Un cri strident me tire de la torpeur profonde dans laquelle j’ai fini par tomber. Ensommeillée, Je  crois à une illusion lorsque de nouveau un cri aigu retenti dans le couloir...

Encore une fois le cri suraigu retenti, des voix et des rires graves lui répondent. Je me lève vivement et me colle à la porte, le visage contre le judas, fouillant du regard les sombres couloirs. Des ombres soufflées par la lumière des flambeaux electriques dansent sur les murs. Un claquement de porte puis un autre. De nouveau un cri étouffé ! Une supplique.
- J’en tiens une, les gars… Doit y en avoir d’autres ! …
Des hourras d’enthousiasmes couvrent la fin de la phrase.
Un frisson me parcourt et mes cheveux se hérissent sur ma nuque. Instinctivement je me rabats contre le mur à côté de la porte. Mon cœur s’emballe, et ma gorge s’emplit d’une vapeur âpre d’adrénaline. J’ai peur. Ceux qui viennent ne me semblent pas amicaux. On ouvre les portes des cellules une à une sans ménagement dans un fracas de métal. La fouille est systématique, je ne pourrai me cacher longtemps. Pourtant je me colle contre la pierre comme si je voulais m’y incruster cherchant des yeux une cachette possible dans l’étroite cellule.
- Une autre les gars !
Un cri de victoire salué par la meute… Mais combien sont-ils ? Je comprends qu’ils viennent de trouver Estelle à deux cellules de la mienne.
Et je n’ai pas le temps de me poser d’autres questions que ma porte s’ouvre avec violence et qu’une silhouette massive s’avance dans la cellule.
Inutile de vouloir se cacher plus longtemps. Je bloque ma respiration, me décolle du mur et fais un demi pas en avant, les mains dans le dos, résignée.
L’homme qui vient de faire irruption se tourne vers moi et marque un temps d’arrêt, interloqué. Il me détaille de la tête aux pieds en souriant et se mordant les lèvres. Il émet un petit sifflement admiratif en interpellant ses compères d’une voix gouailleuse
- Hé Hô ! Celle là elle est pour moi !… Je l’ai vu le premier !
Cela ne peut que déclencher la curiosité des autres qui se précipitent à la porte pour me découvrir par dessus son épaule.
Des glapissements admiratifs.
- Waoou, mignonne !
- J’adore les rouquines !
- Humm... On partage, Hein ?
Le cinquième visage qui se tend par dessus les autres, ne dit rien mais ses yeux s’embrasent. Sous la pression des regards insistant, instinctivement, je remonte mon bras droit vers ma poitrine et glisse mon poignet gauche au travers de mon ventre nu dans un geste puéril de protection.
Une voix dépitée suis mon geste.
- Elle a un bracelet rouge !
Des râles et des souffles de dépit montent de la meute.
Une voix moqueuse fuse.
- …Allons Messieurs… On ne touche pas à la D’moiselle !
Quelques protestations étouffées s’élèvent.
L’homme qui m’a découvert ne bouge pas et continue à me fouiller du regard. Il se mord les lèvres de nouveau, ses yeux brillent d’envie. Apres un moment de réflexion il se saisit de mon poignet, celui où Mon Maître a noué le lacet de cuir rouge qui doit en principe me protéger et se tourne vers ses sbires.
- Cela n’empêche ! … Elle peut assister ! … On les emmène toutes à la chapelle !
Des acclamations d’assentiment accompagnent ses paroles et il me tire à sa suite dans le couloir.

Je découvre alors Estelle et la jeune femme qu’elle avait hélée au fond du couloir. Une petite blonde à la coupe courte. Elle doit être jolie mais son visage est crispé par l’angoisse. Comme moi, et comme Estelle, elle est entièrement nue à l’exception d’un collier de cuir blanc où pend un anneau d’argent. Je reconnais là le collier des soumises débutantes, des novices. Sa poitrine, deux demi-pêches presque prépubères, se soulève à un rythme accéléré. Son ventre est parfaitement épilé et elle sert convulsivement les cuisses comme pour en barrer l’accès. Estelle elle, est tout son contraire. Une femme affirmée un peu plus grande que moi. Un collier de cuir noir patiné par l’usage et un massif anneau de fer forgé pend entre deux seins orgueilleux au bout d’une chaîne de métal sombre. Elle a la sûreté des soumises aguerries et me lance une œillade rieuse qui se veut rassurante.
Les cinq hommes sont eux torses nus seulement vêtus d’un pantalon. Je remarque que certains sont pieds nus. Celui qui tiens la jeune fille par les épaules et la pousse en avant sans ménagement est tatoué sur la presque totalité de ses bras et son torse. En riant, il lui assène une claque retentissante sur les fesses pour la faire avancer.
- Aller, avance ton p’tit cul … On est là pour s’en occuper !
Elle tréssaute sous le coup et lache un cri apeuré mais s’exécute, sous les quolibets et les rires entendus de la troupe.
Estelle nous devance sans se faire prier et mon ravisseur lui me tire par le poignet à la suite de la troupe qui s’engage dans le couloir en direction de la chapelle que nous avions traversée en venant.