A regret, je dénoue la lanière de cuir. Je m’en saisis avec respect, comme d’un objet d’une grande fragilité et, en m’accroupissant, le dépose sur le tas de mes vêtements.  Je croise le regard de Laure qui me lance subrepticement une œillade entendue. Je ne lui réponds pas. Je me redresse et machinalement regroupe mes cheveux en les tordant en une tresse improbable derrière ma nuque tout en reprenant la pose protocolaire.
Je ne baisse pas les yeux,  je sais que sans le collier, j’ai le droit.
Marc me détaille de la tête aux pieds.
Singulièrement, sans mon collier de soumission, je me sens totalement nue et vulnérable. Cette simple lanière de cuir avec l’anneau de fer qu’elle porte me donne l’impression d’être protégée et de me couvrir bien plus qu’un vêtement. En la portant ma nudité n’est que la représentation de mon état.
Son regard glisse sur ma peau et la caresse aussi surement que pourrait le faire sa main. Je frissonne sous les rayons du soleil qui commencent déjà à brûler ma peau laiteuse peu habituée a être ainsi exposée à ses ardeurs.
Mon Maitre à un petit sourire crispé qui se veut rassurant et, sur un clin d’œil rapide à mon attention se détourne, s’éloignant d’un pas mesuré pour regagner le séjour où l’attendent Kristale et Loreleï.
Je reste un moment indécise, sans injonction de sa part je ne sais pas si je dois rester comme une statue au bord de la piscine comme le ferais une soumise aguerrie. Mais je comprends que sans le collier je n’ai plus à craindre d’inconduite, et emboite le pas de Marc.

A notre arrivée dans le salon, Kristale est occupée à dénouer les entrelacs et les tresses qui ornaient la chevelure de sa protégée, libérant des flots soyeux d’or blanc.  S’apercevant de notre entrée, elle  repousse Loreleï et se lève vivement. Elle s’avance vers nous s’adressant à directement à Marc, abruptement.
—  C’est fait ?… Oui a ce que je vois !
A son tour, elle détaille ma nudité. Je glisse mes mains dans le dos pour me donner une constance assurée. Son inspection s’arrête sur mon cou et constate l’absence de collier. Elle se tourne alors vers Loreleï qui achève de se lisser les cheveux, sans nous porter attention, vautrée sur le divan de cuir blanc et aboie sèchement.
— Opstaan!
Immédiatement la jeune fille sort de son indolence lascive et se redresse, le feu aux joues. Elle s’avance d’un pas en portant ses mains devant son ventre glabre en un geste de pudeur feinte. Kristale se penche sur son cou et lui ôte le lacet de cuir blanc qui porte l’anneau d’or.
Kristale le tend à Marc.
— Elle est à vous, pour ces quatre jours et quatre nuits,  Maître Marc… Suivant nos conditions, vous me la ramènerez bien dressée et vierge !
Marc s’empare du collier et le fait disparaitre prestement dans sa poche. Il se tourne vers moi et m’empoigne le bras pour me pousser vers Kristale.
— Et voici Isabelle, qui sera à vous pendant ce même temps… Et je gage qu’elle me reviendra encore plus forte qu’av…
Kristale le coupe effrontément.
— Ou elle deviendra mienne pour toujours !
Marc a une moue agacée.
Il porte une main à son menton et réfléchit un instant.
— Je veux ajouter une close au contrat Kris !
Kristale fronce les sourcils, surprise, puis arbore un large sourire carnassier en haussant le menton, hautaine.
— Soit, Marc… Pourquoi pas ! Si cela augmente l’intérêt du jeu.
— Je crois que çà va le faire… Si dans quatre jours tu n’as pas découvert le safeword de mon dressage… Non seulement Loreleï m’appartiendra mais en plus, tu accepteras la domination d’Isabelle pendant ce même lapse de temps de quatre jours et… nuits !
Le visage de la blonde nordique se fige dans une attitude outragée et ses yeux de glace bleue se voilent un instant. Dans le même temps, je prends conscience de la portée de ce que vient de lui proposer Mon Maître. Mon cœur loupe un battement et mes jambes flageolent. Je me retiens de me tourner vers lui pour l’interroger du regard.
A-t-il conscience de ce qu’il vient de dire ! Moi ! La maîtresse de Kristale ?
En un éclair j’en envisage toute les contingences et les repousse aussitôt.
En écho à ma réflexion, Kristale s’emporte.
— Moi ? La soumise de… de … de cette… Petite gourde ?
Il n’y a plus dans sa voix le ton  taquin qu’elle mettait jusqu'alors dans les deux mots de « Petite Gourde », mais plutôt du mépris. Je devine qu’elle aussi vient de s’imaginer une fraction de seconde à genoux en face de moi, en une attitude de servile soumission.
Impensable pour la magistrale Kristale !
Elle me toise du regard. Les muscles de sa mâchoire crispée tressautent nerveusement trahissant son courroux. J’évite son regard sombre en baissant les yeux. Marc se rend-t-il donc compte que par cette nouvelle proposition  Kristale va tout faire pour, ces prochains jours, me faire servilement ânonner la phrase magique qui déverrouillera son enseignement. Pourtant Marc en ajoutant ses conditions ne fait que suivre le précepte qui évite la soumission gratuite sans but autre que le plaisir physique. Un précepte qui semble bien établie dans le cercle. Nul châtiment n’est appliqué sans que le commanditaire  ne soit également impliqué, d’une façon où d’une autre. Et Marc vient d’impliquer Kristale au plus haut point. Je ne peux m’empêcher également de penser qu’il vient de libérer contre moi, les chiens de guerre de la blonde nordique.
Kristale claque dans ses mains, me faisant sortir de mes réflexions angoissées.
— Bien ! Alors il n’y a pas de temps à perdre… Je ne vais pas vous retenir Maître Marc.
Sans la regarder, elle aboie un ordre que seules les oreilles de Loreleï peuvent comprendre. La jeune fille prend immédiatement la direction de la porte par laquelle elle était arrivée, en trottinant.
Ensuite Kristale s’adresse directement à moi
—Toi, petite gourde, tu as quartier libre !… Je raccompagne Monsieur Marc et sa soumise.
Elle n’a pas dit « ton maître ». Une première flèche pour me faire comprendre que, dorénavant et au moins jusqu'à la fin de ces quatre jours… Il ne l’était plus.

 

 A suivre : Chap. 48. Perdue, sans collier.
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