Les Carnets d'Emilie

21 avr. 19

Chap.64. Le Portail de Fer

Un éclair pourpre zèbre la vitre latérale. C’est Laure qui vient de nous dépasser au guidon de sa Ducati. Elle ralentit devant la voiture et se permet quelques zigzags de salutation avant de remettre les gaz et, dans un vrombissement sourd, disparaître de ma vue au virage suivant.  Elle sait où nous allons !
Nous sommes partis bien avant elle. Elle a du remettre un peu d’ordre dans la maison et la sécurité avant de nous rattraper.  Ce qui lui a été facile, son roadster avalant les kilomètres qui nous séparaient en se moquant bien des limitations. Laure n’a pas de loi autre que celle qu’elle vous accorde.
Je me tourne vers Loreleï.
Elle est de l’autre côté de la banquette de cuir beige. Nous ne sommes que toutes les deux sur le siège arrière et il y a beaucoup de place dans la berline, pourtant elle s’est recroquevillée en chien de fusil contre la portière et toute son attention est concentrée sur son Smart-phone. Elle joue, comme hypnotisée par les briques multicolores qui obéissent et se rangent sagement aux ordres de ses pouces qui s’agitent fébrilement sur le rectangle sombre dont l’écran émet une lueur blafarde sur son visage d’ange.
Une enfant qui joue. Je souris en repensant à notre soirée  et à ses déchaînements de passion qui nous ont conduites à dépasser la nuit. Marc a raison, je ne peux me fier à son attitude timide de gamine effarouchée qu’elle prend naturellement. Cette femme-fleur a la volupté d’une orchidée.
Marc est au volant. Il conduit sereinement comme à son habitude. Entre ses mains la voiture semble être un tapis volant et glisse sans à coup sur l’asphalte brûlant de midi. Machinalement il a fait un amicale signe de la main au bolide pourpre qui le saluait.
Tôt ce matin, à mes demandes pressantes, il a tenté de m’expliquer là ou nous nous rendons en chuchotant par-dessus la tête de Loreleï qui dormait encore du sommeil d’après l’amour, pelotonner entre nous deux, la bouche entrouverte sur un souffle régulier, la main paresseusement posée sur mon ventre.
—  …Mais… Moins tu en sauras plus tu apprécieras ! Tu aimes les surprises, non ?
En tous les cas cela m’a l’air terriblement  officiel. Mon Maître est habillé de noir avec un col mao cintré de blanc ce qui lui donne l’air d’un clergyman, une apparence démentie par la figurine féminine, nue, crucifiée sur une croix de St-André, qu’il porte  au revers de son col.
A ses coté Kristale est vêtue de la tête aux pieds d’un cuir sombre presque menaçant qui contraste violemment avec ses cheveux blond platine. Elle porte un simple lacet noir autour du coup, sans anneau.Un apparat choisi et distingué, contrairement à nous. Il nous a juste été donné d’arborer  nos colliers de soumission, notre tenue vestimentaire n’a pas semblé être d’une grand importance.
Loreleï porte un jean scarifié aux genoux comme les apprécient les ados et un sweet-shirt blanc barré d’un « Love »pailleté de rose et souligné d’un « Hard » noir. On devine sous le tissu ses seins libres d’entraves. A son poignet deux bracelets joints, entortillés l’un à l’autre ; un bracelet rouge qui, je le sais, est un avertissement, l’interdiction de la toucher sans autorisation, et un bracelet blanc dont je devine le signal. Signal renforcé par son collier de cuir, blanc lui aussi, collier auquel pend un grelot d’argent. Le collier des novices.
Pour ma part je n’ai pas de bracelet de limitation et Marc m’a choisi un épais collier de cuir noir à double verrouillage orné d’un lourd anneau de fer forgé, patiné par l’usage. Je porte mon ensemble d’étudiante très british, jupe écossaise, escarpins noir en accord avec mon collier, chaussette et chemisette blanche, sans rien dessous comme le veux l’étiquette de soumise.

Pas trop rassurée, j’ai insisté.
— Oui, Monsieur ! J’aime les surprises ! Mais Monsieur, sil vous plaît, à quoi je dois m’attendre ?
Il prend son temps pour répondre.
— Tu sais, je ne suis pas dans le cercle depuis très longtemps… Mais c’est organisé avec beaucoup de sérieux…
Et il s’arrête sur sa lancée.
Je me lève sur un coude, bousculant la nymphette endormie contre moi. Je fronce les sourcils et fait une moue boudeuse, suppliante. Je veux en savoir un peu plus que çà et lui fait savoir. Marc ne se fâche pas de mon attitude, il s’en amuse. Il souffle et regarde autour de lui comme si il vérifiait que personnes ne pouvait l’entendre.
— Alors… C’est… C’est un genre de kermesse, plutôt déluré, où tout le monde s’amuse beaucoup et où chacun montre son savoir faire… Et nous apparemment, notre stand, çà va être ton procès !... Voilà, çà te va !
Et sans attendre ma réaction il se lève d’un coup de rein et se dirige vers la salle d’eau.
Chahutée par le départ sans précaution de Mon Maître, Loreleï sort de son sommeil. Ses yeux embués d’aigue-marine s’éclairent et, m’apercevant, me sourit avec tendresse.

Depuis notre dernier arrêt sur une discrète aire d’autoroute, cela fait maintenant deux heures que nous roulons. Loreleï n’a pas quitté son écran des yeux, indifférente aux paysages qui défilent et changent peu à peu. Impossible de savoir où nous nous rendons exactement, mais je devine que nous roulons vers le nord. Nous quittons l’Occitanie par le viaduc et nous louvoyons bientôt sur les flancs d’un paysage de montagnes couvertes de forêts denses, j’y devine les contreforts des Puys.
Au fur et à mesure que nous nous éloignions des grands axes, les routes se rétrécissent et se réduisent bientôt à un chemin mal goudronné qui s’enfonce dans une sombre forêt de mélèzes. Marc roule presque au pas en évitant les nids de poule. La voûte des arbres est oppressante et nous cache le soleil qui commence à peine à décliner. Même Loreleï a senti le changement d’atmosphère. Abandonnant son écran, elle se redresse et scrute, inquiète, la forêt de troncs noirs, fantomatiques.  Nous stoppons bientôt devant un grand portail de fer forgé d’arabesques qui barre totalement la route. Je constate avec étonnement que ce portail qui s’appuie sur deux piliers de pierre imposant, ne garde rien. Sur un des piliers une plaque moussu par le temps et presque illisible « Propriété Privée ». Pourtant,  il n’y a pas de mur d’enceinte et, à pieds, on peut le contourner sans difficulté. Sa seule fonction est d’empêcher le passage des véhicules venant de la route. Il y a d’ailleurs devant ce portail une placette de terre battue qui permet aux aventureux butant devant lui, de faire demi-tour. Marc laisse tourner le moteur. Sur le tableau de bord Le GPS clignote avec insistance  son message  « Vous êtes arrivé ».
Je tends le cou et scrute les alentours. Rien qu’une forêt noire sans âme aux troncs d’arbres semblables aux colonnes d’une cathédrale à la voûte sombre. Mon attention se reporte sur le portail incongru. Au sommet du pilier gauche Je remarque une petite lumière bleue surmontant un œil noire. Une caméra !
 Kristale se saisie de son téléphone et tape rapidement quelque message. La lumière bleue se met à clignoter. Elle s’adresse ensuite à Loreleï d’une voix douce. Elle semble, dans sa langue, lui donner des instructions. Pendant l’explication, et sur l’indication de Kristale, Loreleï se penche vers l’avant entre les sièges et lève la tête vers la caméra puis, sans broncher, la jeune fille dépose son portable sur le siège et tire sur la poignée de la porte. Elle sort, contourne la voiture par l’avant et d’un geste ôte son tee-shirt qu’elle dépose sur le capot avant, elle rejette ses cheveux vers l’arrière et écartant les jambes, place ses mains dans le dos le visage, la poitrine pointée vers la caméra Je n’ai pas le temps de m’interroger sur cet étrange rituel que Marc me lance impératif.
— Isabelle… Même chose !
A mon tour je m’extirpe du douillet cocon climatisé.
Au dehors l’air est frais et humide. Une odeur d’humus et de décomposition de végétaux me piquent les narines. Les alentours sont sinistres. Le sous-bois, sombre comme la nuit, est nu, sans végétation, couvert d’un tapis uniforme d’aiguilles de pin brunâtres, seul le bas-côté du chemin, où le soleil a pu se frayer un chemin au travers des frondaisons opaques, est agrémenté de hautes fougères. Pas un bruit, pas un pépiement d’oiseaux ne viennent couvrir le ronronnement assourdi du moteur. J’ai la sensation oppressante d’être au beau milieu d’une cave monumentale.
Je m’avance rapidement toute en déboutonnant ma chemisette et, une fois ôtée, la lance sur le capot, sur le tee-shirt de Loreleï. Seins nus, je me présente à côté d’elle, copiant son attitude. A mon tour, je glisse mes mains dans mon dos et darde ma poitrine dont les tétons se durcissent sous les doigts glacials de l’air saturé d’humidité, vers la caméra. Je lance un rapide coup d’œil à Loreleï qui reste statufiée comme hypnotisée par l’œil froid qui, je le devine, nous scrute attentivement. Je comprends alors qu’elle est en train de montrer son collier. Immédiatement je relève la tête pour, moi aussi, exhiber le témoin de ma soumission.
Il ne faut que quelques instants pour qu’un déclic sec nous annonce le déverrouillage du portail qui commence à s’entrouvrir lentement, meut par quelque mécanisme caché. La vitre du conducteur se baisse et la voix de marc vient troubler le silence.
— Allez, Mesdemoiselles…Grimpez ! On y va !
Avec un bel ensemble, sans que Loreleï ait besoin de traduction, nous nous emparons de nos vêtements et sans prendre le temps de les remettre nous nous précipitons vers nos portières respectives comme si nous étions poursuivie par les esprits du lieu, pressées et soulagées de quitter cet endroit inhospitalier.

Le véhicule se remet en marche lentement comme si il pénétrait dans un sanctuaire. Pendant que nous nous rhabillons Kristale se retourne sur nous et lance en riant.
— Vos colliers sont nos mots de passe. Aujourd’hui les soumises sont a l’honneur !
Et elle me fait un clin d’œil malicieux. Ce qui ne me rassure pas vraiment. Je sais trop bien ce que vaut l’honneur d’une soumise pour Kristale.
Je reboutonne mon chemisier et machinalement pour me réajuster mon regard accroche le rétroviseur. Je me retourne, intriguée. Derrière nous, à vingt mêtres, un véhicule, un coupé de luxe blanc aux vitres teintées est engagé sur le chemin et se rapproche, mais il ne nous rattrape pas, le lourd portail s’est déjà refermé sur nous et lui interdit le passage, le forçant à stopper devant lui. En plaçant le dernier bouton je me dis que le rituel va une fois de plus se renouveler. Curieuse, je scille des yeux pour essayer de distinguer au travers des grilles épaisses la silhouette féminine qui vient de descendre de la voiture et s’approcher du pilier où s’active l’œil inquisiteur. Je ne peux en voir plus, nous nous éloignons et bientôt à la faveur d’un tournant, le portail de fer et sa suppliante disparaissent à ma vue.

Chap.65. Le Roi des Ombres

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03 avr. 19

Le Carnet Manquant

— Tu es sur ton blog ?
Je lève les yeux de l’écran et abaisse mes lunettes sur le nez pour la contempler.
Il est dix-sept heure et elle se ballade entièrement nue dans l’appartement. Mon amazone revient de son après-midi d’épuisement corporel à cavaler, sprinter, boxer, et tous moyens qui peuvent affûter ses muscles, satisfaire son besoin d’adrénaline et son culte du corps.
Elle torsade sur son épaule ses longs cheveux encore humides de la douche qu’elle vient de prendre. Sappho est une de ces personnes dont la présence envahie l’espace dés qu’elle pénètre dans un lieu, aussi vaste qu’il soit. Solidement campée sur ses pieds, les jambes légèrement écartées comme un lutteur qui attend le combat,  elle semble vous défier continuellement.
Habillée d’un simple kimono, je me suis recroquevillée dans un coin, moelleusement installée, le dos soutenue par de grands coussins, l’ordinateur portable posé sur mes genoux, dans un coin du sofa. Enfin, sofa ! C’est notre mot pour désigner les deux vastes lits accolés, encombrés de coussins de toutes formes et couleurs. Il y a longtemps déjà que nous avons décidé de bannir le convenu dans l’agencement du salon. Ici pas de quoi s’asseoir mais un vaste terrain de jeux qui sert aussi bien à déjeuner, à regarder la télé, à rêvasser et à travailler, à recevoir nos amis et nos invités aussi… à leur grand étonnement de se voir convier dans notre « lit ».
Tout autour de cette méridienne démesurée, des étagères en caisses de bois brut empilées qui servent de bibliothèque disparaissent sous des amoncellements de livres, de revues amoncelées au hasard et font, par ce désordre, réponse à l’ordre improbable des coussins. Le grand écran de télévision bien qu’imposant est lui-même phagocyté par les volumes de  papier qui ont depuis longtemps englouti les enceintes qui diffusent les Gymnopédies en sourdine.
Seule une petite rangée de livres aux couleurs fanées, la couverture défraîchie, comme si ils avaient été manipulés à outrance, est bien alignée sur une des étagères. Des carnets de notes numérotés, juste un titre griffonné au stylo « Les carnets d’Emilie », N°1, N°2,...
Au tiers de la pile, Il manque un carnet.
Le livret manquant est ouvert à côté de moi, soigneusement posé sur un coussin qui lui fait comme un lutrin.

Hyp1


Ma douce hétaïre s’agenouille sur le sofa et s’approche en rampant lascivement vers moi en repoussant les coussins qui gênent sa progression. Elle s’assoit à mon côté et cherche à lire par-dessus mon épaule.
Je baisse l’écran.
— Tu sais bien que je n’aime pas qu’on lise ce que je suis en train d’écrire !
Elle appuie sa tête sur mon épaule qui se mouille et me fait frissonner. Elle sent la savonnette. Pour tempérer ma réprimande, je me tourne vers elle et dépose un baiser sonore sur ses cheveux. Elle s’ébroue doucement et se colle un peu plus à moi comme le ferai un chat cherchant les caresses.
— Tu en es où ?
— A l’Assemblée de Fer ! Au tout début ! La première fois où j’y suis allée !
Elle se renfrogne, je connais sa jalousie à peine contenue pour celles et ceux que j’ai connu avant notre histoire.
— On ne se connaissait pas !
— Non… Pas encore !
Elle désigne du menton les carnets restés sur l’étagère.
— Et les autres ? Tes vacances torrides à Fort de France ? L’histoire de Béatrice ? Et celles avec les jumelles ?....
Je reste silencieuse.
Elle tend la main vers le carnet sur son coussin. Elle en tourne quelques pages
— C’est un vrai charabia, j’y comprends rien, comment tu fais pour t’y retrouver ?
Je souris et ne cherche pas à répondre.
Il est vrai que mes carnets ressemblent plus à des brouillons de scripts de films qu’à un roman. Une page ou deux par chapitre avec des annotations un peu dans tous les sens, parfois agrémenté des dessins de Marc. Des notes d’ambiances, de personnage, de dialogues clés,  jetées en vrac. En plus des abréviations convenues INT : intérieur EXT : extérieur N : nuit J : jour, lieu, l’heure, personnages… J’y décris rapidement les scènes que j’ai vécues ou auxquelles j’ai assistées. Je n’ai souvent pas beaucoup de temps pour noter toutes les péripéties qui me sont arrivées pourtant, il me suffit que je relise les notes griffonnées à la hâte pour que les moindres détails me reviennent en mémoire. Dans de bonne condition, comme cet après-midi, je me mets alors à écrire furieusement le chapitre de l’histoire en cours d’un seul trait, sans me relire, en pensant déjà au suivant. L’exercice me laissant souvent vidée de mon énergie.
— Et, tu nous raconteras toutes les deux?
— Oui certainement… Un jour !
Elle retrouve son entrain.
— D’autant plus que çà a été chaud nous deux, notre rencontre !
Et pour appuyer son discours, elle se redresse sur ses genoux de toute sa hauteur et écarte les jambes en glissant sa main entre ses cuisses.
Fanfaronne, elle continue sans quitter la pose, mimant de se masturber.
— Hum-mm ! Ça fera de superbes chapitres dans ton histoire de cul !
C’est à mon tour de me renfrogner.
Elle sait à quel point je déteste le langage outrancier. Je tente de contrer gauchement.
— Mais non ce n’est pas çà… C’est...
— … Du cul !
— … Autre chose !...
— … Du cul !
Outrée, j’ouvre grand la bouche pour protester cette fois avec véhémence.
Elle ne m’en laisse pas le temps.
— … Du cul, du cul, du cul, du cul !…
Et tout en continuant à égrener ses railleries, elle pivote sur ses genoux pour me présenter ses fesses qu’elle agite sous mon nez, au rythme de ses paroles.
— … Du cul, du cul, du cul !…
La discutions est vaine et l’occasion trop belle.
Je lève la main et la projette avec toute la puissance dont je suis capable vers les deux élégants hémisphères laiteux qui me narguent. Le claquement sonore témoigne de la violence du choc de ma main sur ses fesses. Sappho se cabre sous le coup et coupe court à ses pitreries par un  — Ouch ! — de douleur. Ma main aussi a accusé le choc. Je la replie vivement et vient en caresser mon épaule gauche pour en atténuer la brûlure de ma paume.
Sappho porte la main au niveau de l’impact sur lequel se dessine la marque de mes doigts.
— Aie ! Madame vous me faites mal !
Son ton moqueur se joue de mon exaspération.
Voyant ma mine déconfite elle se radoucie et reprend son sérieux
— Oh, excusez moi Madame… Comment je peux me faire pardonner ?
Elle n’attend pas de réponse.
Sa main droite se pose sur mon genoux et, repoussant l’ordinateur fermé qui bascule sur le coté, glisse sur ma cuisse, entrouvrant mon kimono.  Comme je ne proteste pas, sa main gauche dénoue la ceinture de soie et sa tête plonge entre mes jambes. Ses lèvres se posent sur la peau fine de l’intérieur de mes cuisses et y égrène un chapelet de baisers qui, un a un, pas à pas, s’approchent de  la fleur de mon ventre. Une douce chaleur m’envahie les joues.  A mon tour, je repousse l’ordinateur un peu plus loin  pour pouvoir écarter les jambes sans entrave. Je me fais glisser en arriere et me cambre en me laissant engloutir par les coussins qui nous retombent dessus.
J’ai toujours aimé les excuses de Sappho.

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27 mars 19

Chap. 63. A ma volonté

Comme elle est belle !
La pensée m’en vient comme une évidence.
Rêveuse, son regard de lapis furète au hasard sur le mur au dessus de ma tête, ses longs cheveux de lin blanc ramenés sur le dessus de sa tête en une parfaite queue de cheval retombent gracieusement sur le côté de son épaule en longeant comme une caresse un visage juvénile. Elle s’humecte rapidement les lèvres entrouvertes d’un petit coup de langue humide si rapide que j’ai à peine le temps de le saisir.
Loreleï  a gardé la posture au pied du lit tout le temps de nos ébats et pourtant la lassitude n’altère en rien son allure hiératique. Les jambes largement écartées, les mains dans le dos, cambrée à la limite de la rupture. Ses petits seins pareillement à deux demi sphères parfaites en équilibre sur un buste tendu vers le ciel, surmontés de mignonnes aréoles  nacrées de rose tendre, deux petites meringues gonflées de désir qui ne demandent qu’a être croquées.
Sa taille, haute, est ceinturée d’une fine chaine d’or qui se rassemble devant son nombril ourlé d’un imperceptible duvet d’électrum chatoyant pour retomber sur son ventre tendu et disparaitre entre ses jambes, entre les lèvres entrouvertes irisées par l’onctueuse liqueur de plaisir qui sourd de la fente du plus ravissant des fruits charnus que j’ai jamais vu. La chaine d’or, mouillée de liqueur de cyprine s’engage fermement entre ces lèvres pour, je le sais, aller rejoindre l’anneau d’or  qui entrave les pétales soyeuses et repliées de la rose ainsi captive, l’empêchant de s’éclore librement. L’anneau qui scelle sa virginité et actionne le plus diabolique des mécanismes commandant une jouissance imposée.
Les deux fines colonnes d’albâtre de ses cuisses s’appuient et disparaissent au pied du lit, mais je devine et me souviens de sa façon de se tenir sur la pointe des pieds, comme si elle marchait sur des tessons de verre, précieuse et délicate.
— Comme elle est belle !
Cette fois je m’exclame à haute voix tout en me tournant vers Mon Maître.
Nous somme nus au dessus des draps froissés. Marc n’a pas jugé bon de nous  glisser dessous. Il voulait que Loreleï assiste nos retrouvailles. Qu’elle constate ma docilité et ma disposition à jouir de mon statut de soumise. Je sais qu’elle  vu ma bouche s’arrondir sur le sexe tendu de Mon Maître sous ses yeux. Elle m’a vu écarter les jambes et gémir de plaisir sous les étreintes appuyées.  Elle m’a vu, la croupe tendue et la taille ceinturée par les mains de mon amant pour en parfaire la pénétration. Ainsi offerte,  la tête posée sur mes bras, du coin de l’œil, je l’ai surprise à la dérobé, les yeux écarquillées, la bouche entrouverte sur un souffle retenu, les joues empourprées, sous l’effet de la gêne… Ou du désir ? Marc a tout fait pour qu’elle ne perde pas une miette de mon humiliation voulue sous ses yeux.
Nous sommes nus, couchés côte à côte et face à nous, debout au pied du lit, Loreleï nous fait miroir. Marc glisse ses bras sous sa tête et observe posément la jeune fille comme si il l’a découvrait pour la première fois.
Il hoche du menton et se tourne vers moi.
 — Je suis content qu’elle te plaise… Parce qu’elle est à toi.
A moi ?
— A moi ?
— Oui !  Jusqu'à avis contraire en tout cas !
Je reste dubitative. Ma condition de soumise me convient parfaitement, je n’arrive pas a me glisser dans la peau d’une maîtresse.
— Je… Je ne sais pas si j’y arriverais… C’est si…
— Bien sur que oui, je t’ai vue avec Sonia…  Tu m’as impressionné, c’est à ce moment que j’ai pensé à t’offrir cette expérience… Je crois que Mademoiselle Loreleï fera parfaitement l’affaire. Elle est, de plus, très demandeuse.
Je lance un regard interrogateur à la jeune femme qui a sourcillé à l’énoncé de son nom.
Revenant à Marc.
— Mais je… Vous savez, je ne saurais pas faire de mal. Vous vous souvenez quand Kristale m’a obligée à donner le fouet à Laure… Je n’ai pas pu. Je crois que j’aurais préféré recevoir les coups à sa place.
Marc fronce les sourcils et me contemple comme si il découvrait une sotte à ses côtés.
— Ha donc ! Tu crois qu’être Maitre c’est se limiter à faire souffrir ?
Je me renfrogne sous la réprimande et d’une voie sourde.
— He bien, Oui… Quand même… Un peu…
Je minaude en lui souriant, l’air entendu. Je n’ose pas développer mon argumentation et, affubler de vive voix Mon Maître des qualificatifs de la perversion et du sadisme.
Une mimique interrogative de Marc m’y invite pourtant.
— … Eh bien Monsieur… C’est un peu le jeu, non ?  C’est aimer souffrir et faire souffrir et le Maître prend du plaisir à faire souffrir physiquement  et moralement…C’est un peu… Un peu…
Marc continu ma pensée
— … Pervers ?
— Oui… Maître !
— Humm ! Tu as en partie raison et un observateur extérieur,  dans la vision vanille, le voit certainement comme cela. En fait c’est un peu plus compliqué !
 Marc se redresse, roule sur le côté vers moi, se cale sur son coude gauche et sa main droite se pose sur sein. Son majeur, complice du pouce s’empare doucement du mamelon tandis que son index en agace la pointe qui se dresse aussitôt sous la caresse. Il me fixe droit dans les yeux.
— Donc tu penses que je prends un plaisir pervers à te faire souffrir ou à te voir souffrir ?
— Oui, Monsieur.
— Et donc,  tu souffre et… Tu n’y prends pas de plaisir ?
Je dois bien l’admettre en rougissant.
— Oui… Si ! Bien sur !
— Tu ne crois pas, plutôt, que je prends du plaisir à te faire plaisir ! Puisque tu accepte de souffrir par plaisir ?
Perplexe, je fronce les sourcils en me rendant compte de l’habile inversion de point de vue qu’il me propose.
— Je… Oui, Monsieur ! Excusez moi, je ne l’avais pas vu sous cet angle
Marc sourit et dépose un baiser mouillé  de sa langue sur la pointe de mon sein resté libre et qui répond aussitôt d’un frémissement érectile.
— En fait je suis plutôt un hédoniste !
J’ouvre de grands yeux interrogateurs et suspicieux.
— Oui… En fait j’éprouve beaucoup de plaisir et te voir jouir. Peux m’importe le moyen et peu importe que tu aies choisi la soumission et la pénitence pour y parvenir. C’est un devoir pour moi de t’amener à ce bonheur… Puisque tu m’as choisi pour.
Il penche la tête de côté et me contemple rêveusement, cligne plusieurs fois des yeux et redevenant sérieux, continu.
— Tu sais dans notre cas et tout ceux qui nous entourent le qualificatif de sadomasochisme  ne s’applique pas,  on devrait plutôt parler d’hédo-masochisme ! Le pervers impose la souffrance a une personne qui ne le désir pas et moins elle le veut et plus il y prend de jouissance. Tu penses que c’est mon cas ?
— Oh non, Monsieur… J’ai même remarqué que certaines fois vous n’étiez pas enchanté de me voir punie.
— Bien sûr, n’oublie pas notre credo : Aucune punition n’est administrée sans que…
Je continue sa phrase.
— … Celui qui la commande ne soit impliqué !
Marc se laisse retomber sur le dos.
— Il va falloir que tu t’y habitue maintenant… Tu as la charge de Loreleï et celui de lui rendre ce plaisir.
Le visage de la jeune fille s’illumine de ses grands yeux interrogateurs. Elle cherche à deviner ce qui est dit sur elle.
Je désigne celle qui est censé être maintenant ma soumise du menton.
— Et elle ?... Elle y prend du plaisir ?
Marc s’esclaffe.
— Oh que oui ! Ça je peux te le certifier ! Ne te fie pas à son joli minois de femme-fleur. Tu n’es pas là par hasard, et bien… Elle non plus !

D’un coup de rein il se relève vivement et contourne le lit pour se retrouver derrière Loreleï. La jeune fille ne bronche pas lorsqu’il se colle à elle et que leurs peaux nues se touchent,  Il s’empare de ses seins à pleines mains pour en caresser les délicats mamelons. Le regard de Loreleï se trouble à peine lorsque Marc contournant  la queue de cheval de lin blanc dépose un baiser sur son cou gracile. Elle se tourne même vers lui bouche bée pour chercher ses lèvres et demander son baiser.  Mais il n’y répond pas, et elle ne happe que le vide.
Marc la saisi par les épaules et, toujours derrière elle, la pousse au bord du lit.
— Fait-nous une place Isabelle !
D’un coup de rein je me déplace sur ma gauche et me retrouve presque dans la diagonale de la couche.  Mon Maître appuie sur les épaules de la jeune femme et elle s’agenouille sur le bord du lit face à moi.
— Ecarte donc les jambes ! Mademoiselle Loreleï, va faire ta connaissance.
Je comprends immédiatement où Marc veut en venir.
Autant profiter de l’offrande dans les meilleures conditions !  D’un nouveau sursaut je me cale face à Loreleï, cale mon oreiller sous ma nuque, et écarte les jambes lui présentant ma fleur encore poisseuse de l’hommage qu’il m’a rendu devant ses yeux. Elle fixe mon entrejambe comme hypnotisée. Une onde sourde prend naissance au creux de mon dos et pulse vers mon ventre qui déjà se prépare au plaisir. Je n’ai pas le temps de l’accueillir par un sourire que déjà Marc la force à se pencher sur moi. Surprise, et pour amortir sa descente sur mon ventre, Loreleï quitte sa pose de soumission et plaque ses deux mains sur mes cuisses les écartant encore un peu plus  Je tressaille lorsque ses lèvre fraiches touchent  ma peau juste au dessus de ma fente brulante et que ses cheveux noués glissent le long de mon flanc en une délicate caresse.
Je ne résiste pas a l’envie et lui saisis la tête à deux mains et, la repoussant en  projetant mon ventre vers son visage, l’oblige à embrasser à pleine bouche ma fleur offerte, vibrante de bonheur, en louant intérieurement Marc de me faire un si beau cadeau.
Loreleï n’est vraiment pas une mijaurée, et je constate immédiatement que l’enseignement de Kristale y est pour beaucoup. Passé l’instant de surprise, sa petite langue fraiche commence à entamer une sarabande désordonnée entre les lèvres de ma vulve tentant de se frayer un passage sous le pétale de chair qui coiffe le bourgeon  sensible où elle pourra s’attarder et démontrer sa fougue à me faire plaisir. Une turgescence coquine la guide et un crépitement électrique me fait me mordre les lèvres lorsqu’enfin elle touche au but et qu’elle s’en empare du bout des lèvres.
Je ferme les yeux et ne retiens pas un gémissement de contentement indiquant ainsi à mon Maître, resté debout au bord du lit, que Loreleï est à la tâche et que cette caresse est la bienvenue.

En levant les yeux je constate à l’érection de Mon Maitre que Loreleï n’aura pas seulement à me contenter. La croupe de la jeune fille  qui s’agite doucement et ses reins qui se creusent à chacun de ses coups de langue lascifs ne peux laisser insensible et sa posture cambrée aux jambes écartées, offerte, ne peut lui laisser de doute quant à sa mise à disposition. Il se hisse à son tour sur le lit et se cale posément entre les cuisses de Loreleï. Dans un même mouvement il a porté sa main à la bouche pour en recueillir la salive et enduire consciencieusement la tête d’ivoire poli qui s’apprête ainsi au plus doux des sacrilèges.
Je devine le chemin que Marc va emprunter pour l’honorer. L’autre voie, encore vierge de passage d’un homme, est celée par l’anneau d’or et sa bouche est déjà occupée à m’exprimer sa passion. Il ne reste que celui que Mon Maitre réservait chez moi à son plaisir personnel.
En un mouvement rapide le fier assaillant disparait derrière les deux collines ondulantes de Lorelei qui le cache à ma vue et je réalise a son piaillement étouffé qu’il vient de buter à la porte  si peu défendue de la jeune fille.  Comprenant l’assaut qui se prépare Loreleï cesse brusquement tout mouvement, à mon grand regret sa langue fige et je sens ses mains se crisper sur mes cuisses et s’y cramponner comme une naufragée à sa bouée.
Je la soupçonne d’être  déjà habituée à ce type d’assaut. Elle n’a toutefois pas le temps de s’y préparer et je comprends, au petit cri désespéré qu’elle pousse entres mes cuisses, que le bélier de chair après s’être rapidement positionné, ce qui l’a alerté, vient de distendre  la tendre rosette et s’y engager en en forçant l’entrée sans vergogne.  L’effraction est aisée et semble se faire sans effort, ce qui me confirme qu’elle a déjà été réalisée de nombreuses fois.
Un deuxième coup de rein le fait progresser un peu plus et Loreleï n’y tiens plus, m’abandonnant elle se redresse en prenant appuis sur mes cuisses  et se retournant tente de regarder son agresseur en lançant d’une voix fluette un appel à la clémence.
— Zacht !... Zacht !…  Alsjeblieft !
Ce à quoi Marc, ne comprenant pas plus le néerlandais que moi, répond par un troisième coup de rein qui lui fait pousser un jappement de douleur.
Elle se retourne alors vers moi et, comprenant que rien ne pourra tempérer l’assaut, m’offre alors en spectacle son doux visage crispé par l’appréhension et l’affliction d’être ainsi profanée. Je ne sais pas si elle me voit encore, mais ses yeux embués me fixent comme pour y quémander une grâce que je ne peux lui accorder.
La progression du bélier de chair en elle se lit sur son visage à livre ouvert.
Les lèvres pincées, les sourcils froncés d’appréhension, sa respiration s’accélère pour devenir saccadée. Quand l’assaillant progresse et se fraye un passage plus profondément, elle entrouvre la bouche sur un cri muet et lève les yeux au ciel en une victime sacrificielle qui accepte son supplice. Entre deux grimaces de douleur je parviens toutefois à y distinguer de faibles sourires vite réprimés. Sourires qui annoncent le renoncement de la résistance à la montée du plaisir, l’acceptation de la souffrance pour y trouver la jouissance.
Je connais ce passage de l’affliction au plaisir et dans un geste de sororité  bienveillante, je lui saisi les poignets. Je ne sais si mon geste d’affection la console quelque peu mais Loreleï semble se détendre elle baisse la tête, résignée, et la crinière de ses cheveux noués balayent mon ventre. Son visage disparait, mais je peux percevoir ses murmures de vaines supplications.
— Oh ! Mijn god! … Mijn god!...
Cela ne semble pas amadouer Marc qui, enserrant la taille de la frêle jeune fille, de ses mains puissantes parfait son assaut, lentement cette fois, mais puissamment et sans à-coup s’engage complètement dans les reins de Lorelei.
Une fois parfaitement emmanché, il marque une pause puis commence un léger roulis comme pour en élargir le passage ainsi conquis.
Un petit mugissement monte de la cascade de cheveux blonds qui me cache le visage de la jeune femme. Mugissement qui gagne en intensité au fur et à mesure que le mouvement de son cavalier s’amplifie. Ayant pris ses aises et facilité ainsi le passage l’assaillant se retire lentement puis reviens brusquement à l’assaut, sans sommation, plaquant d’un coup sourd les fesses de la belle contre le ventre de son  amant résolu à lui faire manifester son désarroi.
 Le mugissement  se coupe d’un glapissement de surprise. D’une ruade Loreleï relève la tête fouettant l’air de ses cheveux, la bouche grande ouverte, les yeux révulsés. Elle n’a pas le temps de protester qu’un deuxième coup de boutoir porté à pleine puissance la projette vers moi dans un grand cri.
Elle tente de se soustraire au troisième choc en s’avançant encore entre mes jambes et son joli visage grimaçant sous la douleur se retrouve au quatrième coup juste au dessus du mien. Pour ne pas qu’elle bascule, je lâche ses poignets et d’un geste rapide lui ceinture les épaules joignant mes mains sur sa nuque.
Les coups de boutoirs s’accélèrent alors et je peux presque sentir le piston qui pilonne les entrailles de la jeune fille qui a renoncé  à se dérober à l’odieuse étreinte.
Elle ahane ses petits cris de chaton blessé  à chaque intromission forcée mais le registre de ses plaintes change peu à peu et je devine aux — Ja !… Ja !… Oh !…Ja ! — étouffés qui scandent la chevauché que la jeune fille, lâchant prise, accompagne maintenant la montée du plaisir.
Loreleï se révèle alors. De gémissement de gamine apeurée ses cris se transforment peu à peu en une musique gutturale, rauque d’une femme prenant un plaisir évident à être ainsi chevauchée et ses cris deviennent un signal de consentement et d’encouragement à son assaillant, le rythme de l’abordage s’accélère encore. Ses yeux se révulsent et sa bouche grande ouverte émet une plainte ininterrompu qui se termine par une proclamation de jouissance atteinte, lorsqu’au paroxysme du plaisir, vaincue, ses bras tendus qui amortissaient les chocs cèdent, se plient. Elle s’écroule sur moi et vient nicher sa tête dans le creux de mon cou et mon épaule, haletante, cherchant l’air, tentant de reprendre son souffle syncopé par l’effort.

Loreleï se calme peu à peu. Marc se retire discrètement sans un bruit, gagnant la salle d’eau attenante. Je le regarde s’éloigner en caressant machinalement la nuque de la jeune fille qui se détend, et, libérée s’allonge sur moi de tout son long. Elle renifle plusieurs fois, un liquide chaud coule sur mon épaule, puis elle relève la tête. Son visage est inondé de larmes et pourtant elle me sourit timidement me regardant comme si elle venait de commettre une faute et cherchait à se faire pardonner. Pour la rassurer je calice son visage de mes mains et, lui souriant à mon tour, lui tend mes lèvres. Ses yeux d’aigue-marine retrouvent leur pureté et, accompagnant la sollicitation de mes mains qui entrainent son visage, sa bouche s’ajuste à la mienne.
Parce que, c’est ma volonté.

Chap.64. Le Portail de fer

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06 mars 19

Chap. 62. Le jugement de fer

Un coup de tonnerre viendrait d’exploser dans le salon que cela n’aurait pas fait plus d’effet !
Le corps et le visage de Kristale se figent, Ses yeux s’écarquillent d’incompréhension muette. Un temps de latence, de sidération, qui ne sied pas à Kristale, si fière de son self-control. Elle reste un moment coite, puis,  son esprit se remet en marche et déchiffrant peu à peu ce que Marc vient de dire et ce que cela impliquait, le sang reflue de son visage et ses lèvres se mettent à trembler imperceptiblement.
Une fureur difficilement maitrisée monte en elle.
Comme si elle risquait de le casser, elle repose avec délicatesse le verre encore plein qu’elle s’apprêtait à porter à ses lèvres. Ses sourcils se froncent  et sa bouche forme un O parfait de stupéfaction. La bouche ouverte,  ses yeux se portent alternativement sur Marc et moi.
Je n’ose pas imaginer le sourd complot qu’elle cherche à deviner, comme si nous nous étions concertés pour la défaire de sa victoire.
Comme sous l’attente d’un coup, je me recroqueville, tous mes muscles se tendent et je me mords les lèvres. Loreleï, elle, garde sa superbe et son impassibilité. Son incompréhension de ce qui se joue devant elle lui permet de garder son flegme.
Dans un hurlement contenu Kristale vocifère.
— Quoi ?... Co… Comment çà ???
Elle s’étrangle presque.
Marc se détend alors, son attitude change en un instant.  En réponse à Kristale il se saisit de son verre, se cale confortablement dans le sofa et s’adressant calmement à elle, lance posément.
— Ce n’est pas le mot de passe, Kristale… Pas du tout !
Kristale bondit comme un diable hors de sa boite et me dominant de toute sa stature.
— C’est vrai Isabelle ?
Et sans attendre ma réponse.
— Tu n’as pas le droit… Petite garce !
Sa main se lève. Cette fois Loreleï vient de comprendre la fureur de sa maitresse elle perd de sa superbe et s’avachie, tête baissée, comme si elle s’apprêtait à recevoir le coup qui pourtant m’est destiné. Je tourne la tête pour amortir le choc qui ne vient pas.
Marc vient d’émettre ce petit bruit qui m’est si coutumier, ce petit claquement de langue qui signale sa désapprobation suivi d’un « non » sec et impératif.
Cela a suffit pour que Kristale retienne sa main.
Marc porte le verre à ses lèvres, en déguste lentement une goulée et me regarde malicieusement tout en s’adressant à Kristale.
— Alors… Expliquez-moi ça ! Kristale comment as-tu obtenu ce soi disant mot de passe ? Et Isabelle, qu’est ce qui t’as conduit à mentir ?
Brusquement vidée de son énergie Kristale se rassoit lourdement sur le sofa, elle s’empare prestement du verre de champagne qu’elle avait délaissé et le bois d’une traite sans en gouter la saveur comme elle a l’habitude de la faire avec affectation.
Le verre vide toujours collé aux lèvres, elle lance froidement.
— Je l’ai donnée au chien !
Marc lève un sourcil contrarié.
— Le chien de Maud ?
— Oui !
La réponse est sèche. Je comprends au ton de Kristale qu’elle est prise en faute, qu’elle a dépassé ses prérogatives pour obtenir le safeword.
Elle relance pour se justifier, arrogante.
— Ce n’était pas exclu des règles du jeu.
Marc à l’air chagriné, il se racle la gorge.
— C’est vrai. Mais je ne pensais pas que tu irais jusque là !
— Il n’y avait pas de limites de fixées dans les règles… J’en avais le droit !
Marc se tourne alors vers moi et répond à ma place.
— Et donc Isabelle t’a menti et ta donné un faux mot de passe pour échapper à ton stratagème… C’est cela ?
Immédiatement Kristale comprend où mon Maître veut en venir.
— Oui, mais…
Marc la coupe et d’un ton goguenard.
— Cela non plus n’était pas interdit par les règles, donc Isabelle en avait la possibilité.
Kristale se raidit.
Marc continue en me lançant un regard d’admiration.
— Et elle l’a fait sans le savoir… Avoue qu’elle t’a bien eu !
Marc ne devrait pas jubiler en cherchant à humilier Kristale.
Comme sous un coup elle se tasse et son visage se ferme et elle murmure d’un ton rauque.
— Non ! Certainement pas !... Je ne l’accepte pas !
Kristale se sert vivement un autre verre toute en lançant.
— On règle çà comment ?
En un instant, elle a retrouvé sa maîtrise et sa froideur annonce une négociation serrée. Son verre plein elle s’en saisit et se lève.
— Vient Marc… On va en discuter… Mais pas devant ces deux gourdes !
Et dédaigneuse elle prend la direction du patio, à l’endroit même où elle m’a livré aux caresses libidineuses du  jardinier.
Marc dodeline de la tête, et me lance un clin d’œil complice. Ma poitrine se gonfle de bonheur
Il se penche vers moi et m’embrasse sur le front.
— Soyez sages toutes les deux, hein ?
Et se tournant vers Loreleï, mais continuant de s’adresser à moi.
— Pas de turpitudes… Comme la dernières fois !
Un nouveau clin d’œil ponctue son départ vers le bar pour y rejoindre la furiblonde.
Je fronce les sourcils et adresse à Loreleï un regard interrogateur. Elle y répond par un sourire attendrissant. Comment a-t-il fait pour savoir si elle ne lui a pas dit et surtout, comment lui a-t-elle raconté ?
Son genou touche le mien. Je lui envoi une ruade du mien tout en lui lançant une grimace de contrariété. Son sourire s’efface juste un instant, pour être remplacé par une moue amusée d’incompréhension. Sa frimousse ingénue et ses yeux d’aigue-marine qui révèlent avec grâce sa candeur me désarme… Je crois que j’aime bien cette gamine licencieuse.

Pour tromper l’ennui et notre inconfort, de tant à autre Loreleï appuie son genou contre le mien répondant à mon invite de mes petits à-coups. On se fait du genou, par jeu, pour passer le temps et adoucir la pression du sol de marbre sur nos articulations. Nous jetons à tour de rôle des regards vers nos Maîtres. La discussion semble véhémente et ils ne prêtent absolument pas attention à nous  mais nous n’osons pas quitter la pose. La lassitude n’a pas le temps de me gagner, la négociation achevée Marc et Kristale reviennent vers nous et ils reprennent place sur le sofa de cuir blanc.
Kristale repose le verre sur la table, elle ne l’a pas bu, et s’adresse à moi.
— Nous avons trouvé un accord ! Demain soir nous nous rendons à l’Assemblée de Fer. Marc a suggéré que nous portions ce petit différend devant ses plus hauts membres afin qu’ils tranchent.
Elle se passe la langue sur les lèvres. Elle a repris son calme, apparemment Marc a su trouver les mots pour. Elle me sourit comme si rien ne s’était passé. Elle est déjà dans un nouveau jeu.
—  Ils ont déjà formé ce genre de tribunal à maintes reprises. C’est une attraction très apprécié de ces soirées !
Elle reprend la coupe de champagne et avant de la porter à ses lèvres.
— Vous voyez Mademoiselle Isabelle, une fois de plus vous allez être le point de mire de toute une assemblée, et il faudra cette fois plus que vos charmes pour les satisfaire. La reprise du vouvoiement et son allusion à mon corps livré à la meute des maraudeurs me met mal à l’aise.
Elle sirote une goulée et se tourne vers Marc.
— Nous sommes bien d’accord que nous nous soumettrons à leur jugement, quel qu’il soit ?
Marc opine du chef en souriant.
— Tout à fait d’accord !… Mais en attendant, puisque c’est toi qui conteste, Isabelle et Loreleï restent sous ma coupe et tout ce qui était prévu au contrat reste valable… Jusqu’au jugement !
Kristale ne trésaille même pas sous l’exigence de mon Maître. Elle a même un œil malicieux.
— D’accord… Mais vous ne toucherez pas à la virginité de Loreleï et je ne serai pas la soumise d’Isabelle… Jusqu’au jugement !
Affaires faites, les deux compères se saisissent de leurs verres qu’ils entrechoquent en se regardant droit dans les yeux.

Chap. 63. A ma volonté

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14 janv. 19

Chap. 61. Mystification

Je n’en mène pas large.
Après l’annonce triomphante au téléphone de Kristale de ma réédition. Je n’ai pas réellement dormi. Un demi-sommeil peuplé du regard courroucé de mon Maître avant de se détourner dédaigneusement, attitude qui marque la fin de sa confiance en moi, la fin de son amour, peut-être même la fin de cette histoire.
Je n’en mène pas large.
Parce que Kristale a exigé que je reste nue pour recevoir Marc et Loreleï. Depuis l’entrée, la maîtresse de maison guide mon Maître vers nous en me désignant d’un doigt nonchalant.
— Tu vois, je ne te l’ai pas trop abîmée !
Sans desserrer les dents, Marc acquiesce d’un petit sourire de condescendance. Mais il n’a pas jeté un regard sur mon corps encore discrètement strié du fouet et des étreintes. Des marques, que Laure, malgré tous les soins apportés, n’a pas réussie à faire totalement disparaître,  cela ne l’intéresse pas. Dès qu’il a pénétré dans la salle ses yeux se sont accrochés aux miens. Visage fermé, il cherche une réponse du regard — Tu as failli ? — Le reproche non-dit me transperce le cœur et les larmes me montent aux yeux.
S’il savait !
Loreleï est là,  un pas en arrière. Kristale ne lui a prêté aucune attention, trop occupée à jubiler autour de Marc. La nymphette n’est vêtue que d’un minuscule short de jean élimé qui couronne le haut des ses cuisses élancées et d’un caraco court qui laisse apparaître son ventre tendu ceinturé de la chaînette dorée qui disparaît entre ses jambes où, je le sais, elle va rejoindre l’anneau d’or qui cèle sa virginité. Elle a pris immédiatement la pose adéquate, les mains derrières le dos qui fait saillir sa poitrine arrogante sous la pièce de tissus blanc,  les jambes à demi-écartées, parfaitement cambrée, disponible à la caresse. Je devine la soumise débutante qui veut bien faire et être au mieux de sa présentation à son maître. Pourtant, au lieu de baisser les yeux comme il serait de mise, elle me contemple de ses prunelles de lagon bleu, la tête légèrement penchée sur le coté, presque goguenarde, Je ne sais si elle savoure ou se gausse visiblement de ma nudité imposée.
Comme, pour renforcer ma honte Kristale lance.
— Isabelle, lève les bras  tourne sur toi-même, qu’on voit bien !
Je m’exécute docilement et pivote gauchement sur moi-même. Je résiste à l’envie de cacher mes fesses marquée par le fouet de Maud et m’arrange pour croiser mes jambes et dissimuler tant bien que mal les griffures du chien sur mes mollets.
Kristale raille
— Quelques petits coups de fouet permet de s’assurer de la bonne conduite de ta… de Ma petite chienne !
Kristale a bien insisté sur le « Ma ».
Je termine mon tour de corps et leur fait face de nouveau. Je reprends la posture de soumission, copie conforme à celle de Loreleï, Mais je baisse les yeux pour éviter ceux de Marc qui est resté de marbre à la plaisanterie de Kristale.
— Et vous Cher Maître, ma petite protégée, vous me la rendez dans quel état ? Toujours vierge j’espère ?
Marc ne répond pas et se contente de claquer des doigts.  Par en dessous, je perçois Loreleï qui immédiatement se concentre sur lui. Il a alors un geste étrange de la main, après l’avoir fermé en forme de tulipe il l’ouvre en déployant ses doigts. Le geste est gracieux et sans équivoque.
Loreleï quitte sa posture et soulève le caraco, dévoile sa poitrine aux oves  parfaits surmontés de tétons roses et miel. Sans s’en soucier elle laisse tomber le caraco au sol et entreprend d’abaisser son short en se tortillant voluptueusement. Comme pour le bustier elle ne porte pas de sous-vêtements  et après avoir déchaussé ses petits escarpins de toile, elle se retrouve aussi nue que moi.
Une fois son effeuillage fait, son attention se reporte sur Marc qui toujours devant elle fait pivoter plusieurs fois son index pointé vers le haut.
Loreleï lève alors les bras au dessous de sa tête et se met à pirouetter lentement avec grâce comme le ferai une danseuse. Tandis qu’elle pivote je ne peux m’empêcher de détailler son corps. Aucune marque, aucun signe de punition ou de violence, sa peau est même légèrement dorée,  comme si elle avait passé les  jours précédents au soleil, ce qui contraste avec bonheur avec le blond presque blanc de ses cheveux ramenés en un imposant chignon sur sa nuque fine. Son port et sa cambrure reste magnifique, peut-être par jeu ou pour parfaire son exhibition, elle s’est hissée sur la pointe des pieds et lui donne ainsi une attitude de fragilité émouvante.
En deux gestes, sans aucune parole, Marc nous offre le plus beau des spectacles. Je comprends alors que lui aussi a gagné son pari. En soumettant parfaitement la jeune fille à ses commandement il a jugé bon de porter à son paroxysme l’expression  « obéir au doigt et à l’œil » ce qui d'emblée  rejette toute objection à la réussite de son dressage.
Kristale aussi l’a compris comme çà et elle prend un air impressionné.
— Bien, bien cher Maître,  je vois que vous êtes aussi parvenu à vos fins… Allons dans le salon…
Kristale nous précède et désigne le divan où a commencé cet étrange pari. Nous voici revenu au point de départ de ce jeu insolite.
De l’index Marc désigne le sol devant le sofa, puis ferme le poing vigoureusement. Un nouveau commandement qui s’adresse à Loreleï qui ne se fait pas prier et s’agenouille sur le sol de marbre face à la table basse,  les jambes écartées et les mains dans le dos en une parfaite posture de servilité. Je ne peux rien faire de moins que la même chose et m’agenouille  à sa droite  copiant la posture et m’arrangeant pour que mon genou gauche touche le sien.
Nos maîtres respectifs prennent place sur le sofa de cuir blanc. Laure, qui s’était retirée sans un mot, revient avec un plateau de sur lequel est posé une bouteille de champagne dans son seau de glace et deux coupes. Kristale me fait face mais s’adresse d’emblée à sa protégée d’une voix douce. C’est une suite de questions en néerlandais que je ne comprends pas, auxquelles elle répond par de petits ja !... ja mevrouw !...
Sa voix est claire, musicale, douce, presque  minaude, la voix d’une enfant timide prise en faute mais qui sur joue sa gêne. Au fil des questions le visage de Loreleï s’empourpre et elle jette des regards désespérés autour d’elle comme un petit animal acculé qui cherche des yeux le chemin qui lui permettrait de s’enfuir.
Je commence à deviner le contenu de ces questions à l’embarras de la jeune fille et au demi-sourire concupiscent de Kristale.
Elle la questionne sur son séjour passé avec Marc.
Poursuivant son entretien Kristale se saisit d’une des deux coupes que Laure à rempli pendant l’entretien avant de s’éclipser discrètement. Elle la porte à ses lèvres et lance une dernière question.
—  nog maagd ?
Loreleï me jette un rapide coup d’œil en coin avant de répondre en s’étranglant.
— Ja meesteres !
Satisfaite, Kristale se cale au fond du sofa. Elle porte un doigt sur le bord de la coupe et le fait glisser lentement en petit cercle, comme pour en éprouver le tranchant.
— Je constate Cher Maître que vous avez goûté aux charmes de mon indécente protégée sauf au principal ?
Marc réponds tout de go, sans émotion.
— C’est ce qui était convenu !
Kristale hoche la tête.
— Oui, bien sûr… Et vous n’avez pas de questions à poser à Mademoiselle Isabelle ?
La réponse de Marc est cinglante.
— Non.
Le froid de sa voix me glace le cœur. Il n’a même pas envie de savoir. Il est juste là pour constater ma défaillance et sa froideur me dévoile comme sa déception doit être profonde. Il veut en finir et vite.
Une larme perle à ma paupière.
Monsieur … Marc, si tu savais comme je redoute ce moment, ce moment ou tu vas comprendre à quel point j’ai failli, à quel point je vous ai offensé en manquant mon devoir de soumise obéissante. Mais il n’y avait pas d’autre issue possible.
Pardonne-moi !
Kristale me jette un œil et, goguenarde.
— Vous faites pleurer ma soumise Cher Maître ! Ce n’est pas fair-play !
Elle se lisse les lèvres.
— Bien, clôturons ce petit jeu… Isabelle a bien voulu me donner le mot de passe qui verrouille votre enseignement et suivant nos accords dorénavant Isabelle m’appartient corps et âme… Ces mots sont…
Et Kristale égrène les trois mots qu’elle m’a arrachés sous la contrainte et le plus odieux des chantages.
Accablé, Marc baisse la tête, reste un moment comme abattu, puis, lentement, se tourne vers moi et me lance un regard perçant, brillant de stupéfaction, incrédule. Il fronce les sourcils et s’humecte les lèvres pour se braquer vers Kristale.
— Mais… Ce n’est pas du tout cela !… Ce n’est pas notre safeword !

 Chap. 62. Le jugement de fer

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02 janv. 19

Chap. 60. Le Triomphe de Kristale

Une chose est assurée… On peut faire confiance à Kristale quant à sa parole.
Nous avons passé toutes les trois un après-midi de farniente. Maud a pris congé en me lançant un dernier sourire en coin et caressant la tête de son dogue qui, me semblait-il, me dévorait des yeux. Nous nous retrouvons maintenant, toutes les trois, à lézarder, nues, qui dans le patio, qui sur la plage de la piscine en plein soleil. J’ai plongé plusieurs fois dans un demi-sommeil vite peuplé de visages menaçants, de cris de jouissance ou de souffrance, d’appels aux secours.
Il va me falloir un peu de temps pour accuser le choc de mes dernières heures sous la férule de Kristale. Kristale dont l’attitude une fois le mot de passe en poche a changé du tout au tout. J’entrouvre les yeux et la regarde jouant comme une enfant dans la piscine à s’asperger dans de grands éclats de rires avec Laure. Un jeu qui se fait lascif lorsque les deux têtes qui émergent de l’eau se rejoignent et s’embrassent à pleines bouches dans une étreinte langoureuse et disparaissent, espiègles, sous les eaux, comme pour se cacher à mon regard, ou m’inviter à venir les rejoindre.

Je n’ai vraiment lâché prise qu’après le dîner servi avec style dans un établissement renommé de la côte où notre trio la blonde la brune et la rousse, à fait se tourner bien des têtes. Mais j’en avais cure ! Toute concentrée que j’étais sur mon plateau de fruits de mer. Et quelques verres de Chablis ont achevés de m’étourdir.

La tête posée sur le ventre de Laure je contemple Kristale, allongée nue au travers du vaste lit de sa chambre qui nous accueille. Elle a finalement renoncé à nous amener au club pour danser elle semblait brutalement pressée de nous inviter dans son lit. Nous avons fait l’amour doucement, tendrement, sans contrainte, sans protocole et sans rappel de ce qui pouvait faire de moi une soumise.
Je cligne des yeux et me racle la gorge, profitant de l’ambiance apaisée, propice à la confidence, je lance a voix basse
— C’était comment pour vous Madame la première fois ?
Kristale roule vers moi sur le côté et se redresse sur un coude ramenant un genou sur son ventre. Elle est belle comme une odalisque aux cheveux d’électrum. Elle me fixe de ses yeux de glace bleue et fronce les sourcils, interrogatrice.
— Enfin !... Je veux dire, la première fois… Pour la …
Je ne trouve pas les mots, réfléchis un instant et me lance tout de go.
— Comment vous avez commencé à dominer… La domination quoi !?
Je me sens maladroite, et elle doit bien sentir mon malaise au pourpre de mes joues.
Elle sourit. Rampe lascivement jusqu'à moi, dépose un baiser sur ma cuisse et à l’endroit même de son baiser  y pose la joue, le visage tourné vers moi.
Sans détourner son regard hypnotique elle me lance
— Je n’ai pas commencée par dominer… J’ai commencé par être une dévouée soumise… Comme toi !
Ses paupières papillonnent un instant. Elle bascule sur le coté cale sa nuque confortablement sur ma cuisse et parle au plafond.
— Cela a commencé comme un jeu. Presque banalement. Avec mon premier amoureux un garçon de mon quartier, une vingtaine d’année bien tassée… J’avais 16 ans.  Nous avons vite fait l’amour, c’est lui qui m’a défloré, j’y prenais du plaisir, tu te doutes bien, mais il y a des choses que je me refusais à faire, par pruderie puérile.
Une après-midi nos escapades nous ont conduits dans le grenier d’une de ces maisons de villégiature abandonnées de la côte prés de Zandvoort. Bizarrement ce grenier semblait bien entretenu, un amoncellement d’objets bien rangés, un canapé de cuir pelé à demi éventré mais parfaitement lustré, un sol impeccablement brossé, agrémenté d’un tapis. J’ai su après coup, qu’en fait, les lieux avaient été préparés par mon amant.
A peine arrivé, il s’est emparé d’une cordelette de nylon que l’on utilise pour border les filets de pêche. En riant il m’a lié les poignets au dessus de la tête en les accrochant à une poutre. J’ai trouvé la posture incroyablement inconfortable  mais excitante. Je découvrais pour la première fois la sensation d’être totalement à la disposition d’un homme. Il a entrouvert mon chemisier et dégrafé ma jupe…
Kristale éclate de rire.
— Avant on faisait l’amour dans la pénombre presque à la sauvette. Là, j’étais brusquement dénudée en plein jour. Ce  n’est pas que je ne me trouvais pas jolie, c’était de la pudeur de gamine. J’ai fait mine de protester en me tortillant et lui demandant d’arrêter. Je crois que cela l’a excité encore plus.  Il m’a presque arraché ma petite culotte et m’a entreprise par derrière, debout, en levrette sans préambule, sans caresses préliminaires. Ce n’était plus des délicatesses d’amoureux… C’était un assaut animal, puissant, auquel je ne pouvais pas me soustraire…
 J’ai pris un pied formidable tandis qu’en me besognant il me susurrait à l’oreille qu’il voulait que je sois sa petite salope, sa petite chienne obéissante. Bizarrement ces mots qui auraient dû me choquer m’ont fait le rejoindre dans son délire de domination. J’ai tout de suite su que j’aimais çà, être dominée sans trop savoir ce que cela voulait vraiment dire.
L’assaut a été si violent que lorsqu’il m’a délié les poignets je me suis effondrée à quatre pattes sur le tapis du grenier, abasourdie par la découverte de cette nouvelle sensualité. Il ne m’a pas laissé reprendre mes esprits Il n’avait pas joui en moi, il s’était retenu. Il s’est agenouillé face à moi Il m’a saisi par les cheveux pour me relever la tête et a exigé en terme très crus que j’ouvre la bouche. Ce que je lui avais refusé jusqu’alors, je l’ai fait sans rechigner. J’étais dans une sorte d’état second. Cela a été très vite à peine a-t-il forcé mes lèvres qu’il a joui dans un grand cri de victoire…
Elle prend une grande inspiration et continu de regarder le plafond comme perdue dans le songe qu’elle nous commentait.
— … A partir de cet épisode, et pendant plusieurs mois, j’ai été son jouet pour mon plus grand plaisir. Il a fait découvrir à la gamine que j’étais les petits plaisirs de la soumission du plus simple, comme aller au lycée sans porter de culotte sous ma jupe jusqu’au plus licencieux comme me prêter à ses amis lors de ses soirées…
Elle se tourne vers moi, ses yeux perdus dans le vague, un demi sourire aux lèvres à l’évocation de ses premiers émois de soumise.
— Je sais… Cela ne répond pas à toute ta question. Mais savoir comment j’en suis venu à la domination, je pense que tu vas le découvrir par toi-même…
J’ai l’impression que tu en as déjà fait les premiers pas sur ce chemin… Non ?
Je ne réponds pas à son regard interrogateur.  Je me mouille les lèvres rapidement et me tourne vers Laure.
— Et toi Laure ?... T as commencé comment ?
La belle italienne ouvre ses yeux noirs qu’elle avait gardés clos en écoutant le récit de Kristale. Récit qu’elle devait certainement connaître dans ses moindres détails. Elle s’humecte les lèvres et lance froidement.
— Moi… Je l’ai toujours été !
Je me renfrogne, fronçant les sourcils de façon outrancière pour lui montrer que je ne me satisfais pas de sa réponse laconique.
Elle sourit, puis souffle comme sous l’effet d’un profond ennui.
— J’avais quatorze ans… En vacance chez mon oncle une grande villa  non loin de Portoferraio. Mes parents étaient partis visiter le parc national de l’île, j’étais resté à la villa refusant la balade, en adolescente rebelle que j’étais !... Mon oncle était resté lui aussi… Ce jour là, il m’a violée !
Je reste interdite et la contemple interloquée.
— Ne fais pas cette tête là !... J’ai adoré çà ! Faut dire que je l’avais bien cherché. Depuis le début des vacances je testais ingénument ma féminité naissante sur cet homme de quarante ans, que je trouvais très beau d’ailleurs. Profitant de l’absence fréquente de mes parents et même en leur présence, à l’abri de leurs regards,  je lui jouais le grand jeu de la séduction. Je me baignais presque nue dans la piscine. Je me déhanchais lascivement en marchant, je me collais à lui à la moindre occasion, … Bref, devant lui je jouais la starlette primesautière. Du haut de mes quatorze ans ce n’étais qu’un jeu de séduction. Je voulais simplement qu’éprouver mon charme naissant… Je pense aussi que mes hormones me travaillaient fiévreusement et cela m’excitait. Naïveté ou  inconscience, pas un instant je n’avais pensé que cela pouvait me mener jusque là !
Elle déglutit et sourit aux anges.
— Cet après-midi là, après la baignade, je suis allée me prendre une douche puis, passant devant lui simplement couverte d’un drap de bain noué à la taille, j’ai traversé la maison pour aller dans ma chambre y chercher des vêtements propres. Il m’a suivi sans que je m’en rende compte. Je cherchais dans la penderie mes vêtements lorsque j’ai entendu la porte claquer derrière moi. Je n’ai pas eu le temps de me retourner. Mon drap de bain m’a été arraché et j’ai été projetée entièrement nue sur le lit. Mon oncle m’examinait le regard enfiévré, le souffle court. J’étais tétanisée, comme si ce moment là je l’attendais et le redoutais à la fois. Saisie par ces deux sentiments contradictoires  je n’ai même pas cherché à m’enfuir. Je l’ai laissé faire. Il n’a eu qu’à enlever son slip de bain. Je n’ai pas résisté, j’étais brusquement sans volonté, comme un animal pris au piège qui sait qu’il n’y a plus d’issue et qu’il doit faire face ou céder.
Il a bloqué mes poignets au dessus de ma tête, pourtant il n’en avait pas besoin, je ne me débattais pas. Il a écarté mes jambes et  m’a prise violemment. C’était ma première fois, pourtant je n’ai pas souffert. Tandis qu’il me besognait voyant que je ne criais pas ni ne me débattait, il m’a lâché les poignets et s’est mis à me caresser… Me peloter fiévreusement plutôt !
Il me disait qu’il allait faire de moi sa chose, et que n’avais pas intérêt à protester et qu’il faudra ne rien dire à mes parents.
Laure souffle et sourit.
— Je n’en avais pas l’intention ! Je prenais même un trouble amusement à l'ambiguïté des regards qu’il me lançait, aux mains qui se baladaient sur mes hanches et entre mes cuisses alors que mes parents étaient là, tout près.
Pendant toute les vacances, dés que nous nous retrouvions seuls, j’ai accepté tous ses désirs et j’y ai pris un plaisir malicieux. Pour asseoir son emprise il me forçait à me caresser, me masturber devant lui et me prenait en photo, Il s’évertuait  à m’humilier en me faisant le tour de la maison a quatre pattes et me prenait dans chaque pièces traversées jusque dans le garage où il achevait sur le capot de sa voiture. De nombreuse fois il a forcé ma bouche en un simulacre de contrainte… Sans se restreindre Il a forcé mes reins. Il m’a fait mal, mais j’ai y pris du plaisir. Et de tout cela je n’ai pas eu honte, au contraire.
Ce n’était pas vraiment un maître, simplement d’un homme qui me soumettait à ses désirs, mais j’ai tout de suite su que c’est ce que je voulais au plus profond de moi.
Un silence puis Laure fait le geste de chasser une mouche imaginaire.
— Après les vacances on s’est revu régulièrement. Mais il manquait d’imagination et ne s’est jamais comporté en maître C’était un homme goûtant la chance d’avoir une gamine docile à sa disposition pour assouvir ses désirs pervers…
Quelque mois après, je n’avais pas encore quinze ans, j’ai rencontré celui qui allait m’apprendre les codes et protocoles de la soumission. C’était d’ailleurs un ami de mon oncle. Il faut croire que mon attitude me trahissait et que pour un maître a l’œil exercé il était facile de remarquer mon désir de soumission. Malgré mon jeune âge il a tout de suite deviné en moi la soumise potentielle. Il a fait sa déclaration tout de go, sans fioriture. Il voulait faire mon dressage…
J’ai accepté.

Laure referme ses yeux, elle n’a visiblement pas envie d’en dire plus. Un silence s’installe et je me laisse aller à méditer sur nos étranges débuts que beaucoup jugeraient violents. Nous avons toutes trois commencé nos chemins de soumission de façons bien différentes… Mais nous les avons choisi de notre plein gré, même Laure avoue, malgré le terrible assaut dont elle a été victime, que c’est ce qu’elle cherchait. Je revois mes débuts avec Marc bien différent et en quelque sorte plus directe que le chemin de mes deux sœurs de chaîne. Je souris… j’avais du temps à rattraper !
Comme si elle lisait dans mes pensés Kristale s’exclame.
— Au fait ! Et notre charmant Marc!… Il faut le prévenir de mon triomphe !
Tout son corps se déplie et se tend vers la table de chevet pour se saisir de son téléphone …

A suivre : Chap. 61. Mystification

 

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12 août 18

Chap.59. Mes Consolations

Laure prend soin de moi comme si j’étais la chose la plus précieuse au monde. La plus fragile aussi. Ses mains expertes glissent le long de mes cuisses, s’emparent de mes mollets qu’elles malaxent consciencieusement  puis remontent de nouveau le long de mes cuisses en les poussant jusqu'à mes fesses qui ne sont pas oubliées Je ne retiens pas un gémissement de contentement lorsque ses pouces s’enfoncent doucement dans le creux de mes reins et entame un méthodique pétrissage de mes vertèbres jusque sur mon cou.
Le parfum d’arnica de camphre et de cèdre des huiles de massage embaument jusqu'à mes cheveux noués en un gros chignon au dessus de ma nuque, encore mouillé de la douche glacée suivi du bain brûlant que je viens de prendre. Laure glisse un bras sous ma poitrine et fermement mais avec douceur me retourne sur le dos. Je me laisse aller et suis le mouvement sans résister. Ses mains reprennent leur danse salvatrice, sur mes bras alanguies mes hanches, mon ventre. Je ferme les yeux.

Elle m’a retrouvé en un bien pitoyable état. Pleurant toutes les larmes de mon corps. Tremblante comme un animal blessé encore ligotée sur le tabouret de bois blanc qui avait été l’autel de ma déréliction. Avec douceur elle m’a détaché  et m’a emmenée dans les étages loin de cette cave abjecte. Je me suis accrochée à elle en la remerciant dans un balbutiement incoercible entre deux sanglots ravalés.
Je regarde la dévouée Kajira pétrir le haut de mes cuisses avec la dextérité d’une professionnelle. Tout son être est concentré sur sa tache son regard fixe ses mains et les suit dans leurs mouvements. Je grimace un peu lorsqu’elle insiste sur un muscle noué de l’intérieur de mes cuisses. Mes ébats ont forcé quelque peu mes capacités à écarter les jambes. A cet évocation, je souris intérieurement mais m’assombris presque immédiatement.
A brûle pourpoint je lance à Laure
— Tu sais que je n’appartiens plus à Marc ?
Elle met un moment à répondre continuant ses massages avec obstination. Sans me regarder elle lance.
— Oui, je sais !… C’était important pour toi ?
Éberluée, je me redresse sur les coudes. Imperturbable elle s’attache de nouveau à assouplir mes mollets.
— Mais oui ! Bien sur ! … C’est lui qui m’a fait découvrir mes envies de soumission ! Il m’a guidée !  Il m’a fait découvrir tout cela… Et puis je ne t’aurais pas connu aussi !
Laure ne peut s’empêcher de sourire et de me lancer une œillade amusée tout en continuant son ouvrage.
— Si cela n’avais pas été toi cela aurait été une autre, tu sais !
Outrée je lui lance un regard furibond. Je l’ai bien cherché. Je devais m’attendre à quoi comme réponse de la part de l’impériale esclave affranchie et qui avait décidé de devenir l’esclave unique, sans maître. La  seule liberté c’est celle de choisir ses chaînes ! Et j’avais choisi les miennes, comme elle. Et par elles j’avais accepté ce jeu pensant les renforcer. Je tiens pourtant  me justifier d’une façon puérile.
— Tu sais ce qu’elles m’ont imposé, en bas… Dans la cave !
Son visage s’assombrit, elle s’humecte les lèvres.
— Oui je sais !
Je retombe sur le banc de massage, ma gorge se serre et une grosse larme perle  à la commissure de l’œil.
— Je… Vraiment…Je n’ai vraiment pas pu faire autrement !
La larme se décroche et roule sur ma joue. Je renifle.
— Tu aurais supporté ça toi ? Tu aurais… Tu aurais … Avec ce…
Elle me coupe.
— J’aurais lâché ce bon dieu de mot de passe bien avant cela !
Je fronce les sourcils d’étonnement.
Ses mains cessent leur malaxage et se font plus légères remontent le long de mes jambes, effleurant ma fleur  palpitante et d’un doigt espiègle trace une arabesque sur mon ventre autour de mon nombril ma peau se hérisse de plaisir. Le doigt remonte sur ma poitrine et aidé du pouce se saisit de la pointe de mon sein gauche qui se dresse immédiatement sous la caresse. Et sur un ton complice elle murmure.
— Comme cela tu aurais été avec moi plus vite ! Maintenant, tu es ma sœur de chaînes !
Je n’avais jamais envisagé cela sous cet angle.
Pourtant, en esclave libre Laure avait choisi Kristale pour assouvir son désir de soumission. Elle avait choisi… Moi, pas ! Que nous soyons maintenant « sœur de chaînes » me console qu’à moitié malgré l’amour et l’admiration que je porte à la Kajira. Je ne sais quoi répondre et détourne la conversation tandis que sa caresse se fait plus insistante.
— Kristale m’a dit que Stéphanie aussi avait été… Enfin... Par ce… Ce chien. C’est vrai ?
Continuant à titiller mon sein gauche de ses doigts déliés, Laure se penche sur mon sein droit et en saisit la pointe déjà raidi entre ses lèvres. Je retiens un soupir de contentement.
— Ton amie est en train de devenir une véritable esclave…
Ces mots murmurés contre ma peau déclenchent une cascade de petits chatouillis du plus délicieux effet. Convulsivement, je m’empare de sa nuque et à mon tour la caresse délicatement. Cela ne répond pas à ma curiosité et Laure ne semble pas vouloir y répondre. J’insiste.
— Quand même ! C’est ! C’est…
Je ne trouve pas les mots.
— C’est… Je ne pensais pas que cela pouvait aller aussi loin !
Laure pouffe faisant vibrer ses lèvres contre mon téton tendu.
— Tu viens de te faire baiser copieusement par une quinzaine d’hommes, tu croyais vraiment qu’on ne pouvait pas te faire subir plus ? Le problème c’est que tu as aimé çà ! Quoi faire d’autre ? Ajouter au nombre ? Je ne pense pas que cela aurais suffit… Il fallait passer à autre chose et compte sur Kristale pour trouver quoi !
Je sais qu’elle a raison. Je reviens sur ma précédente interrogation.
— C’est çà être esclave ?
— Quoi çà ?
— Tout accepter… même avec … ce… ce…
— Ce chien ?… Oui, si ton maître ou ta maîtresse te le demande et si çà le met en joie de te le faire subir !
Un silence, une délicate succion de mon téton,  puis elle continue sur un ton malicieux.
— Tu l’aurais accepté si Marc te l’avait demandé ?
Sa question  me plonge dans une profonde introspection.
Jusqu’a ce que Kristale prononce la phrase fatidique « Je te présente ton prochain amant » en désignant le dogue noir, je n’avais jamais imaginé que ma soumission puisse me mener à accepter cette acte bestiale.
Pourtant je me rappelais l’étrange sentiment qui me faisait rougir et le fourmillement qui m’agaçait l’entrejambe lorsque, de loin presque en me cachant, j’assistais aux saillies vigoureuses des étalons du haras. Du haut de mes douze ans, je repoussais violemment des images à la déviance puissamment érotique. Des images qui me poursuivaient le soir et me faisait prendre la place de la jument sanglée au bâti pour qu’elle ne se dérobe pas à l’assaut du mâle. Des images qui ne disparaissaient qu’à la faveur de l’épuisement d’un massage vigoureux de mon entrejambe sous le secret douillet de mes draps.
Laure me voit perdue dans mes songes et insiste.
— Alors ? Tu aurais accepté ?
J’ai la réponse de quelqu’un persuadé qu’elle ne risque rien a accepté ce qu’on lui demandera jamais car Mon Maître je le sais, ne m’aurais jamais soumise à une telle extrémité.
— Oui ! Oui bien sur, j’aurais accepté !
Sans quitter de la langue mon mamelon maintenant tendu à me faire mal, elle murmure.
— Comme Stéphanie !
Je contiens un sursaut avec peine. Stéphanie est, je le sais sans que cela me soit dit, restée sous la férule de Marc. Est-il possible que Kristale et lui aient déjà poussé aussi loin son dressage ? En ce cas, ce que m’a fait entrevoir Kristale est bien vrai. Stéphanie a subi le bestiale outrage.
Je veux en savoir plus.
— Mais Stéphanie, elle…
Laure réagit immédiatement. Ses lèvres quittent mon sein et viennent s’écraser sur les miennes me muselant aussi surement qu’un bâillon. Nos langues se rencontrent et entament une danse lascive. Je ferme les yeux, je suis bien. Sa main glisse sur mon ventre et s’immisce entre mes cuisses, je m’ouvre aux consolations de Laure et oublie toutes les questions qui me taraudent l’esprit.
Je veux rendre sa part à Laure quand la porte s’ouvre violemment et en surgit Kristale, rayonnante. Un sourire inhabituel lui barre le visage. Elle porte un plateau d’argent sur lequel sont disposés avec soin une chocolatière et son mazagran ainsi qu’un monceau de petites viennoiseries.
Joviale elle lance en s’approchant de nous.
— Alors les filles, vous en êtes déjà aux galanteries ? Isabelle, je t’amène bien mieux ! De quoi te consoler !
Et elle dépose le plateau à côté de moi. Interloquée par la jovialité toute neuve de Kristale je tends la main vers les gâteaux mais elle reste en suspend. J’interroge du regard ma maitresse…
— Oui, oui,  c’est pour toi !
Et elle se penche pour me verser une tasse de chocolat chaud et crémeux. Son puissant arôme me rappelle immédiatement ma faim et brise en un instant mon jeun forcé.
Fièrement Kristale se redresse.
— On passe l’après-midi toutes les trois, tranquilles. Ce soir, je vous emmène au meilleur restaurant de la côte puis on va danser et après… après…
Elle regarde au plafond souriant aux anges.
— Après, quand nous seront au lit, j’appelle ton maî… Marc, pour lui signifier ta reddition, Isabelle !

A suivre : Chap. 60. Le Triomphe de Kristale

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12 juil. 18

Chap. 58. Deuxième souffle

Un bruissement de feuilles me tire ma torpeur. Un parfum de tabac blond mentholé me chatouille les narines. Une chaleur douce vibre sur mon épaule et mon visage à demi enfoui sur l’oreiller. Je tente me relever mais un poids immense me maintient plaquée sur le lit où je suis allongée de tout mon long à plat ventre, nue. J’ai l’impression de peser des tonnes. Une lumière intense danse entre mes paupières mais je n’ai pas envie de les lever bien plus.
Quelle heure peut-il être ?
Il faut que je bouge !
Réunissant mes forces je roule sur le côté pour me mettre sur le dos. Indolents, mes bras me suivent dans mon mouvement et le droit barre mon visage comme pour me protéger de la lumière et m’enjoindre de prolonger la nuit.
Je grimace et un râle pathétique accompagne ma torsion. Je suis fourbue de courbatures et chaque mouvements provoque un crépitement électrique qui vrille jusqu’au moindre de mes muscles.
— Tu as bien joui, petite salope ?
Je n’ai pas la force de sursauter. Juste celle de sourire aux anges.
Jouir ?
Oh mon dieu ! Oui j’ai joui ! Et au-delà de toute mesure !
 Kristale devrait le savoir, quand les bornes sont dépassées il n’y a plus de limite ! Et elle a m’a fait franchir une borne avec allant!
La chevauchée entreprise avec le plus jeune de la troupe a réveillé les ardeurs de quelques uns, tout d’abord. Et je les ai contenté, parce que je le voulais et parce qu’en retour je me suis laissée submerger par le désir. A leur tour ils n’ont plus été que les jouets et les instruments de ma jouissance. Je frappais en toute insouciance à la porte de la folie. Cette folie qui fait que vous ne vous appartenez plus,  que toutes les barrières de la bienséance vous semblent futiles, obsolètes. J’ai réclamé qu’ils viennent en moi. Un, puis deux, puis trois… Ensemble ? Qu’importe !  Une urgence à renouveler l’expérience, mais cette fois sous mon contrôle. De tous mes orifices je me suis offerte au dieu de la jouissance sur son autel. Alors j’ai été reine ! Reine et esclave à la fois.
Je souris.
— Combien de fois ?
La voix de Kristale est plus nette, adoucie par un accent de curiosité.
Faut-il que je réponde ?
Je serais bien en peine ! J’ai l’impression d’une extase en continue une cascade ininterrompue de spasmes orgasmiques.
Je tente de me relever mais retombe lourdement dans un gémissement de douleur.
De cette douleur que ressentent les sportifs qui ont été au delà de leurs limites au lendemain de l’effort, une douleur qui met en joie plutôt qu’en peine, la douleur du surpassement corporelle accompagné du goût de l’adrénaline.
Je retiens un rire nerveux devant mon impuissance à me mouvoir. Si elle savait !  La jouissance la plus forte n’a pas été celle de se sentir adulée, désirée, comblée et portée à l’extase !
Non !
La jouissance la plus forte  a été de repousser Jacques, dédaigneusement, lui faisant comprendre d’un geste qu’il n’était pas de ceux qui pourrait convoquer mon désir tandis que sous ses yeux ses sbires en faisaient la galante démonstration.
— Quand Marc va apprendre çà !
Je retiens un hoquet dédaigneux.
Décidément Kristale ne sait rien de moi ! Marc, je lui ai offert bien plus que cela et au-delà des turpitudes de ce groupe de pantins du plaisir. Et il m’a donné au centuple de sensations en retour. Je sais qu’il serait heureux de me savoir heureuse. Même si il ne m’en laissera rien paraître. Oh oui ! Il va bien rire de la pathétique tentative de Kristale de m’humilier définitivement.
Je lève mon bras de devant mes yeux et papillonne des paupières pour atténuer et m’accoutumer à la violence de la lumière qui me transperce le crâne.
Kristale est assise sur le bord du lit. Sa tenue ne me donne pas d’indication sur le temps passé. Je m’aperçois juste qu’elle en a changée. Elle porte un simple jean parfaitement ajusté à sa taille et un chemisier de lin blanc. Son visage impassible se dissimule dans l’ombre du contre-jour de la fenêtre cerné d’une auréole de feu aveuglant. Derrière elle, la fenêtre par où se déverse le soleil est grande ouverte et les branches de l’eucalyptus bruissent au moindre souffle de vent chaud. C’est ce doux murmure des feuilles qui m’a réveillé quand Kristale a ouvert la fenêtre. Cela doit faire un moment qu’elle doit m’observer et guetter mon réveil.
Elle achève de tirer sur sa fine cigarette et dans un même geste en soufflant un nuage parfumé l’écrase dans un cendrier posé sur ses genoux.
— Alors… Combien de fois tu as joui ?
Cette fois, je perçois une colère sourde dans le ton de sa voix.
Il faut que je réponde.
Je baisse les yeux sur mon corps étalé sur le lit. J’offre à ses yeux un bien étrange spectacle. Vautrée sans pudeur, les jambes à demi écartées, les bras nonchalamment posés au-dessus de la tête. Comme si je voulais de par ma posture alanguie  lui montrer la réponse à sa question. Ma peau est maculée de sperme séché, mes seins et mes hanches marqués d’enlacements trop appuyées. Combien d’hommes m’ont étreinte dans leur fureur lubrique ?
Je parviens à lancer dans un râle de lassitude.
— Je… Je ne sais pas !
Kristale se lève d’un bond, projetant le cendrier et son contenu sur le sol.
Elle hurle presque.
— Pas assez apparemment !
Elle se jette sur moi et me saisit par le poignet gauche qu’elle tire violemment pour me forcer à me relever. Je n’ai pas la force de résister. Dans un déchirement de tous mes muscles je parviens à me lever à demi mais retombe lourdement sur les genoux, à côté du cendrier. Je crie ma douleur mais Kristale ne s’en soucie pas. Elle prend la direction de la porte me traînant à sa suite comme un sac de sable.
Dans un gémissement je parviens à me relever et la suis en trottinant, entrainée dans des escaliers que je ne me souviens plus avoir montés. Le froid du carrelage de la cuisine que nous traversons sans nous arrêter me fait presque du bien, me ragaillardie. Sans un mot Kristale ouvre une porte de service qui mène au sous-sol. Un autre escalier de pierre et nous déboulons  dans une sorte de cellier vide, lugubre, au sol de ciment où seul, au centre, trône une sorte de tabouret bas à quatre pieds de bois tourné et un sac de sport où je peux apercevoir des cordes de chanvre.
Sans faiblir Kristale me tord le poignet et m’oblige à me mettre à genoux sur le sol rugueux puis à califourchon  sur le tabouret tandis qu’elle s’emploie à m’y attacher aux quatre coins. Soulagée que cesse la cavalcade qui me vrillait les muscles, je me laisse faire. Mes poignets et mes genoux se trouve rapidement entravés, me crucifiant à plat ventre et à quatre pattes sur la sellette. Vérifiant la solidité de mes liens et l’impossibilité pour moi de ne faire aucun mouvement, Kristale semble se calmer.
Elle s’assoit posément en tailleur à même le sol de béton face à moi. Une petite badine de cuir qu’elle a du extraire du sac en même temps que les cordes qui me lient, posée au travers de ses cuisses.
— Alors maintenant dis-moi ! Tu as aimé faire ta petite salope avec ces hommes ?
Je ne réponds pas, je sens confusément que cela ne changera rien au châtiment qu’elle s’apprête à me faire subir.
Elle se saisit alors de mes cheveux poisseux et me les tire, me relevant la tète pour lui faire face.
— J’ai bien vu que tu as aimé !
Je soutiens son regard
— Oui Madame, j’ai aimé çà !
Bravache, j’ai bien conscience que cela n’avait pas été fait pour cela. Que dans son idée, je devais sortir brisée de cette épreuve.
Ses yeux se voilent de cruauté.
— Ah oui ? Et bien je crois que tu vas adorer ce que je te prépare alors. Parce que si tu as aimé être une chienne lubrique, tu vas être servie !
Elle se tourne alors vers la porte de métal laissé entrouverte et hurle à plein poumons.
— Maud, tu peux venir !
Il ne faut qu’un instant pour que la porte s’ouvre entièrement et que Maud entre, vêtue de noir comme à son habitude. Et comme a son habitude elle traîne derrière elle son molosse, aussi noir qu’elle. Kristale se saisit alors du collier du chien et l’amène face à moi presque à me lécher le visage.
— Je te présente ton prochain amant !

Je ne saisis pas immédiatement ce qu’elle veut dire, puis je commence à réaliser ce que ses mots impliquent. Consternée, je comprends qu’elle ne m’a pas fait descendre dans cette cave sinistre pour une simple leçon ! La mise en scène est faite pour m’humilier au plus profond de mon âme.
Un froid mortel me glace le ventre. Je veux hurler mais j’ai la respiration coupé par l’ignominie de ce que s’apprête à commettre Kristale. Je ne peux que lâcher un « Oh non ! » à peine audible, mais qui retenti comme un appel dans le silence de la cave.
Kristale éclate de rire.
— Oh mais que si ! Tu vas vraiment aimer ! C’est ce que tu peux rêver de mieux non ? Te faire saillir proprement comme la petite chienne que tu es !
Mortifiée, je ne peux que geindre de nouveau ma plainte d’un ton à peine plus fort.
Elle continue.
— Mais si ! Mais si ! Ta copine Stéphanie a adoré çà, elle !
Elle prend un ton condescendant pour continuer.
— Enfin !… Au début elle a aimé ! Après notre brave toutou a tendance à s’énerver, à griffer un peu et mordiller aussi… Faut dire qu’avec lui çà dure vraiment longtemps ! Plus longtemps qu’avec tes amis d’hier soir…
Sa voix se brouille, se fait lointaine, je ne veux pas en entendre plus. Une main froide se glisse entre mes cuisses et viennent en éprouver l’accès. C’est Maud qui, me contournant, introduit sans vergogne ses doigts dans mon intimité. Elle en constate l’humidité naturelle et en fait part à Kristale d’une voix amusée. Elle appuie un peu plus mon affliction en faisant remarquer que les hommes ont bien élargi le goulet mais que son dogue aura quand même un peu de mal à s’y frayer un passage.
Me secouant doucement par les cheveux Kristale abonde à ses remarques.
— Tu entends ? Il est très gros et très long aussi ! Tu n’en as jamais eu une comme çà entre les jambes !
Perdu dans les brumes opaques de l’horreur je ne peux que répéter.
— S’il vous plait… Pas çà !… Pas çà !
Maud tend ses doigts mouillés de mon odeur vers le museau du mastard. Il les lèche et commence visiblement à s’agiter.
L’effroi et l’imminence de l’humiliation me tétanise. Je voudrais de nouveau hurler, supplier, mais je n’y arrive pas. Au bord de la folie je peux qu’à peine murmurer, entrecoupé de hauts le cœur
— Pitié Madame… S’il vous plaît ne me faites pas çà ! Par pitié !
Désespérée je ne retiens pas de grosses larmes qui roulent sur mes joues
Tirant un peu plus fort sur mes cheveux me pliant le cou à le rompre et approchant son visage du mien à le toucher.
— S’il vous plaît ? Mais il me plaît justement ! Cela va me plaire de te réduire à un petit animal docile. Et çà me plais de finir par là où j’aurais du commencer. Te faire couvrir comme la chienne que tu es et que tu aimes être !
Elle a un hochement de menton vers Maud.
Tirant sur sa laisse Maud entraîne son dogue derrière moi. De nouveau ses doigts fouillent en moi, plusieurs fois. Je devine qu’elle est en train de faire laper à ma source son commensal. Mes yeux se révulsent d’horreur lorsqu’une langue immonde et brûlante m’explore l’entrecuisse vers mon ventre ouvert. A ce contact j’ai un sursaut de tout mon corps. Mais les liens sont si serrés que j’arrive à peine à bouger, seulement à m’égratigner les genoux sur le sol de béton brut.
 Kristale jette un coup d’œil derrière moi et se délecte visiblement du spectacle.
Elle me lance un clin d’œil.
— Cela s’annonce bien entre vous deux…
Elle ricane.
 — Bien ! Nous on va vous laisser dans l’intimité !
Maud, lâchant la laisse du molosse, se glisse au dehors sans un bruit. A peine lance-t-elle un dernier regard à son cerbère lubrique. Kristale se relève d’un bon et fait un pas en arrière. Elle sort dans le couloir,  s’empare de la poignée et la tirant à elle ne peut s’empêcher de lancer.
— Profite bien !
Les yeux exorbités par l’horreur je vois la porte se refermer. Une lèche immonde puis une autre, plus précise, juste sur ma fleur offerte à l’ignominie. Je sens le dogue qui cherche à monter sur mon dos. Il me griffe un mollet.
Retournant brusquement à la réalité de ma situation et dans un effort surhumain, je parviens à hurler enfin.
— Kristale !
                          — KRISTALE !
                                                              — Je vais vous  le dire !…

— Le mot de passe !…

                                      — JE VAIS TE LE DIRE !

Et je m’entends égrener les trois mots qui déverrouillent le lien qui m’attache à mon Maître,  en m’effondrant en sanglot.

A suivre : Chap.59. Mes Consolations

 

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01 juil. 18

Chap.57. Elle

Peu à peu, au fur et à mesure qu’elle descend l’escalier les derniers éclats de voix se meurent. Le silence se fait, à peine troublé par le tintement métallique du grelot qui pend à son cou. Les visages se lèvent vers elle. Elle n’ose pas regarder le groupe qui s’est brusquement immobilisé. Elle garde la tête baissée, fixant les marches qu’elle doit franchir une à une. Le cœur battant à tout rompre, lentement, résistant à une force invisible qui l’entraine vers le bas, elle pose ses pieds nus sur les degrés comme pour s’assurer de leur solidité avant de progresser. A trois marches du sol elle se risque à relever la tête et glisse un rapide coup d’œil en contrebas.
Ils sont là !
Ils l’attendent. Presque cérémonieusement. D’ailleurs leur accoutrement est celui d’une cérémonie. Ils sont tous vêtus d’un même peignoir blanc immaculé. Elle se refuse à les compter, mais ils sont nombreux bien plus qu’elle ne pouvait le concevoir. C’était tellement abstrait jusqu'à maintenant. Ils sont tous debout dans l’attente sauf deux femmes assises sur un sofa devant une table basse chargée de verres et de bouteilles de champagne. La plus altière, magnifique,  assise avec sophistication sur le rebord du divan porte son verre à ses lèvres tout en la détaillant de ses yeux de glace bleue. Instinctivement la jeune fille cherche le visage rassurant de la belle italienne qui l’a conduite ici. Elle se retourne à demi et lève les yeux vers le haut de l’escalier.
Personne !
Se méprenant sur son geste de recul la femme blonde se relève d’un coup en posant son verre précipitamment, elle franchit en quelques enjambées l’espace qui la sépare d’elle et s’engage sur l’escalier lui saisissant le poignet  prévenant ainsi tout retour en arrière, tout refus. Cette main froide sur son poignet scelle son destin. Elle ne peut plus faire demi-tour. Une traction lente mais ferme sur son bras l’oblige à achever sa descente. La femme aux cheveux de lin l’entraine vers le groupe d’homme  et, dans un mouvement de danse fluide, lâche sa main,  passe derrière elle, la pousse par les épaules,  l’oblige à faire encore un pas puis un autre, mécaniquement, vers les visages qui la suivent dans sa progression.
La femme se penche à son oreille et lui murmure  doucereusement des mots qui lui offrent une porte ouverte qui l’éloignera de ces hommes et ce qu’ils attendent d’elle.
Elle ne répond pas, se contentant de baisser la tête.
Le visage aux yeux d’aigue-marine se durcit. Elle la pousse dédaigneusement vers la meute  et d’un même mouvement regagne sa place sur le sofa, reprenant son verre, se désintéressant de son sort.
Maintenant seule la supplique hurlée de la jeune fille la sortira de son indifférence.

Dans un silence, seulement troublé par le battement de son cœur et la saveur acre de la peur au fond de sa gorge, comme un automate, les mains jointent nerveusement devant son ventre,  elle fait un pas vers les hommes figés dans leur attente.
Encouragés, ils se rapprochent et font cercle autour d’elle. Des mains se tendent.
Leurs gestes sont interrompus par un glapissement bref venu de derrière leur ligne compact
On leur enjoint de patienter.
Celui qui a osé briser le silence, s’avance, fendant le cercle et se campe devant elle. Il a un sourire narquois, satisfait. Cet homme elle le connait ! C’est lui qui a fait que tous sont réunis autour d’elle. Et elle lit dans ses yeux brillants de fièvre l’immense satisfaction de leur retrouvaille. Sans se départir de son sourire il tend deux doigts vers la ceinture de satin. Elle sait ce qu’il veut et laisse retomber ses mains de chaque cotés de ses hanches lui signifiant son assentiment.  Il s’empare d’un des bouts du ruban et tire dessus sèchement. Dans un doux chuintement la ceinture se dénoue et le peignoir de satin s’entrouvre  comme un calice, dévoilant à demi la rondeur sensuelle de ses seins et son ventre tendu. Cela ne lui suffit pas. D’un geste rapide du plat de la main, comme pour épousseter ses épaules,  il repousse les épaulettes du peignoir.  Le voile glisse avec légèreté sur le sol à peine retenu par les mains de la jeune fille.
La voici nue, fragile, au milieu du cercle menaçant qui se referme sur elle.
Elle frissonne, et instinctivement dans un geste de pudeur resserre ses mains devant son pubis glabre. Des murmures d’approbation, des petits rires retenus de connivence saluent l’apparition de son corps dénudé. Ils saluent la beauté dévoilée et convoitée car elle est belle dans sa retenue naturelle et elle le sait. Elle sait aussi que ces hommes sont là pour çà ! Pour s’approprier et plier à leurs désirs les plus bestiaux la poupée à la peau de lait et à la chevelure rousse qu’on leur offre en pâture. Une myriade de regards court sur sa peau, cela en est presque physique. Des frôlements concupiscents qui précédent leurs caresses indécentes.
Elle se pince les lèvres et relève la tête vers l’homme qui vient de la dévêtir. Elle prend une profonde inspiration qui fait refluer le rose de ses joues et entrouvre ses lèvres qui appellent aux baisers.
Encouragé, l’homme se penche sur elle, cherchant sa bouche.
Elle détourne vivement la tête refusant le baiser, mais elle n’esquisse pas de fuite, elle ne veut pas se lier à cet homme, ne pas lui donner le moindre signe d’estime.
Un grondement parcours le groupe et des rires amusés fusent.
La petite à du caractère.
Vexé, l’homme fait un pas en arrière en faisant signe à ses sbires qui encadrent la frêle jeune fille. Dans une entente parfaite, sans qu’il n’aye à prononcer une parole, ils se saisissent d’elle par les poignets et la force à se mettre à genoux en pesant sur ses épaules. Elle ne résiste pas. Le marbre du sol lui fait mal, elle allonge ses pieds comme une ballerine sur ses pointes pour en diminuer la pression sur ses genoux.
A son tour l’homme qui lui fait face dénoue la ceinture de son peignoir en en faisant jaillir la hampe turgescente de son désir trop longtemps contenu. Il s’approche et en pose le gland roide sur ses lèvres. Bien que cette demande de baiser soit bien plus indécente que la précédente, elle ne détourne pas la tête.
D’une voix rauque sourde, il lui ordonne d’ouvrir la bouche.
Elle ferme les yeux et s’exécute.
Il se précipite avec un grognement de bête en rut. Il veut lui faire payer son premier refus et assoir son autorité. La jeune fille ne se débat pas, on dirait même qu’elle met un point d’honneur à ne pas faillir. Maintenue crucifiée à genoux par les deux hommes qui ne l’ont pas lâchée, elle sait qu’elle est la proie sacrificielle et que ceux qui l’entourent et assistent à sa déchéance vont bientôt y participer ! Sans vergogne, il s’enfonce entre ses lèvres forçant sa gorge au plus profond. Le visage crispé par le haut le coeur de la jeune fille disparait entre ses jambes plaqué contre son ventre. Encouragé par la passivité de sa victime et au comble de l’excitation il se saisit d’elle par les cheveux et lui imprime un puissant mouvement de va et vient en cambrant les reins pour bien montrer à tous qu’il la possède et la domine le premier.
Mais il lui avait promis qu’il ne se contenterait pas de l’humilier, il voulait lui faire mal, la faire crier de douleur ou de plaisir, peu lui importe, mais la faire crier. Il se retire brusquement laissant sa proie haletante et cherchant à récupérer son souffle coupé par la violence de l’abjecte intromission. Un échange d’ordre rapide avec ses deux sbires et la voici trainée vers une des tables basses la plus proches. Toujours maintenue elle y est couchée à plat ventre sans ménagement, la croupe projetée, offerte aux injonctions de son assaillant. Son esprit tente de s’échapper dans un étrange déphasage. Elle se dit qu’au moins elle n’a plus mal aux genoux que l’épais tapis sur lequel on l’a entrainée est doux et moelleux, qu’elle aimerait si réfugier entièrement. Mais c’est sans compter les désirs pervers de l’homme qui la ramène brutalement à la réalité. A son tour il s’agenouille et se plaque contre elle. Du genou il lui écarte les jambes et sa verge mouillée de salive s’incruste dans le sillon moelleux des fesses de la jeune fille.Il se penche à son oreille et lui murmure ses envies. Il lui rappelle sa promesse, celle de lui forcer les reins de la faire jouir de cette manière parce qu’elle aimait cela. Et il ponctue chacune de ses paroles par un petit coup de reins qui fait glisser sa verge dans le sillon maintenant humide comme pour y chercher le chemin à emprunter.
Elle se mord les lèvres. Elle sait qu’elle ne peut y échapper et s’y résigne.
Mais pourquoi donc la maintiennent-ils encore ?
Bien que fait avec soin, la préparation de la belle esclave qui avait lavé et parfumé son corps au plus intime et assoupli ses orifices en une caresse langoureuse de ses doigts fins ne l’avait pas disposée à un aussi rude assaut. L’humidité ramenée de sa bouche n’est pas suffisant pour en faciliter l’intromission. L’homme y ajoute la sienne. Copieusement enduit le bélier de chair trouve sa place et de la tête presse contre la délicate rosette qui cède sous la poussée lente mais puissante, irrésistible. Elle baisse la tête en serrant les dents. Une tristesse immense se saisit d’elle en pensant qu’on était en train de forcer le chemin que seul son maître avait pris jusqu'à maintenant.  Tristesse suivi de révolte, de rage contenu. Elle ne veut rien laisser paraitre, elle ne sera que pantin sans vie sous les odieux assauts de l’homme. Elle ne lui fera pas le plaisir de jouir sous lui.
Mais c’est sans compter l’âcreté de l’homme qui compte bien la ramener à sa condition d’objet de plaisir répondant au sien. Comme il avait fait pour sa bouche, l’homme sûr de sa puissance et pressé  de lui démontrer ses projets, à peine introduit, à peine la fragile porte entrouverte, d’un puissant coup de rein, s’enfonce au plus profond, sans avertissement, sans préparation.
Sous la douleur fulgurante la jeune fille perd toute contenance. Dans un reflexe animal elle tente de se soustraire à la douleur en cambrant les reins, et, rejetant la tête en arrière, poussant un cri guttural.
Son cri semble agir comme un appel.
De spectateurs les hommes deviennent soudain acteurs. N’y tenant plus, fascinés par la scène, tenté par la bouche qui vient  de s’ouvrir devant lui,  l’homme le plus proche laisse à son tour tomber au sol son peignoir et dans un même mouvement lui pressente sa verge turgescente, la bâillonne de la plus licencieuse des façons. Il se glisse entre ses lèvres avec précipitation prévenant ainsi les prochains cris de réprobation de la jeune fille que l’on force. Les mains se tendent vers sa peau, la caressent, la palpent, la soupèsent comme pour s’assurer de sa réalité et de la qualité de la marchandise à laquelle on veut la réduire. Les plus hardis s’emparent de ses seins, en pince les tétons qui s’épanouissent et s’hérissent sous les caresses rugueuses. Quelqu’un vient de lancer une musique de fond pour souligner son calvaire. Incrédule, elle se surprend à l’identifier, Agnus Dei de Samuel barber. Son maître aurait pu faire ce choix ! Elle sourit à cette évocation, mais on ne lui laissera pas le loisir de se perdre dans la douce complainte. Des murmures montent puis des commentaires gras fusent, des rires de contentement, on lui fait comprendre qu’elle est belle et désirable et qu’il est bon qu’elle partage sa fraîcheur sans regimber avec la multitude qui s’impatiente. Un tourbillon de chair virevolte alors autour d’elle, si rapide que sa vision se trouble et que ses oreilles se ferment sous les sollicitations graveleuses. Elle plonge dans un univers cotonneux où son esprit se réfugie tandis que son corps n’est plus que poupée de chair entre les mains des hommes.

Dans une sarabande où la chorégraphie est rythmée par une lubricité échevelée, tour à tour ils vont forcer les chemins de plaisir de la jeune fille, défilant un à un, sollicitant les baisers les plus immondes, s’encourageant, s’invitant à partager leurs étreintes. Refoulant toutes retenues, l’humiliant ou la vénérant, la portant comme on porte une idole ils vont l’empaler sur un sexe érigé dans son attente. Une fois solidement enchâssée sur cet un autel païens un autre officiant s’introduit, forçant ses reins et rejoignant son ami à se saluer à l’intérieur de son ventre. On ne lui laissera pas le loisir de manifester sa surprise ou sa désapprobation, un troisième congénère la bâillonne de son sexe, violant ses lèvres, la forçant à en avaler la hampe turgescente à s’en étouffer. Ils ont cure de ses tentative d’échappement désordonnés, d’ailleurs ils faiblissent, ce se sont plus maintenant que réflexes de sauvegarde, d’inconfort, pauvre tentative de préservation de son corps souple de la fureur sexuelle qui s’abat sur elle.

Depuis combien de temps subit-elle les assauts répétés des hommes ?
Des corps fatigués, repus, gisent autour d’elle sur l’épais tapis ou vautrés dans des poses impudiques sur les sofas qui encadrent l’arène de son supplice.
Agenouillée à quatre pattes sur le sol, abruti de caresses, elle tremble d’épuisement. Elle est en sueur, ses cheveux défaits maculés de sperme, son corps marbré de griffure d’étreintes trop appuyées par le spasme des hommes qui jouissaient en elle. Ils en est encore pour solliciter ses faveurs. Un visage frôle le sien la tirant de sa torpeur. Il est jeune, il est beau, il lui murmure des phrases d’amours insensés à l’oreille, il la veut, encore et encore. Elle en rirait presque, si elle en avait encore la force. Ont-ils oubliés pourquoi ils étaient là ? Pourquoi ils violentaient et humiliaient son corps offert ? Ils semblent avoir renoncé à faire tomber l’ultime barrière. Le cri qui la libérerait de ses tourmenteurs.
Elle sait qu’elle a gagné ! Elle n’appellera pas au secours !

Libérée, une étincelle se réveille au fond d’elle. De l’étincelle nait un sourd brasier qui couve et cherche à se répandre consumant ses défenses. La tourmente passée, elle ne luttera plus contre ce feu intérieur qui court comme un feu liquide dans ses veines. Les murmures énamourés du jeune homme à son oreille de cotonneux deviennent plus net.
Il veut du plaisir ?
Elle se, saisit de son membre tendu, sa bouche s’arrondi et se fait gourmande. Maintenant c’est elle qui prend les commandes de cet orchestre de chair.
Impérativement, elle pousse l’homme sur le sofa le plus proche entre deux autres corps repus de ses caresses et s’empale sur le membre qu’elle vient d’ériger à son plaisir. Le jeune homme tout à son étonnement, surpris par la métamorphose  de la belle se laisse monter passivement, à peine pose-t-il ses mains sur les hanches de sa cavalière pour accompagner ses mouvements de rein. De gourds et maladroits les déhanché de la jeune fille se font plus profonds plus lascifs. Elle se dresse de toute sa hauteur les reins cambrés pour facilité le mouvement de piston qu’elle accélère langoureusement.
De sa bouche, muette sous les assauts précédents, s’échappe à présent une musique qui annonce le plaisir qui monte en elle. Elle le veut et elle le veut furieusement.
Autour d’elle les visages se relèvent un à un, des sourcils se froncent d’étonnement et de frustration. Comment ?  Eux qui n’ont pas réussi à tirer le moindre râle de plaisir de la poupée de chair.  Voici que lorsque tout semble consommé, sous leurs yeux ébahies, la jeune fille semble les défier et dévoilant sa véritable nature reprend le contrôle de son corps et le porte vers une jouissance qu’ils n’ont pas éveillé en elle !
La chevauché s’accélère. Elle se laisse envahir et submerger par le plaisir jusqu'à ce qu’un arc électrique la foudroie, la tétanise en une somptueuse sculpture de chair figée par l’orgasme qui la traverse. Elle ne retient pas un cri monté du plus profond d’elle. Les yeux grands ouverts fixant au zénith un soleil qu’elle seule peut voir, elle hurle sa joie, son plaisir, sa victoire.

Essoufflée, le corps ruisselant et tremblant encore empalée sur le jeune homme qui n’a pas joui, dans un geste de défi elle rejette ses cheveux de feu sur sa nuque,. Elle se dresse fièrement au dessus de la mêlée de corps enchevêtrés les toisant tous comme une walkyrie constatant sa victoire au milieu d’un champ de bataille.
Bravement, elle cherche du regard sa tourmenteuse.
Elle est là ! A quelque pas.
Leurs regards se défient. Le visage de la femme aux cheveux d’or liquide la scrute de toute son arrogance. Son visage est fermé, ses lèvres pincées sur une fureur contenue, ses yeux de glace bleue, fixes, irradient un feu de violence qui la tuerait d’un regard si sa nouvelle détermination ne lui servait de bouclier.
Mécaniquement, elle repose son verre a côté d’une bouteille vide. Elle se lève raide et, dédaigneuse, lui tourne le dos en s’éloignant pour quitter le champ de sa défaite.

A suivre: Chap. 58. Deuxième souffle.

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02 mai 18

Chap. 56. La Meute

Je passe lentement la main autour de mon cou et ferme les yeux échappant un instant à l’intense lumière du soleil reflétée par le travertin qui borde la piscine. Mon esprit divague. Que fait Marc en ce moment ? En compagnie de l’espiègle Lorelei, je ne peux que deviner et me référer à mes premiers instants de dressage, mes premier émois de soumise !
Je m’humecte les lèvres.
— Ton collier te manque ?
Ma main retombe vivement comme brulée par le contact de ma peau.
J’entrouvre les yeux et contemple Kristale.
Elle est allongée nue sur le transat, nonchalante. Malgré sa blondeur nordique elle ne semble pas craindre le soleil. Un losange de fourrure renaissante blonde artistiquement taillée en losange brille comme de l’or sur son pubis et l’aigue-marine nichée dans le creux de son nombril lance des éclats de feu à chacune de ses respirations. L’aréole des seins du tendre rose est passée au brun sous la caresse de Phébus. Pour ma part je me suis réfugiée sous un immense parasol considérant qu’il n’était pas nécessaire d’ajouter à la cuisante brulure du fouet le feu du soleil à ma peau blanche de rouquine.
Je ne sais trop que répondre, mais le ton  me semble être à la confidence.
— Je… Oui, un peu !
— Tu penses à Marc ?
Cette fois, elle prend un ton agacé. Je la surprends une fois de plus à deviner mes pensées avec tant de facilité.
Je réponds du tac au tac.
— Oui !
Elle ricane méchamment
— Si tu crois que lui pense à toi en se moment ! Ma petite protégée doit occuper toute son attention… et ses soins !
Elle se redresse brutalement.
— Allez, lève toi  et va t’habiller !… On va aller te choisir un collier.
Sûre d’être obéis et se désintéressant de moi, elle s’adresse à Maud paresseusement allongée sur le bord de la piscine à même le sol.
— Tu viens ma chérie, on va en ville !
Je me lève en même temps qu’elle et trottine vers ma chambre.

Sans un mot, sans même qu’on lui ait demandé, Laure m’a suivi comme mon ombre. Comme je ne trouvais pas mon jean, ni d’ailleurs aucun autre de mes vêtements, elle m’a conduit dans un vaste dressing et m’a tendu sans un mot, un tee-shirt blanc et une de ces petites jupettes plissées que l’on met pour jouer au tennis, courte, bien trop courte à mon gout… Rien d’autre.
Maud et Kristale me font prendre place à l’arrière de l’imposante berline noire qui les a amenées à la Galiniere.
Maud a pris le volant.
Kristale jette de fréquent coup d’œil au miroir de courtoisie qu’elle a orienté pour me surveiller. Malgré la climatisation, mes fesses nues collent sur le cuir de la banquette arrière et je me soulève alternativement de gauche à droite pour tenter de réduire mon inconfort. Cela a l’air de l’amuser. En me balançant, Je me serre le plus possible contre la portière, m’éloignant instinctivement du dogue noir couché à ma droite sur un plaid couvert de poils.
Elles se sont rapidement concertées à voix basse et mi le cap sur Sète tout proche, Et a l’allure à laquelle conduisait Maud, il n’a fallut qu’un moment pour s’y rendre.
 Le long du quai, armées de grands sacs de toile de jute les deux compères font leurs  emplettes. Je les suis docilement en compagnie du chien indifférent. Nous nous dirigeons vers le môle lorsque brusquement sans se concerter  elles s’engagent dans une rue adjacente en pressant le pas. Encore un détour et elles s’engouffrent dans une boutique un peu à l’écart des commerces du port.
 C’est une petite animalerie, un peu comme ces épiceries de quartier qui proposent sur quelques mètres carrés le stock d’un supermarché et dans lequel on trouve toujours exactement ce qu’on cherche. Le magasin est dessert. Un homme est assis derrière le comptoir, plongé dans son journal. Il lève le nez et son visage s’éclaire. Il nous salut courtoisement.
Kristale abrège rapidement.
— Nous cherchons un collier ! Fin mais solide… Avec un grelot !
L’homme baisse les yeux vers le mastard de Maud, étonné.
— Fin ?
Kristale rit de bon cœur
— Non ! … Ce n’est pas pour lui… C’est pour Elle !
Et  elle me désigne en posant une main sur mon épaule et me poussant vers lui.
Je ne peux contenir une flambée de honte qui me monte au visage comprenant ce que vient de suggérer Kristale. Je baisse rapidement les yeux et me mord les lèvres. L’homme semble interloqué.
Kristale continue, amusée.
— Oui … vous savez, hein !?  Ces gothiques raffolent de ça !
Il se ressaisit et sourit en me contemplant en soulevant un sourcil soupçonneux.
— Ha ! …Oui çà arrive des fois !
Il ne fait pas de remarque sur ma tenue de midinette qui n’a vraiment rien de gothique. Il désigne un rayon où sont pendus en vrac de nombreux colliers de toutes tailles et de toutes matières.
Kristale exulte.
— Parfait ! Merci ! Nous allons en essayer quelques uns !
Gentiment mais fermement remercié, l’homme regagne sa caisse en reculant et ne me quittant pas des yeux, un demi sourire et un froncement de sourcil interrogateur.
A-t-il deviné à quel jeu venait se livrer Maud et Kristale dans son magasin ? Est-t-il au courant de leur état et du mien ?
En lui jetant subrepticement un coup d’œil pour m’assurer qu’il ne nous regarde plus, je glisse mes mains dans le dos et tend le cou.
Les deux complices s’amusent visiblement à me passer un à un toute la panoplie des colliers. Leur choix finit par se porter sur un modèle de cuir rose sertie de clou fantaisies régulièrement disposés. Un petit grelot de fer blanc vient rapidement agrémenter le tout. On me tend un miroir de courtoisie. Je retiens une grimace de dépit. Cela n’a vraiment rien à voir avec les colliers sophistiqués dont Marc me pare et le grelot de soumise débutante ajoute à ma déconvenue.
 — Il te plait ?
Inutile de froisser Kristale. Qui sait de quoi elle serait capable ici ! Elle m’a déjà offerte à son jardinier, le commerçant affable qui tient le comptoir m’acceptera certainement comme paiement.
Je hoche rapidement la tête.

Quel drôle d’équipage a défilé dan les rues bondées de touristes qui, finalement, ne portait pas trop attention à nous. Mes deux préceptrices ouvrent la marche en fendant la foule, altières, trainant le dogue noir au bout de la laisse-fouet et moi je les suis en trottinant le grelot de mon collier tintant doucement, tirant constamment sur ma jupe si courte comme pour l’allonger et empêcher la brise marine, coquine, de soulever le minuscule carré de tissus et d’en dévoiler mon intimité nue à la cohue.
La journée est passée ainsi en futilité mercantile, J’ai même fini par me piquer au jeu et me suis prise a fouiner dans les étales, dés que je m’arrêtais sur un article Kristale me demandait si cela me plaisait et au moindre signe d’assentiment le fourrait dans son sac.
Ce n’est que lorsque la brise de mer a fraichi et que les sacs ne pouvaient plus accepter d’autres marchandise que nous avons quitté le port. Mon ventre ne crie plus famine lassé d’attendre quelque nourriture et se contente du simple thé sucré pris à la terrasse d’un café. Fatiguée, assommée de bruit et de cohue, je me cale et m’assoupie  au fond de la berline.

— Ils sont là, Madame !
Laure est venue à notre rencontre ouvrant la portière à Kristale.
— Déjà ?... Tous ?
— Oui, Madame !
Tout semble s’accélérer alors. Je sors à peine de ma torpeur, la tête bourdonnante d’un mauvais réveil,  mais je comprends alors que le moment est venu.
— Tu passes par derrière, tu l’emmènes et tu la prépares, on l’attend au grand salon, le temps de se rafraichir.
Sans un mot, la Kajira a un hochement de tête et faisant le tour de la voiture, ouvre ma portière et s’empare de mon poignet gauche m’entrainant vers la porte de service. C’est presqu’en courant que nous gagnons la salle d’eau de l’étage.
Une douche froide achève de me réveiller totalement. Laure me sèche délicatement mais avec empressement. Elle souffle mes cheveux pour les sécher et les ramène au dessus de ma tête en une queue de cheval haute perchée. Armée d’un énorme pinceau de martre et d’une boite de poudre, elle mate ma peau sur tout le corps d’un léger voile parfumé. Son geste se fait plus tendre lorsqu’elle applique un gloss transparent sur me lèvres et la pointe de mes seins qui s e dressent sous la caresse. Toujours sans un mot, sont travail achevé, elle m’inspecte de la tête au pied en me faisant pivoter sur moi-même. Elle passe un doigt sur la marque de fouet qui file sur le haut de mes reins comme pour tenter de l’effacer.
Je la regarde faire dans le miroir. Les marques ont pali mais on les distingue clairement malgré le soin apporté par la Kajira à rendre mon corps lisse.
Son geste la rend songeuse mais elle se ressaisit rapidement. Elle s’assure que mon nouveau collier est en place avec une grimace circonspecte. Elle fouille dans la penderie et en extrait un long peignoir de satin vert émeraude qui s’accorde parfaitement a la rousseur de mes cheveux mais jure grossièrement avec le rose de mon collier. En nouant la ceinture elle s’assure du parfait tombé du tissu sur mes hanches et mes épaules. Je me sens comme une poupée que l’on vient d’habiller pour la représentation
 Laure fait un pas en arrière pour me contempler.
— Ton collier est moche !... Mais toi tou es bellissima !
Et avec un sourire me dépose un baiser sur le front.
Laure m’entraine vers l’escalier qui mène au salon. Elle m’arrête sur le pallier. De la salle en contrebas montent un brouhaha feutré, troublé par quelques éclats de rire gras, forcés.  Le grondement sourd et menaçant d’un ressac sombre qui annonce la tempête.
Gravement la belle italienne  s’assure de nouveau de ma tenue et sans un mot me désigne de la main les degrés qui descendent dans la fosse où m’attend la meute.

A suivre : Chap. 57. Elle

 

Posté par isabelle_mad à 11:40 - - Commentaires [15] - Permalien [#]