Estelle et la jeune fille sont poussées sans ménagement vers le centre de ce qui me semble être une sorte de chapelle souterraine. Instinctivement elles se rapprochent l’une contre l’autre à se toucher. Les hommes font un cercle autour d’elles en les jaugeant du regard comme des loups prêts à se lancer dans la curée. Mon ravisseur me lâche le poignet.
Comme à regret, il désigne un des recoins de la pièce.
- Tu te mets là… Et tu n’en perds pas une miette !
Je gagne l’emplacement désigné. Un recoin sombre, juste à côté d’un lourd chandelier de bronze aux bougies éteintes. Comme pour le défier j’écarte les jambes et place mes mains dans le dos en une parfaite posture de soumission, sauf que je tends le menton au-delà de ce qui est permis à une soumise. Je ne sais pas pourquoi je prends ainsi une posture de défis. Par une brusque pulsion de bravade peut-être ! Peut-être ai-je conscience que mon Maître me protège, même par l’intermédiaire de ce petit bracelet de cuir rouge si fragile!
Mais quelle valeur à cette interdiction ici ?
J’ai l’impression que ces maraudeurs peuvent ne pas obéir aux lois du cercle, pour peu que leurs ardeurs les leur fassent oublier. A cette idée je me pince les lèvres et prends une attitude plus servile, à regret. Je baisse la tête mais continue à le regarder par en dessous. Son regard s’allume, il a un petit sourire narquois, me contemple un moment, puis se désintéressant de moi  il se dirige vers le groupe d’hommes visiblement de plus en plus excités. Tous se tournent vers lui. Il en est assurément le meneur et c’est d’un pas vif qu’il rompt le cercle et se pose devant les deux femmes qui baissent la tête.
Il interpelle Estelle sèchement.
- C’est quoi ton nom !
- Estelle 47… Monsieur !
Il a un temps d’arrêt.
- 47 !
Il a un hochement de tête entendu se tourne vers ses copains et leur lance.
- 47 !
Des rires de connivences fusent.
Visiblement je suis la seule à ne pas comprendre.
Les rires retombent.
Il prend le menton de la jeune fille blonde.
- Et toi... Ton nom ?
D’une petite voix timide à peine audible.
-  An…!
L’homme secoue la tête, visiblement agacé.
-  Comment ? … J’ai pas bien compris !
Elle lance d’une voix plus forte, mais éraillée par l’appréhension.
- Ange… Monsieur !
Il a un sourire et de nouveau se tourne vers ses sbires et d’une voix forte lance.
- Un ange au menu, messieurs les diables !
Nouveaux rires gras. Il fait un pas en arrière et désignant nonchalamment les deux femmes du pouce.
- Messieurs… Elles sont à vous !
Sans se concerter dans un rapide mouvement le groupe se scinde en deux. Les deux premiers hommes se saisissent d’Ange et la soulève du sol comme un fétu la portant sans ménagement vers l’autel de pierre central. Elle se débat mollement et lance un faible cri de supplication. Elle comprend l’inéluctable de ce qui va lui advenir et tente une dernière fois d’échapper à l’étreinte de ses bourreaux.
Estelle, elle, ne résiste pas. Elle sait que refuser l’invite ne peut que lui amener d’amères souffrances.  Un homme la ceinture lui ramenant les bras dans le dos et la cambre violemment la livrant ainsi à son ami dans une posture des plus indécente et riche de promesses. Docilement elle écarte les jambes sur un ventre parfaitement épilé. Elle donne ainsi son assentiment à son second agresseur qui lance sa main à la rencontre de la fleur offerte y introduisant deux doigts sans ménagement tandis que son autre main se referme sur son sein tendu au mamelon gonflé de désir.
Estelle ferme les yeux et il me semble qu’elle sourit. Elle a visiblement pris le parti de se laisser emmener par le désir de ses assaillants sans opposer de résistance.
Le cinquième homme, le meneur, observe la scène un moment comme pour en vérifier le bon déroulement, puis se tourne vers moi. Un dernier regarde furtif pour ses sbires qui s’activent sur leurs proies pour s’assurer de leur désintérêt à son égard et d’un pas mesuré mais décidé, se dirige vers moi.