Impulsivement je baisse les yeux, sans répondre. Comment d’un simple mot peut-elle ainsi me désarçonner ?  Me refaire devenir gamine timide sans autre répartie que le pourpre de ses joues. Je fais un effort pour ne pas rougir, effort vain, je ne peux aller contre ma nature. Et je sais au fond de moi qu’elle doit être satisfaite de l’effet de sa boutade.Elle s’avance d’un pas martial, se saisit de mon menton et me force à la regarder. Son visage s’avance et ses lèvres se posent sur les miennes. Inutile de résister. Sa langue force mes faibles défenses. J’écarte les lèvres et je réponds furtivement à son baiser de bienvenu en lapant l’intruse avec déférence.
Satisfaite, Kristale relâche son étreinte et fait un pas en arrière. Je baisse de nouveau le regard, juste ce qu’il faut pour ne pas toiser son regard et voir, derrière elle Laure sortir de la piscine, nue seulement parée d’un fin collier de cuir noir où pend son anneau de servitude. Elle se dirige vers nous d’un pas mesuré, ruisselante d’eau. Fascinée par la démarche féline et le déhanché de déesse de la belle italienne  j’écoute à peine Kristale qui invite Marc à prendre un rafraichissement dans le salon. Arrivée à un pas en arrière de Kristale, sans un mot, sans un bruit, la Kajira se prosterne sur le sol comme si il s’agissait de la chose la plus naturelle au monde. Elle ploie les genoux, écarte les jambes et se cambre les mains derrière le dos, baissant dévotement la tête. Ses longs cheveux de jais noirs effleurent le sol y traçant des arabesques de gouttes d’eau perlantes.

J’ai envie de lui sauter au cou ! Mais la voix autoritaire de la blonde nordique me tire brusquement de ma rêverie.
— Toi aussi Isabelle… Cela te concerne directement !
Laissant Laure sur le pavage brulant de soleil, nous nous dirigeons de nouveau vers le salon précédés de notre hôtesse.
Kristale nous désigne des canapés jumeaux de cuir blanc disposés en angle autour d’une large table basse. Mon Maître s’installe confortablement et dans un reflexe, copiant l’attitude de Laure, je m’agenouille sur le sol à ses pieds dans l’angle des sofas. Kristale nous tourne le dos, penchée sur le bar. Il ne lui faut qu’un instant pour emplir les verres d’un liquide ambré et les disposer devant nous sur la table  en s’asseyant à notre gauche sur l’autre canapé.
M’observant attentivement elle lance.
— Ton dressage semble porter ses fruits, Marc ! Ta petite chienne est bien élevée !
Elle porte son verre à la hauteur des notre.
— Trinquons à cela !
Je reste interloquée. Que Kristale me prépare un verre et qu’elle me propose de trinquer en présence de Marc à ma soumission réussie, me laisse interrogative. Mais je les imite et porte le verre à mes lèvres. Le liquide me brûle la gorge et je pose précipitamment le verre sur la table en retenant avec peine une quinte de toux parfumée d’alcool qui me remonte dans les narines.
Kristale éclate de rire.
— Tu devrais aimer ! C’est de l’Irlandais… Le meilleur de Midleton.
Puis elle redevient grave tout à coup. Et comme pour elle même en contemplant le liquide doré de son verre.
— Une fortune, très rare !... Comme toi !... Et comme celle que je vais vous présenter !
Elle repose son verre et, avec un grand sourire, interpelle Mon Maître
— Je t’avais parlé d’une surprise, Marc !
D’un geste elle coupe court à toutes tentatives d’interrogations avec un sourire énigmatique.

D’un mouvement souple elle se lève et se dirige vers la porte qui mène au boudoir. Elle l’entrebâille et lance dans l’interstice un appel bref mais puissant au accent germanique. Sans attendre elle revient vers nous et s’assoit en tailleur à côté de moi en me tapant doucement sur la cuisse. Marc pose son menton dans sa main, attentif. Comme si il essayait de deviner ce qu’il y avait derrière la porte.
Des bruits de pas feutré se rapprochent et il ne faut pas longtemps pour que la porte s’ouvre doucement sous la poussé timide d’une main qui se faufile vers la poignée. Je devine une épaule puis un regard inquiet qui scrute la pièce. S’apercevant de notre présence la silhouette a un léger mouvement de recul, comme pour fuir.
Kristale aboie alors ce qui semble être un ordre impératif.
— Kom hier !… Snel ! Approche et vite !
 Un temps d’arrêt, puis l’épaule, le torse et la silhouette gracile d’une jeune femme se montre enfin. Je reste stupéfaite par une apparition toute droite venue des légendes hyperboréennes. La jeune fille est entièrement nue à l’exception d’un fin collier de cuir tressé blanc qui laisse pendre un anneau d’or imposant. Elle cherche instinctivement à cacher le bas de son ventre et sa poitrine. Elle s’avance à petits pas la tête baissée, nous jetant de temps à autre des regards apeurés.
Sa démarche, sur la pointe des pieds, bien qu’hésitante reste souple, comme si elle marchait avec précaution sur des tessons de verre. Je devine une poitrine menue, haute et bien formée aux mamelons rose tendre que cache mal une main fine aux doigts délicats et déliés. Sa taille commence sous les seins et lui donne une allure serpentine et suave aux jambes longues et au ventre tendu.

Lorelei

Et son visage ! Mon dieu son visage ! S’il existe des anges elle leur ressemble. De grands yeux bleus azur éclairent une frimousse juvénile qui se déploie en  un ovale parfait. Un petit nez mutin surplombe une bouche gourmande aux lèvres pulpeuses discrètement vernissées de gloss rose acidulé qui appelle au baiser. Une chevelure d’un blond ivoirin est harmonieusement coiffée en de petites nattes enroulées sur ses tempes à la mode traditionnelle nordique. Je ne peux m’empêcher de la comparer à Kristale en beaucoup plus jeune, la ressemblance est frappante. Je pense qu’elle doit être bien plus jeune que moi. Troublée, je reste hypnotisée par la beauté irréelle de la jeune fille.
Elle doit le sentir  car ses joues s’empourprent discrètement d’un rose léger.
Par empathie je me mets aisément à sa place. Il n’est pas facile de se retrouver nue et détaillée de la tête aux pieds par des inconnus. Nos regards se croisent brièvement. Elle détourne les yeux mais j’ai eu le temps d’y lire la honte de l’impudeur de sa situation.
Elle sursaute lorsque de nouveau Kristale lance ce qui semble être un commandement. L’accent guttural de la blonde nordique renforce l’impression de puissance et de domination qu’a manifestement Kristale sur cette frêle jeune fille. Elle s’exécute immédiatement, se place devant Marc et écarte ses longue jambes fuselées Elle se cambre et porte ses mains dans son dos en une parfaite stature de soumission.
Je m’aperçois alors que les mains qu’elle portait devant son ventre ne l’étaient pas forcément par pudeur. En plaçant ses mains dans son dos la jeune fille a lâché une longue chaînette d’or, cachée dans le creux de sa paume, qui vient se dérouler et heurter le sol dans un petit tintement cristallin.
Intriguée j’en suis le fil brillant jusque entre ses jambes. La chaînette est reliée à un anneau d’or scellé à la crête de la lèvre de son ventre juste sous le clitoris caché dans les replis ainsi formé par l’anneau comme le ferait une fibule d’une cape de chair. Je frissonne et une chaleur se glisse entre mes jambes. Je devine à la façon dont est placé l’anneau que le moindre frémissement de la chainette le fait frotter contre le clitoris déclenchant ainsi un feu de caresses électriques. Mon idée est confirmée par la liqueur brillante qui nappe l’orifice des deux lèvres pourtant hermétiquement closes. Elle trahit ainsi de la façon la plus obscène et certainement à son corps défendant, l’excitation qui mouille son ventre.
- Je vous présente Loreleï !