. Elle s’amuse de me voir sursauter à chaque saccade. Comme dotées de leur volonté propre les sphères rechignent à s’extraire des douillets fourreaux. Je les sens toutefois progresser à l’intérieur de moi dans une langoureuse caresse. Laure s’arrange pour qu’elles effectuent le chemin de sortie de concert afin qu’elles atteignent leurs issus respectives au même moment. Lorsque je sens qu’elles dilatent les portes de mes orifices prêtent à abandonner leur refuge, dans un dernier geste,  comme un pêcheur qui fer sa prise d’un coup violent, ma douce tortionnaire force les deux sphères à s’expulser de mon ventre. Sous la surprise je ne peux m’empêcher de lâcher un petit cri vite réprimé.
Mues par l’impulsion et entrainées par leur vitesse, les deux sphères argentées spiralent dans l'air autour de la chaîne qui les relie et finissent par se coller l’une à l’autre dans un bruit sec achevant leur course qu’elles reprennent aussitôt en sens inverse sans se décoller, parfaitement soudées l’une à l’autre.
Je fronce les sourcils en observant leur étrange ballet. Elles sont aimantées ! Et je comprends mieux maintenant leur propension obstinée à vouloir se rejoindre en moi.
Laure, dépose les deux sphères sur une table voisine où elles restent sagement enlacées, immobiles. Elle se dirige vers la douche qui borde la piscine en me lançant une œillade, une invitation à la suivre.
— Tou’ est libre  maintenant !
Etonnant pourtant comme je me sens vide, je regarde une dernière fois les sphères damasquinées qui m’ont comblée et rejoins la Kajira sous la douche.

Je plonge sans élan m’enfonçant profondément dans l’eau fraiche. Je me laisse porter par mon élan en relâchant un peu d’air par le nez. J’ouvre les yeux et découvre dans un brouillard bleuté, à quelque mètre, le corps sculptural d’une vénus antique. De Laure  seul est visible sous le plafond iridescent de la surface les partie immergées, ses seins galbés aux sombres mamelons, son ventre tendu et ses jambes fuselées à demi écartées. Retenant ma respiration  je la rejoins en deux mouvements de brasse, écrasant mon visage contre son nombril orné d’un  joyau semblable à celui de Kristale  et y souffle une myriade de bulles d’air. A bout de souffle de remonte doucement à la surface en passant ma langue entre ses seins et émerge à quelques centimètres de son visage souriant, ravie de mon espièglerie.
Elle dépose un baiser sur mon front tandis que je reprends mon souffle. Je m’éloigne et me maintiens en suspension dans l’eau. J’observe les alentours, le jardin et la maison somptueuse.
— Cette maison est à Kristale ?
Laure fronce les sourcils, surprise de ma curiosité.
— Je ne sais pas !
— Tu ne sais pas ? … Tu y es déjà venu pourtant… Tu en as les clés !
Les deux bras en croix, agrippée au bord de la piscine Laure penche la tête sur le côté et fait la moue, mes questions l’ennuient, des questions sans importance pour elle.
— Oui… c’est Kristale qui me les a donnés… C’est comme çà !
J’ai envie de jouer.
— La Colombière pour les tourterelles… La Galinière pour les…. Poules… Elles choisie bizarrement ses noms !
Je lui lance une œillade malicieuse.
Laure fronce les sourcils, elle ne comprend visiblement pas.
Je change de conversation.
—  J’ai faim ! On va préparer le dîner ?
Le visage de Laure se durcit.
— Tu n’as pas le droit… Je vais te préparer un bouillon !
Déçue, je la teste.
— Mais Kristale n’est pas là ! Elle ne saura pas !
Laure détourne les yeux et comme pour elle-même murmure.
— Elle saura, Kristale saura… Il faut te donner le fouet aussi !
Un frisson me parcours, mais je n’ai pas envie de penser à cela. Je me ressaisis et m’éloigne d’un vif dos crawlé en riant.
— Il faudra que tu m’attrapes pour çà !
Laure feule un rire carnassier et lâche le rebord de la piscine, plongeant vers moi.
En riant, je me retourne sur la surface de l’eau et entame une nage endiablée. Mais je sais que je ne pourrais pas distancer la belle naïade.

A suivre : Chap. 53. Les feux de la nuit

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16 juil. 17

Chap. 51. Les sphères célestes.

Sans un bruit, Laure s’approche. Elle se glisse entre le sofa et la table basse où je suis agenouillée. Elle nous touche presque et son ventre parfaitement épilé se tend vers mon visage exhalant  une bouffée de parfum d’épices et de fleurs précieuses. Restant debout, elle écarte les jambes autant que lui laisse possible l’espace entre les deux meubles et glisse ses mains dans le dos. Attentive.
Kristale ne résiste pas à l’envie, et d’une main nonchalante se saisit de la cuisse de la belle italienne, la caressant comme elle le ferait d’un animal de compagnie.
— Bien … Reprenons les choses sérieuses !
Elle glisse une langue gourmande sur ses lèvres.
— Laure va s’occuper de toi suivant une règle stricte. Comme je te l’ai dit tu seras fouettée deux fois. Une fois le matin et une fois le soir… Peut-être plus, si nécessaire, ou suivant mes envies.
Comme je ne proteste pas, elle continue.
— De plus, à partir de maintenant tu ne prononceras aucun mots à part « oui »  et bien sûr celui que j’attends de toi.
Elle a un sourire de connivence à mon endroit, enlace la cuisse tendue de la belle et y pose la joue.
— Laure va te préparer pour ces quatre jours. Elle s’occupera de ta toilette, aussi bien courante, qu’intime. Je te veux parfaitement préparée et disponible à toutes les envies des hommes que tu vas combler demain soir. Ce qui inclut tes reins qui devront être libre et dégagés… Laure sait ce qu’elle a faire. Et pour ne pas gâcher cela tu resteras à jeun tout ce temps. Tu ne seras nourrie que de café, de bouillon et du sperme de tes amants.
Mon estomac se contracte et je contiens un sursaut nauséeux.
Kristale a perçu mon trouble. Elle a un petit sourire machiavélique et sa caresse sur la cuisse de Laure se fait plus ample, plus pressante.
— Tu vois le programme est simple, mais ne t’y trompes pas ! Je te réserve quelques surprises… Pas forcement agréables. Je ne perds pas de vue mon objectif de te faire avouer ton mot de passe.
Mais tu peux échapper à cela dés à présent.
Elle me lance un clin d’œil interrogateur.
Je reste cloîtrée dans mon mutisme.
Froissée, elle relâche la cuisse de Laure et se rejette au fond du sofa. Son regard se porte au loin, à l’extérieur comme si, maintenant, elle se désintéressait de mon sort.
— Occupes-toi d’elle ! Nous partons dans deux heures !
Sans une hésitation Laure tend une main vers moi, paume vers le haut, pour m’inviter à la suivre. Je me redresse et me déplie, un peu flageolante. La perspective de m’éloigner de Kristale me soulage un peu.  La main fraiche de la belle italienne se pose sur mes reins pour m’accompagner et nos hanches nues se frôlent. Ce contact lénifiant me rassure.
Un ordre bref, presque aboyé, dans notre dos lorsque nous prenons la direction de la salle d’eau.
— Et, pas de caresses !
La main me quitte immédiatement.

Il n’est pas un endroit de mon corps qui n’a été le fruit d’un lavage méticuleux de la part de Laure. Sans un mot en me guidant uniquement de gestes doux mais fermes. J’ai renoncé à lui dire qu’Ignés avait déjà procédé ce matin à un lavage méticuleux. Mon entrejambes encore rose de l’épilation à la cire qu’elle avait prodiguée en témoignait. J’y ai renoncé surtout quand armée d’une canule elle a entrepris de débarrasser mes entrailles de la moindres des souillures qui pouvait y stagner.
Pourquoi n’ai-je pas eu honte lorsque je me débarrassais sous ses yeux imperturbables des derniers vestiges du précédent repas ? Peut-être parce que déjà j’endossais mon statut de chose, sans état d’âme.
La belle Kajira a poussé la méticulosité jusqu'à introduire un, puis deux doigts enduits d’un baume parfumé dans mon anus en les tournant dans tous les sens pour les ressortir absolumentt propre, justifiant le parfait de son acte.
Je n’ai pas protesté, je n’ai pas crié, juste serré les dents un peu plus fort.
Sans état d’âme. Elle a fait ce qu’elle avait à faire avec des gestes presque médicaux. Sans un mot, la belle esclave a procédé à ma purification.
Et c’est avec la même méticulosité qu’elle m’a habillé.
Une petite culotte blanche, ce qui me fait froncer les sourcils. Apparemment les règles à respecter ne seront pas les mêmes que celles de Mon Maître à qui je devais prouver ma disponibilité à chaque instant. Mon étonnement a grandis lorsqu’elle ma aidé à enfiler un jean épais et serré. Un chemisier blanc brodé, un peu désuet,  complète et finalise mon habillage. Mes cheveux ont été ramenés en arrière en une queue de cheval attachée haute sur mon crane. C’est une fois achevé ce rituel d’habillage que Laure a daigné ouvrir la bouche et lancer avec cet accent italien qui me charme.
— C’est bien ! Tu me suis, il faut que je te trouve un blouson à ta taille !
Je fronce à nouveau les sourcils en un signe d’incompréhension. La Kajira sourit.
— Je t’emmène sur ma moto… Ordre de Kristale !
Devant mon attitude circonspecte, elle continue.
— Tu es une championne d’équitation ?
— Oui !
Le seul mot que j’ai le droit de prononcer.
— La moto c’est pareil ! Comme la danse aussi, tu tiens mes hanches et tu suis mes mouvements sans les contrarier. Je hoche la tête, dubitative, cela n’a pas l’air bien compliqué.

Sous les semelles de mes mocassins le gravier de l’allée glisse comme des nuages. Je me sens légère, pure, débarrassée de tous ce qui me lie à la terre et ses souillures. Je suis dévotement la belle Kajira. Seul le poids du blouson de cuir épais et du casque de moto que je tiens au bout de mon bras m’empêche de m’envoler.
Nous nous approchons de l’entrée où se tiens Kristale, fermement campé devant le monstre mécanique de Laure. Elle tient nonchalamment un petit coffret sous le bras. Elle fait un pas vers moi.
— Baisse ton pantalon à mi-cuisse et écarte les jambes !
Sur mon nuage, je ne suis même pas étonnée de l’interpellation et vais pour déposer le casque par terre et m’exécuter. Laure se précipite et intercepte le casque avant qu’il ne touche le sol et me l’arrache presque rageusement évitant in extremis son contact avec le gravier et la probable rayure qui en aurait suivie.
Je me redresse et entreprends de déboutonner mon jean.
Kristale ouvre le coffret de bois d’acajou et en dévoile le contenu.
Deux sphères d’argent finement ciselées de motifs non répétitif que je n’arrive pas à décrypter tant le soleil accroche et difracte sur leurs surfaces brillantes. Elles ont la taille de gros abricots et sont reliées entre elles par une épaisse chaîne d’argent également. Chaîne qui se prolonge et se love sur le côté du lit de satin noir dans lequel elles sont précieusement couchées.
La boite ouverte, posée à plat dans sa main gauche, Kristale plie un genou pour se retrouver face à mon ventre dénudé. Elle se saisit d’une des boules et avec la dextérité d’une longue expérience la présente entre mes jambes. Une poussée précise et les lèvres de mon sexe s’écartent, gobant la sphère comme la bouche le ferait d’un raisin. Ses deux doigts la suivent et je sens progresser dans mon vagin la sphère froide qui se réchauffe rapidement. Posant la boite sur le sol, entre mes pieds, et gardant plaquée sa main droite sur mon ventre, deux doigts à demi introduit comme pour garantir l’éventuelle expulsion de la première sphère, elle glisse entre me jambes dans un mouvement compliqué de sa main gauche contournant et enlaçant  ma cuisses par dessus ma culotte baissée  et vient se  saisir  du deuxième globe posé sagement dans sa boite. La sphère coulisse le long de la chaîne qui pend entre mes jambes pour rejoindre sa jumelle. Mais elle n’en prend pas le même chemin et vient se présenter à l’orée de mon anus. Je me crispe, mais n’ai pas le temps de protester. L’onguent dont Laure a enduit le passage en facilite l’intromission. A peine ai-je le temps mesurer la dilatation de la porte étroite que déjà elle remonte en moi et se loge douillettement contre la paroi qui la sépare de sa sœur de chaine. Rapidement Kristale remonte la petite culotte blanche parfaitement serrée et ajustée, culotte dont je comprends maintenant la fonction, et libérant ainsi ses mains prend le temps d’ajuster la longue chaine  entre mes fesses en en ceignant ma taille.
Satisfaite de son ouvrage Kristale se relève  et sans même me regarder se détourne et s’éloigne lançant un dédaigneux « Bon voyage !», me laissant rajuster seule mon pantalon aussi serré que ma petite culotte et qui parfait ainsi l’emprisonnement des deux sphères dans mes entrailles.
Je me tourne vers La Kajira qui a déjà enfilé son casque et me fait signe de faire de même en me désignant le mien posé sur la moto. Mortifiée, mais soucieuse de le cacher, Je vais pour faire un pas décidé vers elle. Je suis stoppée net. Ce seul mouvement  a fait s’animer les globes en moi et c’est comme si un fantôme venais de me caresser, me posséder d’une manière des plus intime, des plus indécente. Je me fige et me cabre en écarquillant les yeux et les doigts de mes mains vers l’avant comme pour repousser cet amant imaginaire. A ma frimousse déconfite Laure éclate de rire et se saisit de mon casque qu’elle vient m’aider à ajuster.
Les deux pas qui me séparent de la moto sont plus facile, mais pas les moins surprenant de sensation. Enfourcher la Ducati en écartant les jambes et les resserrer sur les flancs de la machine en empoignant la hanche de Laure l’a été encore davantage. Mais c’est lorsque laure a mis le contact de son Monster que j’ai compris l’étendue de ce qui m’attendait. Les vibrations sourdes de la puissante mécanique ont fait prendre vie au deux sphères lubriques en faisant tressauter la grenaille qui s’agite en elle, me communiquant leur fébrile agitation. Mes yeux se révulsent de surprise. C’est une flamme de plaisir contenu qui nait entre mes jambes me pénètre si intimement que c’est tout mon corps qui vibre à l’unisson.
Je pose ma tête sur l’épaule de Laure. Nos casques se cognent doucement. Mes mains se crispent une peu plus sur ses hanches.
Le roadster franchit les grilles de la Colombière qui se referment lentement derriere nous et s’engage en accélérant sur le ruban d’asphalte qui fuit vers Montpellier.
Combien de temps cette chevauchée ?
Une heure ?
Une heure et demie ?
Deux…Peut-être !

A suivre : Chap. 52. La Galinière

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24 mai 17

Chap. 50. Jacquerie.

Kristale tend son bras vers mon visage, le téléphone posé à plat sur sa paume. L’écran luit doucement d’une lumière froide, menaçante. L’invite est suffisamment éloquente pour qu’elle n’ait rien à dire. Lentement, je déplie mes bras de derrière mon dos et me saisis de l’appareil. Une courte inspiration pour essayer de me détendre. Je le porte à mon oreille et lance d’une voix blanche.
— Oui.
Je ressens l’immense jubilation que porte la voix qui me répond.
— Isabelle ? Isabelle la rouquine !  C’est bien toi ?
— Oui.
Un rire gras me fait écho, un rire qui se meurt dans un hum de satisfaction.
Un court silence puis.
— On ne t’a pas appris à dire « Oui, Monsieur » ?
Je regarde Kristale qui vient de se recroqueviller sur le divan  entourant son genou replié de ses mains jointes, elle m’observe, un demi-sourire de connivence aux coins des lèvres.
— Oui. Monsieur.
Je ne mets aucune déférence dans le ton de ma voix que j’essaye de garder le plus froid possible espérant désamorcer l’excitation que je sens vibrer  au bout du fil.
— C’est mieux Isabelle !… Tu as entendu ce qu’a dit Madame Kristale, tu vas m’appartenir entièrement… Cela te fait plaisir ?
Comment donner mon assentiment alors que tout mon être rejette cette évidence. Oui, je vais lui appartenir. Il va pouvoir parachever ce qu’il a commencé dans le couloir sombre de ce même bâtiment.  Il me vient comme à l’évidence qu’il faut que je me courbe docilement aux moindres fantaisies, même les plus lubriques, du jeu de Kristale et des ses sbires. Et comment dire non alors que ses yeux de glace bleue  scrutent la moindre de mes réactions ?
Pour tenir quatre jours il faut absolument que j’évite les motifs de punition et même de simple réprimande.
Je baisse la tête et murmure sans chaleur.
— Oui. Monsieur.
— Et comme je suis quelqu’un qui aime bien partager… Pas comme ton maître ! Je vais te faire goûter les talents de mes copains...
Une onde glacée me court le long du dos. Ma nuque se raidit.
—… Combien en veux-tu ? … Suffisamment pour augmenter ton chiffre… Tu en es à combien ?
— Onze.
Je réponds sèchement et n’ajoute pas le Monsieur protocolaire. Mon interlocuteur ne relève pas, perdu qu’il est dans son délire.
— Seulement ? Et si on doublait ce chiffre  demain soir ? Une dizaine de beaux mâles rien que pour toi ? … Cela te ferait plaisir ?
Cette fois je ne réponds pas. D’ailleurs Jacques ne m’en laisse pas le temps.
— Tu vas adorer ! Je vais t’organiser une soirée dont tu vas te souvenir et je vais prendre un plaisir immense à te voir saillir par mes copains… Tu vas être notre chose… Mais rassure toi,  je te prendrai le premier… A ma façon, comme tu aimes !... Tu aimes comment ?
Mes yeux se voilent, et je me retiens de les fermer mais ne répond pas. Devant mon silence Jacques insiste. Il a déjà commencé à jouer et cette humiliation en est le préambule.
— Tu aimes comment Isabelle ?… je veux te l’entendre dire, devant Kristale !
Se couler dans son jeu, lisse et sans accrocs. Je prends une inspiration.
— Je… Par… Par derrière, Monsieur... J’aime par derrière !
Une flamme rougeoyante me monte au visage et j’observe Kristale par en dessous. Son sourire s’élargit.
Jacques éclate d’un rire moqueur.
— Tu sais ce qu’il y a de bien avec toi ?… C’est que tu restes toujours aussi prude, petite morue débutante. Je suis sûr qu’après que mes copains te seront passés dessus toute la nuit, au matin tu ne seras toujours pas dessalée...
Je frissonne d’indignation.
— … Oui ce que tu aimes c’est qu’on te bourre le cul c’est çà que tu aimes ! Et compte sur moi pour t’écarter la rondelle… Tu vas jouir comme une reine. Mais avant pour bien me mettre en forme, tu vas me sucer jusqu'à la garde et crois moi tu vas la sentir passer entre tes lèvres, ma queue… Jusqu’au fond de ta gorge…Je ne vais pas te ménager...
Je sens son excitation monter comme le ton de sa voix. Ce qu’il confirme immédiatement.
—… Rien qu’a cette idée je bande déjà comme un taureau…  Et toi Isabelle ?… Tu mouilles bien ? … Tu m’attends ?
J’avais espéré qu’il ne me prenne plus à témoin,  Espérance futile.
— Je sais que sous ton apparence d’aristocrate bien élevée tu es une petite dévergondée… Alors ?
— Je … Oui, Monsieur !
— Oui, quoi ?
— Oui, je mouille !
Jacques ne se laisse pas abuser par le ton neutre de ma voix.
— Alors, caresses toi !... Branles toi devant ta maîtresse !  Et  repasses la moi, qu’elle me raconte ! Sans répondre et soulagée de la fin de cette discussion outrageante je tends brusquement le téléphone à Kristale.
Lentement elle le porte à son oreille. Dans le même temps je glisse ma main entre mes jambes et mime mollement une caresse intime. Sans conviction. Les récentes étreintes de Kristale en ont épuisé l’envie.
Ses yeux de glace se lèvent sur moi et s’informe du lent mouvement de va et vient que j’imprime à mes doigts.
— Oui… Elle est en train !
—…
— Oui, nous descendons cet après-midi sur la côte… Nous serons à la Galiniere ce soir !
—  …
Elle ricane, moqueuse.
— Non pas ce soir… Tu es trop pressé !
C’est ce moment que choisit la longue silhouette de Laure pour se glisser en silence dans la pièce. La belle odalisque est nue, sa chevelure noire, encore humide, entortillée en une tresse improbable et ramenée sur son épaule, coule entre ses seins. Kristale s’aperçoit de sa présence et comme si elle se désintéressait brusquement de la conversation elle abrège.
— Oui ! Bien… Bon… Tu fais le nécessaire !... A demain !
Sans attendre de réponse elle referme d’un geste vif son portable et fait un geste vers Laure lui intimant d'approcher.

A suivre : Chap. 51. Les Sphères Célestes.

 

 

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10 mars 17

Chap. 49. Les desseins de Kristale.

Kristale bascule en arrière, se couchant confortablement au fond du sofa tout en m’attirant à elle par les épaules. Elle me cale la tête contre sa poitrine et me caresse doucement le haut du front cherchant à enrouler mes mèches rebelles autour de son majeur.
Je suis bien.
Ses doigts ont abandonné mon entrejambe irradié de spasmes brulants et reposent poisseux de liqueur de cyprine sur ma cuisse qui barre paresseusement son bassin. Je retrouve mon calme et mon souffle. Sa respiration balaye mon front où elle dépose de temps à autre de petits baisers comme on le ferait sur le front d’une enfant chérie.
Elle rompt le silence à voix basse.
—  Il n’est peut-être pas nécessaire de se faire du mal pendant ces prochaines journées !
Je ne réponds pas.
Je sorts doucement de la langueur d’après l’amour et entends sa voix très loin comme dans un rêve.
Elle continue
— Cela pourraient être quatre jours… trois nuits… Paradisiaques … Non ?
Je comprends où elle veut en venir. Je resserre l’étreinte de ma cuisse contre ses jambes et lance un humm, étouffé,  incertain.
— Tu n’as qu’à prononcer un mot… ou plusieurs !
Elle dépose de nouveau un baiser plus appuyé sur mon front, guettant le moindre de mes mouvements qui pourrait passer pour un assentiment.
Mes pensées tournent dans ma tête comme un rat en cage. A toute vitesse.
Oui, cela serait tellement plus simple ! Pourtant une petite sonnette d’alarme résonne très loin en moi. Cela serait la fin d’une  aventure que j’ai choisi, et le début d’une autre, que là, je n’aurais pas choisie.
Comme si Kristale avait lu dans mes pensées, elle murmure.
— Tu pourras continuer à voir Marc ! Tu sais comme nous sommes proches et que nous partageons tout. Tu feras partie de ce partage.
Pourquoi est-ce que cela ne me satisfait pas ?
Je murmure sur un ton dépité.
— Oui, Madame. Je sais !
Elle a perçu ma réticence, mon indécision  et attaque sur un autre angle.
— Marc va vite se détourner de toi. Loreleï va s’en charger. Sous ses airs mièvres elle cache bien des talents auxquels aucun maître ne pourrait résister.
Braquée, je demande par défi.
— Lesquels ?
Sans hésiter Kristale lance
— Elle n’a aucune expérience ! C’est une feuille vierge qui s’offre et sur laquelle on peut écrire tout ce qui passe par la tête d’un dominant. Et elle le sait, elle l’espère de tout son être.  Tu as senti comme elle trépignait d’impatience. Marc va en faire la parfaite soumise qu’elle aspire à être. Il va la façonner comme jamais il ne l’a fait, même avec toi.
Une rage sourde me prend. Je sais qu’elle a raison.
— Mais moi aussi, il m’a eu sans expérience et…
Kristale me coupe péremptoire, sa voix laisse poindre l’exaspération et monte d’un ton.
— Elle est vierge, et n’a aucune retenue sexuelle… J’y ai veillé… Si cela ne te suffit pas ! Même un ascète n’y résisterait pas !
Déboussolée et a court d’argument, je murmure.
— … Il n’y a pas que le sexe !
En me rendant compte immédiatement de la faiblesse de mon argumentation. Cela fait bondir Kristale.
Sans ménagement, elle me repousse sur le coté du sofa
et se lève d’un bond. D’un mouvement vif, elle remet de l’ordre dans son chemisier de tulle blanc. Je remarque amusée une tache d’humidité sombre sur son pantalon de lin froissé au niveau de sa cuisse là où ma fleur, épuisée de caresses, a rendu de son nectar sous ses doigts.
— Vraiment petite gourde ? Tu crois cela ? Puisque la douceur n’est pas suffisante,  c’est par la violence et le sexe que je vais te faire cracher ton safeword !
Je la regarde, éberluée par le brusque revirement de ton. Au comble de l’énervement elle aboie presque.
— Et c’est quoi cette attitude ? Qu’est ce que tu attends pour prendre la pose ?
Je vais pour m’agenouiller sur le sol. Mais elle repousse l’album photo contre les verres et la bouteille qui se heurtent durement et tintent bruyamment.
— Non ! Sur la table ! Face à moi !
Je m’installe comme elle me l’a demandé. La table est assez grande pour que je puisse écarter les jambes largement, je me cambre et passe mes deux mains au creux des reins. Je baisse la tête en un signe de parfaite soumission, mais continue à l’observer à la dérobé, par en dessous.
Kristale se rassoie sur l’autre aile du divan en se massant les mains comme une pianiste avant d’entamer un morceau particulièrement difficile sur son clavier. Elle m’inspecte pendant un long moment. Se penche sur la table et se sert un verre de liqueur ambrée. Elle porte le verre à ses lèvres sans me quitter du regard et semble retrouver son calme.
— Bien ma belle ! Nous avons donc quatre jours pour te faire parler. Il est encore temps de me donner le mot de passe ! Non ?
Je me fais l’impression d’être au bord d’un gouffre noir dans lequel je dois sauter en faisant confiance à la corde qui me lie les chevilles et aux voix qui, au fond du gouffre, m’encouragent. Dans l’incapacité de sauter le pas, je reste muette.
— Bien… Alors je vais t’exposer mon programme !
Kristale repose son verre juste entre mes jambes.
— Pour commencer tu seras fouettée deux fois par jour. A ton coucher et à ton lever. Ce sera Laure qui se chargera de çà… Ou bien une autre personne de mon choix.
Kristale s’enfonce un peu plus dans le coussin du sofa.
— Je vais également te livrer aux maraudeurs une ou plusieurs fois peut être si tu t’entête. Tu connais les maraudeurs ? Marc m’a dit que oui… Ce ne sont pas des tendres, hein ?
Elle sourit aux anges se perdant un instant dans ses pensées lubriques.
— En plus, quand je vais leur dire ce qu’ils ont à faire, crois moi que tu vas passer les heures les plus…
Elle s’interrompt brutalement et ses yeux s’allument de malice
— Attends !
Kristale se lève d’un bond et se saisit de son téléphone resté sur une sellette non loin du divan. Elle revient y prendre place tout en composant un numéro. L’écran s’illumine et elle le porte à son oreille tout en m’adressant un clin d’œil.
— Jacques ?
Je frissonne à l’énoncé du prénom.
Je perçois un bredouillement presque inaudible qui vient du portable.
Elle continue.
— Devine qui j’ai devant moi ?
— …
— Bon alors, je ta la décris…
Kristale penche la tête sur le côté en me détaillant intensément.
— … Elle est plutôt jolie, je dirais même, très jolie, elle est nue, à genoux sur la table basse du salon, les jambes écartée, les mains dans le dos, à ta disposition. D’ailleurs la pointe de ses seins est bien tendue…et il y a de quoi contenter les mains d’un honnête homme.
— …
Kristale s’esclaffe.
— Oui je me doute !... Oui tu la connais !
— …
— Bon un peu plus alors !  Elle a les yeux noisette, une peau très blanche, et de longs cheveux roux…
De nouveau elle éclate de rire
— Ouiii ! C’est çà !... Elle est là !
Elle retrouve son sérieux et continue, cette fois sans plus me prêter attention.
— J’ai besoin que tu réunisses les gaillards du Cap pour quelques soirées en compagnie avec elle… Demain soir, c’est possible ?
— …
— Non juste elle, elle sera seule… Il ne sera pas là !
— …
— Oui entièrement… En fait le but du jeu est de lui faire prononcer son safeword.
 Elle ricane grassement.
— Vous aurez toute latitude pour cela ! … Non, Non ! Pas de restriction.
Mes épaules se tassent au fur et mesure que se poursuit l’étrange discussion. J’ai bien compris ce que prépare Kristale et je sais à qui elle demande cela. Jacques !
Jacques, que Marc a humilié en me refusant à lui alors que son empressement à me posséder était devenu une obsession.*  Kristale allait, sans sourciller, libérer toutes les pulsions les plus sordides de mon  tourmenteur sur ma pauvre personne.
Un froid glacial me parcourt les reins et un frisson me hérisse les cheveux de la nuque. Devant la menace, comme à mon habitude, je me réfugie dans une sorte de vacuité cotonneuse, mon esprit tente de s’échapper, mais c’est sans compter la malveillance de Kristale qui tient à mener son ignominie jusqu’au bout.
— Attends, le mieux est que je te la passe !
Et, elle me tend son téléphone.

* Une Saison d'Airain. > Chap. 39. Sombres étreintes.

 A suivre : Chap. 50. Jacquerie.

 

Posté par isabelle_mad à 08:44 - - Commentaires [2] - Permalien [#]