Voici plus de deux heures que nous roulons. Nous avons quitté l'autoroute à Lodève et filons vers l'ouest à travers un paysage magnifique qui entretient ma rêverie. Nous nous élevons peu à peu. La route est de plus en plus sinueuse.
Peu après notre départ il m'a désigné la boite à gants. J'y ai retrouvé mon collier de servitude et s'y ajoutaient deux bracelets de la même facture, de cuir et d'acier. Je les ai mis et j'ai changé mon mince collier d'apparat pour le lourd joug de cuir. Nous roulons maintenant sur un chemin de terre. Nous arrivons et stoppons enfin devant une superbe bâtisse de pierres et d'ardoises perchée sur un coteau ensoleillé. Toute la vallée de l'Orb se déploie à nos pieds. Il sort du véhicule et s'engage sur l'escalier qui mène au perron de l'entrée. Je le suis à un mètre derrière. Il sonne au carillon. Après quelque instant la lourde porte de chêne à deux battants s'entrouvre. Mon sang se glace. L'hôtesse qui nous accueille… C'est Kristale.
Kristale toujours aussi hautaine fière et, … Magnifiquement belle.
Il est pressé. Il doit repartir immédiatement. Il se tourne vers moi dans le hall de l'entrée, j'ai pris la position de soumission et d'attente destinée aux yeux des vanilles. Il me prend le visage entre ses mains.
- Je te laisse avec Kristale... Tu lui obéiras comme tu m'obéis… Je lui laisse mes devoirs et mes pouvoirs sur toi.
Je me sens mollir, une tristesse indicible m'envahit. L'expérience que j'ai eue avec Kristale n'est pas pour me rassurer. Il se penche à mon oreille et murmure.
- Je reviens ce soir. Fait que je n'ai pas à rougir de toi.
Il dépose un baiser sur mon front.
- Prends soin d'elle! Dit il. En s'adressant à Kristale.
Sans attendre de réponse il tourne les talons et referme la porte sur lui. Le crissement des pneus sur le gravier m'annonce son départ. Dans le silence qui suit je me sens abandonnée, vulnérable. Je frissonne et jette des regards par en dessous à la blonde nordique. Elle tourne autour de moi, m'observe, s'arrête derrière moi. Je ne la vois plus.
- A poil !
Cela m'a atteint comme un coup de fouet. Je sursaute. Son ton est péremptoire sans contestation possible. Je me rappelle ce qu'il vient de me dire en partant. Surtout ne pas le décevoir. Je commence à me déshabiller lentement.
- Plus vite petite gourde !
Son accent hollandais me met mal à l'aise. Mais je me presse. Je suis bientôt nue, debout sur le froid carrelage de l'entrée, mes vêtements éparpillés sur le sol. J'ai gardé le collier et les bracelets et repris cette fois la position de soumission adéquate. Kristale est loin d'être une vanille !
- Allons suis moi !
Elle me précède m'introduisant dans un salon attenant à l'entrée. Une pièce arrangée avec goût. Un parquet ciré, des meubles de style. Je remarque au mur une peinture et une série de sanguines signées de lui. Dans la cheminée de pierre crépite doucement un feu de sarments de vigne. Elle prend place sur une banquette de velours rouge et désigne un tapis sur le sol devant elle.
- A genoux !
Sa voie est plus douce. Je suis maintenant coutumière de cette exigence et je m'exécute.
- Ecarte plus les cuisses que je te vois bien.
Je rougis et m'écartèle le plus possible entrouvrant ainsi la fente de mon ventre.
- Alors, Il paraît que tu suces bien ?
Je me sens rougir violemment. La crudité de son langage me choque. Cela m'offense, mais je la soupçonne de le faire exprès. Il est des violences verbales qui humilient bien plus qu'une contrainte physique.
- Oui,... - Continue-t-elle-  ...Je te vois bien avec une bite dans la bouche… raconte-moi ça. Et n'oublie rien, j'en sais déjà beaucoup. Marc m'a raconté.
D'une voix timide je lui raconte le début de mon dressage. Elle veut tout savoir dans les moindres détails et visiblement se délecte de ma confusion dans les scènes les plus difficiles à avouer. Elle m'interrompt souvent pour me faire préciser les situations les plus scabreuses. L'évocation de tout ce qu'il m'a fait subir m'excite à mon corps défendant. Plus je raconte plus je prends de l'assurance. Longuement je conte l'histoire qui m'a amenée devant elle à genoux, nue, un collier de servitude au cou et soumise à ses exigences.
Un long silence termine mon récit.
- C'est bien - dit-elle - Et cela t'excite ? …Est-ce que tu mouilles là ?
Je suis bien obliger d'admettre que oui. Forcée de raconter des choses aussi intimes à une inconnue m'a liquéfiée.
Elle se lève du sofa.
- Relève-toi !
- Penche-toi en avant, appuies-toi sur la table et écarte bien les jambes.
Je m'exécute. Immédiatement deux doigts s'introduisent rudement en moi. Ils progressent facilement tellement je suis trempée. L'examen est minutieux et se prolonge sans ménagement.
- En effet tu mouilles comme une vraie salope ! S'exclame-t-elle.
L'insulte me cingle. Encore ce langage qui contraste tellement avec son allure sophistiquée ! Un langage ordurier qui m'abaisse encore plus que cet examen intime. Elle finit par se retirer. Me donnant l'ordre de garder la position elle sort de la pièce. Elle revient quelques instants après avec une longue chaîne de fer. Me redresse et attache un maillon à vis à l'anneau de mon collier de cuir.
Elle tire sur la chaîne et m'oblige à la suivre. Nous retraversons le hall d'entrée et sortons sur le perron. Dehors le vent frais me fait frissonner et calme vite mon excitation résiduelle. Elle ne s'arrête pas là. Elle descend les escaliers et sans ralentir me traîne vers l'arrière de la maison. Mes pieds nus s'écorchent sur les pierres et l'herbe sèche, cela m'oblige à prendre une démarche ridicule pour réduire le contact des arêtes vives sur la plante de mes pieds. Nous arrivons devant une petite porte de chêne barrée d'acier. Elle tire de sa poche une imposante clef de fer et ouvre la serrure. Nous pénétrons à l'intérieur.
Au début je ne vois rien. Kristale allume la lumière. Nous sommes dans une cave voûtée. Je reconnais là l'ambiance que mon Maître crée autour de ses modèles. Des anneaux fixés aux murs, des chaînes, des poulies, des manilles. Une table massive à laquelle sont fixés des anneaux noirs, des candélabres de cuivre portant des cierges blancs. Nous traversons la pièce dallée de granit. A mon grand étonnement sous mes pieds nus le sol émet une douce chaleur. Nous nous dirigeons vers une autre porte qui nous fait passer dans une salle plus petite, une cellule. Là, contre le mur de pierre, une large planche inclinée sur laquelle sont fixé de solides anneaux.


Sans un mot Kristale m'adosse à la table de chêne, ramène mes poignets au-dessus de ma tête et entreprend d'attacher les bracelets qui les ornent à l'aide de manilles. Elle laisse pendre la lourde chaîne de mon cou entre mes jambes. Satisfaite de son ouvrage. Elle passe un moment à me contempler.
- Reste sage petite, je reviens te chercher dès que ton maître est là.
Sur ce, elle me prend le visage à deux mains et tente de m'embrasser sur la bouche. Dans un réflexe je détourne la tête. Réflexe que je regrette aussitôt. Je m'attends à recevoir une punition, une gifle tout au moins. Mais rien ne se passe. Kristale a reculé d'un pas. Son visage s'est durci. Elle se prend le menton dans la main, réfléchit et a un petit sourire comme sous le coup d'une inspiration intérieure. Elle sort alors brutalement de la pièce et referme vivement la porte sur moi, sans un mot. J'entends ses pas furieux qui résonnent dans la grande salle. La lumière s'éteint et la lourde serrure de la grande porte se clenche dans un bruit sinistre.
Le silence et la nuit m'enveloppent. Un moment de peur que je contrôle vite. Je resserre les jambes sur la chaîne qui pend de mon cou. Je teste les liens de mes poignets. Ils sont solidement fixés, je ne peux faire que de faibles mouvements. Le temps s'immobilise. Je n'ai pas beaucoup dormi cette nuit. Il fait bon dans cette cellule, je n'ai pas froid. Je m'interroge sur l'opportunité de chauffer une cave, même si celle-ci est apparemment souvent visitée. Lentement je me laisse aller à l'indolence, je m'assoupis à demi allongée sur cette table.
Combien de temps s'est écoulé ! Je ne saurais le dire ! Le bruit sourd de la porte de la grande salle qui s'ouvre me tire de ma torpeur. La lumière m'éblouit. Des voix résonnent dans la salle voûtée la voix de Kristale et une voix d'homme. Ce n'est pas Sa voix. Je frissonne. Une troisième voix intervient dans la discussion assourdie, une voix d'homme elle aussi plus grave plus profonde. Deux hommes inconnus, mon sang se glace. Mon cœur bat à grands coups. Et ce que je redoute se passe. La clef tourne dans la serrure de ma petite cellule. Kristale entre la première suivie de deux hommes. Je me hisse sur la pointe des pieds et me plaque contre la table de bois comme un animal acculé à un mur et qui cherche à fuir. Ils sont âgés d'une quarantaine d'années environ, L'un est en costume de ville les cheveux grisonnant. L'autre plus rustique en jean maculé de taches et chemise à rayures Les cheveux bruns, des lunettes en écaille.
Un sifflement d'admiration.
- Eh bien, il ne s'embête pas l'artiste ! Il a le chic pour dégoter de jolis petits lots. Regarde-moi çà Jean ! ...
Jean a un rire nerveux et ses yeux s'allument.
Je suis morte de honte, ma nudité sous leur regard. Kristale sourit et s'adosse au chambranle de la porte en croisant les bras.
- On peut toucher ?
Dit Jean en me désignant et en regardant Kristale.
Elle a un petit haussement d'épaule et une moue d'approbation. Je me recroqueville encore un peu plus, je ne pourrais leur échapper. Leurs mains se posent sur moi. Elles sont froides, je me raidis et proteste en gémissant. Je ne veux pas qu'ils me touchent. Je ferme les yeux pour ne plus les voir et esquisse de faibles mouvements pour tenter d'échapper à leurs attouchements. En vain bien sûr !
- Bon sang, elle est chaude cette gamine !
C'est le plus âgé qui a parlé. Ses mains s'emparent sans ménagement de ma poitrine et titille mes tétons qui durcissent malgré moi sous la caresse. Les étreintes se font plus précises passent sur mon ventre, mes fesses qu'ils soulèvent de la table pour mieux les palper, mes cuisses que je contracte un peu plus. Les deux hommes explorent toutes les parties de mon corps. Leurs bouches se posent sur ma peau, Ils me dégoûtent, leurs mains sur moi m'écœurent. Je me tords pour tenter de leur échapper, ça les fait rire. Leurs rires gras même me répugnent.
- Ecarte-lui les jambes Jean. Dit le plus âgé.
Je gémis un "Non" étouffé et verrouille mes cuisses. Je n'ai pas à leur obéir et je ne veux pas leur faciliter la tâche, je lutte pour retarder l'inéluctable. Les moqueries redoublent. Il s'adresse directement a moi.
- Il paraît que tu es moins farouche avec ton artiste. Allez laisse nous en profiter un peu. Tu vas aimer… Tu vas voir.
Je me crispe encore plus, mais la lutte est inégale Ensemble ils s'évertuent à déverrouiller mes cuisses. Ils deviennent brutaux, rougissent sous l'effort et l'excitation. Je fatigue et ils profitent d'un moment de relâchement pour m'écarter brutalement. Jean se place entre mes cuisses pour empêcher que je les referme.
Je ne me contiens plus je hurle un "Non" de dépit et de révolte. Mais cela ne les arrête pas. Une main se glisse entre mes jambes et un doigt me pénètre profondément bientôt suivi d'un deuxième. Il est en moi et il me fouille sans douceur. Il rit, content de sa victoire.
- Non seulement elle est chaude mais elle bien humide ta pensionnaire Kristale.
Il se tourne vers elle tout en continuant à me pénétrer de ses doigts. Pendant que Jean embrasse ma poitrine, sa langue moite parcours mes mamelons dressés.
- Tu nous laisses seuls avec elle quelque moment ? On va lui apprendre la vie ? Qu'en dis-tu ?
C'est atroce je vais me faire forcer, violer. Et ici le save-word ne m'est d'aucune utilité. Pire je me rends compte que si je le prononce ici cela passera pour un consentement. Je perçois tout le machiavélisme de mon maître dans le choix de ce mot de sauvegarde qui peut se retourner contre moi s'il n'est pas là.
Mes plaintes redoublent et je rue violemment pour me dégager. De sa main libre l'homme me bâillonne et s'enfonce encore plus profondément en moi. Il attend une réponse de Kristale.
Elle se prend le menton et réfléchit quelques instants.
- Cela vous plairait ? Dit-elle d'un ton ironique tout en me regardant.
- Je mettrais bien cette jeunesse à mon menu tout de suite dit-il en riant.
- Pas vrai Jean ?
Jean qui est moins bavard hoche vigoureusement la tête et se tourne vers Kristale. Elle reprend sa réflexion. Pendant ce temps l'homme continue à fouiller mon intimité. Je redouble de protestations étouffées.
- Désolé Messieurs… Je ne peux pas. Elle n'est pas à moi. Il me l'a juste confiée. D'ailleurs il vous faut partir maintenant.
Les deux compères semblent dépités. Jean a un soupir de déception. Ils me caressent encore quelques instants et me relâchent à regret. L'autre homme se retire de moi et essuie sa main trempée sur mon ventre.
- Dommage je commençais à m'amuser. J'espère que ce n'est que partie remise !
Kristale ouvre la porte de la cellule et invite les deux hommes à sortir ce qu'ils font à contre-cœur en me couvant d'un dernier regard. Jean s'apprête à quitter la cellule puis se ravise. Il attend que Kristale et son hôte s'éloignent et revient vers moi en surveillant la porte. Il glisse une main entre mes cuisses. Il veut lui aussi me pénétrer de ses doigts. Il veut sa part. Je me contracte mais il est plus fort et le passage lubrifié par les précédentes caresses lui facilite la tâche. Rapidement il engouffre en moi deux doigts qui s'enfoncent sans peine. Je ne proteste pas. Je suis exténuée et renonce à lutter. Il s'introduit au plus profond de mon ventre et en retire ses doigts mouillés. En me regardant, il les porte à son visage, les hume pour se délecter de mon parfum et les porte à sa bouche pour en apprécier le goût. Il sourit, me fait un clin d'œil et enfin tourne les talons rejoindre les autres. La lourde porte se referme.
Seule, en état de choc, je ne peux m'empêcher de retenir mes larmes. Je pleure sans retenue cela me fait du bien et décharge la tension extrême qui tétanise mon corps tourmenté. Comme j'aimerais qu'il soit là ! Qu'il m'apaise, me prenne dans ses bras me dise que tout est fini. Pourtant cette épreuve, il l'a certainement voulue ? Je dois l'accepter comme j'ai accepté d'être entièrement à lui. Jamais je n'aurais cru que cela puisse être aussi difficile. Je suis loin, très loin, de mes fantasmes d'adolescente. Le collier que je porte au cou me rappelle mes devoirs et je me calme peu à peu.
La lumière est restée allumée. Et il ne faut pas longtemps pour que Kristale revienne. Elle a congédié les hommes et vient se délecter des résultats de sa petite vengeance. Elle revient vers moi, essuie mes larmes de ses doigts, prend mon visage entre ses mains et s'avance. Cette fois je ne me détourne pas. Nos lèvres se joignent. Sa langue s'introduit dans ma bouche et cherche la mienne. Je ne réponds pas au baiser. Je me suis figée dans mon refus Elle insiste et sa langue vagabonde, furète et s'enfonce plus profondément. Elle a un goût d'anis, sa salive mouille abondamment mes lèvres. Devant mon absence de réaction et de mon dégoût visible elle se retire. Elle me fixe de ses yeux bleus et a une petite moue amusée.
- C'est la première fois qu'une femme t'embrasse ?
Je ne réponds pas. Je baisse les yeux. Ma confusion parle pour moi. Kristale part dans un éclat de rire et pose une main sur mon épaule.
- Eh bien tu as encore beaucoup à apprendre !
Et aussi vivement qu'elle est entrée, sort en claquant la porte derrière elle. La lumière s'éteint me laissant dans le noir.
Le temps s'arrête encore une fois. Une éternité s'écoule avant que de nouveau la lumière s'allume. La porte s'ouvre. Eblouie, je distingue une silhouette qui passe la porte. C'est lui ! Enfin ! Mon cœur s'emballe. Un soulagement indicible me gagne. Sans un mot sans me regarder, il me détache de la table de bois, se saisit de la chaîne et me tire vers la sortie. Je suis ankylosée, je trébuche un peu et manque de tomber. Il me rattrape in extremis. Entre ses bras je craque, des sanglots incoercibles me secouent.
- Ils,... Ils,... Ils m'ont…
Je ne peux terminer ma phrase, l'émotion m'étrangle. Il me caresse les cheveux et murmure à mon oreille.
- Je sais,... Soit forte !
Sa voix tremble. C'est à peine perceptible mais j'ai perçu son trouble et mon cœur s'emballe sous l'émotion. Est-il possible qu'il soit ému ? Qu'il ait eu peur pour moi ? Qu'il partage mon désarroi ? Cette idée me galvanise, je reprends de l'assurance. Je me redresse et sèche mes larmes. Je reprends la pose jambes écartées mains dans le dos et tête baissée. Je lui signale ainsi que je suis prête. Comme un soldat au garde à vous prêt à obéir aux ordres quoiqu'il en coûte !
Il m'embrasse sur le front.
- Bravo, … Je suis fier de toi.
Sa voix a retrouvé son assurance.
Il me tire au dehors de ma cellule …