Distraitement j’observe la chambre qui m’a été désignée. Un peu désuète, des papiers peints fleuris et de lourds rideaux de velours mordorés qui bordent les deux fenêtres entrouvertes sur la nuit. Le jardin est encore illuminé. La piscine émet une lueur iridescente, hypnotique. Mon jeun commence à faire ses effets, je me sens légère, détachée du monde.
Le lien de chanvre me pince la peau du poignet gauche, surprise, je lance un petit cri de protestation. L’étreinte se relâche et le doigt de Laure se glisse entre le lien et ma peau pour en vérifier la tension. Nous échangeons un sourire de compassion et de compréhension. Tandis qu’elle s’affaire, mon attention se reporte devant moi. Je suis face à un lit à baldaquin lourd et massif garnie d’un volumineux édredon qui s’accorde parfaitement à la chambre, mes cuisses nues s’appuient sur le pied de lit sculpté et Laure entreprend de lier mon poignet droit à l’épaisse colonne qui soutient le ciel du lit.

— Tu veux que je t’attache ?
La question m'est posée à brûle pourpoint pendant qu’elle me faisait visiter ma chambre. Devant mon regard d’incompréhension, elle précise.
— Pour te fouetter. Tu veux que je t’attache ?
— Je… Je ne sais pas… Tu crois que c’est nécessaire ?
Elle a une petite moue rieuse en détournant le regard
— J’aimerais bien !
La candeur de la Kajira me désarçonne.
— Ha ? Alors d’accord ! Tu peux !
Et je me rends compte immédiatement que je viens de donner mon autorisation. Nous ne sommes pas ici dans un rapport de maître à soumise et cela me laisse dans l’expectative.

Il ne faut pas longtemps à Laure pour achever de me lier fermement les poignets aux colonnes du baldaquin. Crucifiée, je laisse tomber ma tête dans une attitude de totale résignation. Je joins fermement mes cuisses et me cambre pour tendre ma croupe comme se doit de le faire une soumise promise au fouet. Laure parfait ma posture en glissant ses mains sur mes cuisses pour en tendre les genoux et appuie sur mes reins pour en accentuer la cambrure. Je ferme les yeux et l’entends ouvrir un autre tiroir de la même commode où elle a trouvé les liens de chanvre. Elle revient vers moi et cette fois c’est une caresse de cuir glacé qui se met à courir sur mon dos. Une caresse, promesse de souffrance.
—  Combien ?
Sa voix est froide, impersonnelle. Comme si tout à coup elle prenait une distance avec moi. Elle a juste une tâche à accomplir dans le jeu de Kristale.
Je balbutie
— Que… Combien quoi ?
— He bien ! Combien de coups de fouet ? Six,  neuf, douze, quinze… ?
Une chape de chaleur me tombe sur les reins et mon esprit se met à tourner à toute vitesse. Quoi ! On me donne à choisir ?
Je devine immédiatement le piège et le supplice moral qu’il implique.
Trop peu et je risque le plus !
Je sais que cela va par trois. Ça, Mon Maître me l’a appris.  J’essaye de me souvenir ma dernière incartade qui a conduis à une flagellation. Je n’ai pas compté, mais je sais que cela a duré une éternité.
Je déglutis et me mord les lèvres d’indécision. Je relève la tête et cherche à voir ce que tient Laure entre ses mains. Elle a saisi mon regard et tend son bras en face de moi.
En fait de fouet il s’agit plutôt d’une badine de cuir tressé. Très mince mais nerveuse sur toute sa longueur et terminé par une fine boucle de cuir. La main de Laure en tiens fermement le manche  et l’agite doucement devant mes yeux.
— Alors ?
Je connais ce type de badine. Bien utilisée sa finesse permet des coups nombreux et terriblement cinglants sans que cela ne marque trop. Un peu comme les cordes de nylon d’une corde à sauter qui, gamine, me cinglaient les mollets et parfois les cuisses lorsque je n’étais pas assez rapide.
Je cherche à accrocher le regard de ma tortionnaire et lance avec une moue interrogative.
— Douze ?
Laure a un large sourire
— C’est ce que j’aurais choisi aussi !
 J’ai à peine le temps de voir la badine disparaître de mon champ de vision qu’un long trait de feu incendie le bas de mon dos. Le claquement de la deuxième  volée couvre mon cri de surprise et j’ai à peine le temps de me crisper de tout mon corps que déjà le troisième coup ouvre un sillon brulant au creux de mes reins.
Je suis sur le point de protester, de montrer ma désapprobation à cet assaut sans avertissement  que ma bouche s’ouvre sur un nouveau cri de douleur figé. Une nouvelle série de trois cinglées assenées sans retenue me coupe littéralement en deux.
Cette fois je cris de tout mon être et implore la Kajira de tempérer sa main.
Une sueur malsaine me couvre la peau et je tremble de tout mon corps et tente de reprendre mon souffle, haletante.
Une main fraîche se pose sur ma croupe endolorie.
— Allons Isabelle ! On en est déjà à la moitié. Tu voudrais que cela aille moins Vite ?
Je tire sur mes liens et tente de reprendre mon souffle profitant de l’accalmie. Je balbutie.
— Ho Oui !… Non ! … Non, mais …
Ma respiration saccadée parle pour moi.
La main de Laure de ma croupe glisse entre mes jambes. Les ongles de ses doigts curieux frôlent la rosette de mon anus et sans s’y attarder cherchent les lèvres sirupeuses de mon ventre offert. Tandis qu’elle tente de s’introduire  en moi, spontanément, j’écarte les jambes. Profitant de cette renonciation, elle s’enfonce sans vergogne dans le fourreau brûlant que je sais nappé de l’onctuosité du plaisir coupable, irrépressible, impossible à dissimuler à sa main
Elle a un petit rire de complicité et se penche sur mon oreille en murmurant.
— Cela te fait toujours cet effet là, le fouet ?
Honteuse d’exposer ainsi le plaisir que je prends sous sa main, je gémis dans un soupir de résignation coupable.
— Oui !
Gardant deux doigts profondément enfoncé en moi elle entame, de son auriculaire replié, un mouvement rapide, frictionnant le bourgeon turgescent de mon clitoris outrageusement gonflé. L’effet est immédiat. Une envolée de  papillons électriques  crépite dans mon ventre tourbillonnant jusque dans ma nuque. J’inspire profondément  pour masquer un soupir de plaisir.
— On continue ?
Je reprends un peu mes esprits, mais cherche à rester dans la vacuité doucereuse de ses caresses.
— Je… Oui… oui
je dernier oui meurt sur mes lèvres, comme à regrets. Ses doigts se retirent lentement pour aller enduire le manche de la badine de ma liqueur de cyprine. Je resserre les jambes pour protéger la tendre fleur des coups qui ne manqueront pas de la flétrir si je la laisse ainsi exposée.

— Sept !
J’ai à peine le temps de comprendre que Laure reprends le compte à haute voix qu’une traînée de feu cingle le bas de mon dos, juste à la limite de la taille.
— Huit !
Une lame rougie s’abat sur le haut de mes cuisses au pli le plus tendre. J’ai un rictus de douleur mais je retiens un cri en inspirant farouchement de l’air entre mes dents serrées. Je me hisse sur la pointe des pieds en attendant le coup  suivant qui je le sais ne vas pas se faire attendre.
— Neuf !
J’ai l’impression que la lanière de cuir me coupe en deux. Laure n’a pas retenu sa main et la badine a ouvert un nouveau sillon de feu juste au dessous du premier coup encore cuisant. Cette fois je ne retiens pas mon cri et je rue, me tortille sous la douleur. Mais les liens de chanvre me maintiennent fermement au baldaquin et mes  vaines confortions ne me feront pas échapper à la prochaine volée.
— Dix !
Courage ! Je serre les dents tandis que la lanière s’écrase au beau milieu de mes fesses
— Onze !
Un trait de feu grésillant manque de peu ma fleur exposée mais protégée entre les deux globes protecteurs qui encaissent les dommages du coup à sa place. Je ne retiens pas une larme qui roule et s’écrase sur le pied de lit de bois sculpté. Mais je ne crierais plus !
— Douze !
Je reçois avec soulagement la dernière morsure de braise qui me fait ployer les genoux sous le choc. Pour la dernière, cette fois encore, Laure ne s’est pas retenu.

C’est enfin fini !
Je me redresse et dégluti avec peine. Une feu intense court sur mon dos et incendie mon ventre et mon entrejambe. Je ferme les yeux pour goûter l’embrasement sourd d’un  plaisir trouble qui me laisse abasourdie.
Laure entreprend de me délier.
Mes bras retombent le long de mon corps. Instinctivement, je passe mes mains sur mes hanches et mes fesses à la recherche des scarifications que le fouet n’a pas manqué d’y laisser et me dirige vers le miroir qui orne un immense bahut de chêne cérusé en face du lit. Je me cambre lui offrant ma croupe et me contorsionne pour contempler par-dessus mon épaule l’étendue du ravage.
A mon grand étonnement je n’y contemple que de longues estafilades roses sur ma peau de lait qui s’estompent déjà. Bien plus vite que le feu intérieur qu’elles ont allumé. Je me retourne vers Laure ravie que son ouvrage n’ait pas défigurer mon dos.
Elle me répond d’une voix enjouée.
— Cela te va ? Tu es contente ?  Je ne t’ai pas trop abimée ?
— Je… Non ! Non… Merci !
Elle jette nonchalamment la badine dans un coin de la pièce.
— Du bon travail… Et tout travail mérite salaire !
Le plus naturellement du monde elle dénoue le peignoir qu’elle porte depuis sa sortie de la piscine. Il glisse à ses pieds la laissant nue. Sans se retourner, elle s’assoie sur le lit et d’un lascif mouvement de reptation sur les coudes s’enfonce dans l’édredon se calant au beau milieu du lit, offerte, comme le serait un bijou de chair  au milieu d’un écrin de satin. Impudique, elle écarte largement les cuisses dévoilant un fruit charnu parfaitement glabre fendu de pourpre qui laisse sourdre un filet de jus opalin. Elle aussi a pris son plaisir à me fouetter ! Et l’invite est clairement faite de le lui prolonger d’une manière la plus douce.
— Viens là !
Ses yeux sombres pétillent de malice et c’est comme hypnotisée par la sculpturale Kajira je m’approche lentement du lit. Je  butte contre le montant de satin et y pose un genou. Je me penche. Un parfum intense de cannelle et de musc me monte au visage. Je bascule au ralentie en montant mon deuxième genou sur le lit et m’y voici cul par-dessus tête à y happer à pleine bouche le fruit offert. Mon cœur chavire lorsque mon menton se mouille et que mes dents rencontre le clitoris turgescent déclenchant une ruade de Laure qui se cambre et enfonce ses doigts dans mes cheveux roux, me forçant à boire à la source qui, je le sais, loin de les éteindre, ne pourra qu’embraser un peu plus les feux de la nuit.

A suivre : Chap. 54. Une biche aux abois.