Kristale tend son bras vers mon visage, le téléphone posé à plat sur sa paume. L’écran luit doucement d’une lumière froide, menaçante. L’invite est suffisamment éloquente pour qu’elle n’ait rien à dire. Lentement, je déplie mes bras de derrière mon dos et me saisis de l’appareil. Une courte inspiration pour essayer de me détendre. Je le porte à mon oreille et lance d’une voix blanche.
— Oui.
Je ressens l’immense jubilation que porte la voix qui me répond.
— Isabelle ? Isabelle la rouquine !  C’est bien toi ?
— Oui.
Un rire gras me fait écho, un rire qui se meurt dans un hum de satisfaction.
Un court silence puis.
— On ne t’a pas appris à dire « Oui, Monsieur » ?
Je regarde Kristale qui vient de se recroqueviller sur le divan  entourant son genou replié de ses mains jointes, elle m’observe, un demi-sourire de connivence aux coins des lèvres.
— Oui. Monsieur.
Je ne mets aucune déférence dans le ton de ma voix que j’essaye de garder le plus froid possible espérant désamorcer l’excitation que je sens vibrer  au bout du fil.
— C’est mieux Isabelle !… Tu as entendu ce qu’a dit Madame Kristale, tu vas m’appartenir entièrement… Cela te fait plaisir ?
Comment donner mon assentiment alors que tout mon être rejette cette évidence. Oui, je vais lui appartenir. Il va pouvoir parachever ce qu’il a commencé dans le couloir sombre de ce même bâtiment.  Il me vient comme à l’évidence qu’il faut que je me courbe docilement aux moindres fantaisies, même les plus lubriques, du jeu de Kristale et des ses sbires. Et comment dire non alors que ses yeux de glace bleue  scrutent la moindre de mes réactions ?
Pour tenir quatre jours il faut absolument que j’évite les motifs de punition et même de simple réprimande.
Je baisse la tête et murmure sans chaleur.
— Oui. Monsieur.
— Et comme je suis quelqu’un qui aime bien partager… Pas comme ton maître ! Je vais te faire goûter les talents de mes copains...
Une onde glacée me court le long du dos. Ma nuque se raidit.
—… Combien en veux-tu ? … Suffisamment pour augmenter ton chiffre… Tu en es à combien ?
— Onze.
Je réponds sèchement et n’ajoute pas le Monsieur protocolaire. Mon interlocuteur ne relève pas, perdu qu’il est dans son délire.
— Seulement ? Et si on doublait ce chiffre  demain soir ? Une dizaine de beaux mâles rien que pour toi ? … Cela te ferait plaisir ?
Cette fois je ne réponds pas. D’ailleurs Jacques ne m’en laisse pas le temps.
— Tu vas adorer ! Je vais t’organiser une soirée dont tu vas te souvenir et je vais prendre un plaisir immense à te voir saillir par mes copains… Tu vas être notre chose… Mais rassure toi,  je te prendrai le premier… A ma façon, comme tu aimes !... Tu aimes comment ?
Mes yeux se voilent, et je me retiens de les fermer mais ne répond pas. Devant mon silence Jacques insiste. Il a déjà commencé à jouer et cette humiliation en est le préambule.
— Tu aimes comment Isabelle ?… je veux te l’entendre dire, devant Kristale !
Se couler dans son jeu, lisse et sans accrocs. Je prends une inspiration.
— Je… Par… Par derrière, Monsieur... J’aime par derrière !
Une flamme rougeoyante me monte au visage et j’observe Kristale par en dessous. Son sourire s’élargit.
Jacques éclate d’un rire moqueur.
— Tu sais ce qu’il y a de bien avec toi ?… C’est que tu restes toujours aussi prude, petite morue débutante. Je suis sûr qu’après que mes copains te seront passés dessus toute la nuit, au matin tu ne seras toujours pas dessalée...
Je frissonne d’indignation.
— … Oui ce que tu aimes c’est qu’on te bourre le cul c’est çà que tu aimes ! Et compte sur moi pour t’écarter la rondelle… Tu vas jouir comme une reine. Mais avant pour bien me mettre en forme, tu vas me sucer jusqu'à la garde et crois moi tu vas la sentir passer entre tes lèvres, ma queue… Jusqu’au fond de ta gorge…Je ne vais pas te ménager...
Je sens son excitation monter comme le ton de sa voix. Ce qu’il confirme immédiatement.
—… Rien qu’a cette idée je bande déjà comme un taureau…  Et toi Isabelle ?… Tu mouilles bien ? … Tu m’attends ?
J’avais espéré qu’il ne me prenne plus à témoin,  Espérance futile.
— Je sais que sous ton apparence d’aristocrate bien élevée tu es une petite dévergondée… Alors ?
— Je … Oui, Monsieur !
— Oui, quoi ?
— Oui, je mouille !
Jacques ne se laisse pas abuser par le ton neutre de ma voix.
— Alors, caresses toi !... Branles toi devant ta maîtresse !  Et  repasses la moi, qu’elle me raconte ! Sans répondre et soulagée de la fin de cette discussion outrageante je tends brusquement le téléphone à Kristale.
Lentement elle le porte à son oreille. Dans le même temps je glisse ma main entre mes jambes et mime mollement une caresse intime. Sans conviction. Les récentes étreintes de Kristale en ont épuisé l’envie.
Ses yeux de glace se lèvent sur moi et s’informe du lent mouvement de va et vient que j’imprime à mes doigts.
— Oui… Elle est en train !
—…
— Oui, nous descendons cet après-midi sur la côte… Nous serons à la Galiniere ce soir !
—  …
Elle ricane, moqueuse.
— Non pas ce soir… Tu es trop pressé !
C’est ce moment que choisit la longue silhouette de Laure pour se glisser en silence dans la pièce. La belle odalisque est nue, sa chevelure noire, encore humide, entortillée en une tresse improbable et ramenée sur son épaule, coule entre ses seins. Kristale s’aperçoit de sa présence et comme si elle se désintéressait brusquement de la conversation elle abrège.
— Oui ! Bien… Bon… Tu fais le nécessaire !... A demain !
Sans attendre de réponse elle referme d’un geste vif son portable et fait un geste vers Laure lui intimant d'approcher.

A suivre : Chap. 51. Les Sphères Célestes.