Je sursaute et me retourne vivement. Mes yeux confirment ce que j’avais entendu.
C’est Kristale !
Elle n’est pas seule.
Elle est accompagnée d’une femme que je connais. Nous nous sommes brièvement croisées a la Colombière l’année dernière.*
Toute vêtue de noir, les cheveux aile de corbeau aux reflets métalliques et un maquillage charbonneux. Elle tranche étrangement avec la blondeur ivoirine et l’ensemble de lin blanc de Kristale. Elle a une trentaine d’année peut être plus et son accoutrement me semble parfaitement étudié pour s’accorder avec le pelage du dogue noir qu’elle traine au bout d’une imposante laisse de cuir patinée par l’usage qui, après examen détaillé, se révélera être un long fouet de cuir tressé transformé en laisse.
C’est Maud, accompagnée de son molosse !
Laure et moi nous levons d’un seul élan de nos transats et prenons une pose respectueuse. Kristale dépose sur la table la plus proche un sac de plage qu’elle portait en bandoulière, et lance sans nous regarder.
— Alors ? Cela s’est bien passé ?
Aucun salut, aucun geste de courtoisie, de retrouvailles, tout se passe comme si son absence avait été effacée.
Elle fait un pas en avant.
— Viens là Isabelle !
Sans hésiter je vais à sa rencontre. Arrivée à sa hauteur elle me saisit par le coude et me force à me retourner. Je comprends que c’est pour s’assurer que Laure a bien suivie ses directives. Par-dessus mon épaule elle lui lance.
— Hé bien ! C’est une petite fouettée pour jouvencelle que tu lui as donné…
Perspicace, elle continue.
— Vous avez joué, n’est ce pas ?
Elle s’adresse à Laure qui ne ment jamais.
— Oui, Madame !
Elle prend alors Maud à partie.
— Regarde-moi çà ! Qu’est-ce-que tu en penses ?
Elle me tourne de nouveau pour présenter ma croupe à son amie. Je me retiens de lever les yeux au ciel. Je suis la seule à être nue et il est des plus humiliant d’être ainsi montrée comme un bibelot. Je garde la tête baissée et les mains jointes sur mon ventre en une attitude marquant ma résignation, le poing gauche dans ma main droite. Maud s’approche. Le dogue la suit et se met à me flairer les mollets. Je serre les dents. J’ai peur des chiens. La truffe froide insiste et se balade jusque au dessus du genou, puis m’abandonne, soulagée.
— Quand a été donnée la punition ?
Laure répond immédiatement
— Hier soir, Madame !
« Madame ». Maud a donc bien le statut de maîtresse.
— Effectivement, ce n’est pas bien méchant… Tu as retenu ta main ?
Mon visage se décompose. On voit bien que ce n’est pas elle qui a reçu les coups.
Laure qui me fait face tente de se justifier, se tourne vers Kristale.
— J’ai pensé qu’il ne fallait pas trop la… défigurer… pour ce soir !
Kristale n’est pas convaincue par l’argumentation.
— Mouais ! Bien !  On va remédier à çà ! Laure, va me chercher la cravache… Et pas la badine hein !… Trop fine !
La Kajira s’éloigne avec empressement.
Kristale me saisit par le bras et me traine jusqu'à la table libre la plus proche.  Elle empoigne mes cheveux, les regroupe au dessus de ma tête et tirant dessus me force à me pencher sur la surface métallique. Mes seins entrent en contact avec la surface glacée, mais je ne proteste pas. D’un même geste elle s’empare de mes mains et me les ramène dans le dos. La bascule me fait poser la joue sur le métal froid  mes cheveux retombent sur mon visage et m’aveuglent. Je plonge dans une vapeur de lumière pourpre qui sourd entre mes mèches rousses. Je sais pourquoi je suis ainsi exposée. Je garde les jambes serrées.
—Cela te dit d’exercer tes talents sur ce joli cul, ma chérie ?
La réponse de Maud ne se fait pas attendre
— J’y pensais justement.
—  Viens, caresse-moi çà ! Comme elle est douce !
Une main froide se pose sur mes reins et parcourt les globes de mes fesses outrageusement projetés comme pour en jauger les possibilités.
— Cela va être un vrai plaisir. Elle donne vraiment envie.
Tout en continuant à me tenir les poignets fermement Kristale se place face à moi en s’asseyant sur une chaise libre. Son visage se rapproche, je sens son souffle sur ma nuque prés de mon oreille. Elle murmure.
— Maud va s’occuper de toi !
— Tu ne veux pas que j’utilise mon fouet ?
Et je sens la laisse du chien qui se promène sur mes cuisses tendues.
Kristale a un moment d’hésitation
— Non ! Çà va être un peu fort ! Laure a raison, il ne faut pas trop la défigurer  pour ce soir… D’autant plus que ces messieurs vont lui administrer une autre volée.
Je me pince les lèvres pour ne pas penser à cette échéance.
Je n’ai pas entendu les pas de Laure, Féline.
— Merci Laure !
— Une barre de cuir se pose sur le haut de mes fesses s’y appuyant fortement pour bien me faire comprendre que c’était là l’instrument de mon prochain tourment.
Maud s’exclame.
— Je veux qu’elle compte !
Le souffle de Kristale sur mon oreille.
— Tu as compris Isabelle ?
Bien sur que j’ai compris, Maud veut ajouter mon humiliation à son plaisir. Mais je ne réponds pas à Maud et murmure à l’intention de Kristale.
— Oui, Madame !
Maud a perçu mon acceptation du bout des lèvres et c’est une trainée de feu qui y répond. Je sursaute de tout mon corps, me cabre violement et  ne peux retenir une ruade et un cri de douleur tellement le coup est violent.  Sursaut jugulé par l’étreinte de Kristale sur mes poignets. Mon visage retombe sur la table. J’halète de souffrance tandis qu’un feu liquide sourd de la morsure de la cravache et se répand sur mes reins. Je fais une grimace et mon corps se tend comme un arc en attendant le deuxième choc.
Mais il ne vient pas.
—Alors ?
Kristale me rappelle à l’ordre. Je dois égrener les coups de mon tourment.
Je souffle
— Un !
— Plus fort !
— Un !
— Crie-le !
— UN !
A peine hurlé le début du décompte qu’un nouveau sillon de feu s’ouvre sur le haut de ma croupe. Encore une fois la douleur vibrante est si intense que je ne peux m’empêcher de hurler. Ma raison s’abolie. Croyant m’attirer les bonnes grâces de Maud mon cri se termine par un…
— DEUX !
Cela n’a pas attendrit mon bourreau, qui n’a cure des larmes qui jaillissent de mes yeux écarquillés par la souffrance.
—TROIS !
Le monde se recroqueville et se réduit au bas de mon dos et de l’incandescente douleur qui irradie a la surface de ma peau.
— QUATRE !

— CINQ !
Au fil des coups La douleur s’estompe laissant place à une sorte de vacuité de mon corps. Je ne serais bientôt plus qu’une plaie ouverte qui reçoit le stick de cuir à pleine volé sans sourciller, parce que la douleur accumulée est plus forte que celle reçue. Même mes hurlements s’estompent et finiront par mourir.
— Neuf !
Je n’arrive plus à crier et ma raison vacillante n’arrive même plus à souhaiter que cela s’arrête. Seul le fil de mon décompte me rattache encore à la réalité
— Qua..tor.. ze !
Je perçois à peine la voix de Kristale qu'estompent les brumes délétères de mon supplice.
—Attends ! Arrête !
Elle s’adresse à Maud.
Me laissant groggy, elle se lève, me lâche les mains qui retombent de chaque cotés de mes hanches, inertes, puis crie d’une voix forte.
— Bonjour, monsieur Hector !… Je vous ne vous avais pas vu… Vous allez bien ?...
Derrière moi une voix lointaine, inintelligible, lui répond.
Elle insiste.
— Approchez donc !
Mon sang se glace.
Comme par enchantement la brulure de mes reins reflue et la douleur résiduelle s’estompe en une sourde chaleur palpitante. Instinctivement je serre les genoux. Le jardinier que j’ai croisé dans le jardin, a qui j’ai servi mon image la plus prude, la plus timide et embarrassée. Celui a qui je m’évertuais de cacher au mieux ma féminité et surtout les marques de ma croupe, va me voir entièrement nue, renversée sur une table de jardin, les fesses striées, projetées, offertes à la contemplation de tout à chacun, impudique.  Je me pince les lèvres de frustration et plisse les yeux pour en expulser les dernières larmes qui s’écrasent sur la table.
Des pas lourds et trainants, se rapprochent derrières moi.
Kristale a le don, et le goût,  de me mettre dans les pires embarras.
— M. Hector ! Toujours aussi matinal !
Une voix bourrue mais respectueuse lui réponds.
— Il faut bien çà M’dame, après il fera trop chaud… Je viens de terminer la taille du cornouiller… Il a gelé ce printemps… Il ne fera pas de fleurs.
—C’est bien dommage ! C’est rare les gelées ici, pas de chance ! Peut-être faudra-t-il le changer de place !
— Oui M’dame, çà serait préférable, peut-être le mettre prés du…
Je m’échappe dans mes pensées tout en essayant de ne pas bouger, réduisant même ma respiration au minimum. Se faire invisible, du moins en esprit. Comme si mon immobilité pouvait détourner l’attention du jardinier de la jeune fille nue qui lui tourne le dos et lui offre le spectacle de son humiliation.
— Elle est jolie n’est ce pas ?
L’homme a un raclement de gorge.
Je l’imagine embarrassé par Kristale qui vient de surprendre un regard furtif sur ma croupe offerte, pendant leur conversation horticole.
— Oui M’dame… Je lui ai déjà dit… Tout à l’heure !
— Ha ! Vous vous êtes déjà rencontré ?
— Dans le jardin M’dame !
Un silence puis elle lance à brûle pourpoint.
— Elle vous fait envie ?
Je me pince les lèvres un peu plus fortement. Maud vient s’assoir à ma droite et s’accoude sur la table. Elle repousse mes cheveux sur ma nuque pour contempler mon visage en silence et me lance un clin d’œil, elle a deviné le jeu de Kristale.
Le jardinier a un silence embarrassé.
— Elle ne vous tente pas M. Hector ?
— Oh que oui, M’dame ! Mais je ne sais si...
Kristale pose une main sur mon épaule et ne lui laisse pas le temps de terminer.
— He bien, elle est à vous !
Elle semble se raviser, et s’adresse directement à moi.
— Enfin ! Si Mademoiselle Isabelle n’y voit pas d’inconvénient !... Si elle ne prononce pas les mots que j’attends d’elle !
Nous y voilà ! Je sais que Kristale utilisera tous moyens pour me faire révéler le mot de passe qui verrouille ma soumission. M’offrir en pâture au vieux jardinier de la maison et m’humilier un peu plus, en fait partie.
— Alors, Mademoiselle ?
Malgré la honte intense qui s’empare de moi, et consciente de ne pas faillir à mon Maître, je n’hésite pas.
— Oui, Madame !
Kristale est surprise.
— Oui… Quoi ?
Pense-t-elle que je vais lui donner ce qu’elle attend de moi ?
— Oui… Je n’y vois pas d’inconvénient, Madame !
Et intérieurement, résignée, je me prépare déjà à l’assaut qui ne va pas manquer de se produire.
Elle  réplique immédiatement, comme pour elle-même.
— Oui bien sur, je ne m’attendais pas à cela aussi facilement. Tu préfères faire ta chienne jusqu’au bout… On verra bien çà !
Puis elle s’adresse directement au jardinier.
— Elle est à vous Hector ! Elle est d’accord… Mais s’il vous plait, n’enlevez pas vos gants, cette jeune fille à du piquant !
Je sens un mouvement derrière moi. Un temps de latence, un grognement dépité d’Hector.
Amusée, Kristale s’exclame.
— Ha oui, je vois!…Comme la derniere fois ?... Laure tu aides Monsieur Hector ! Mets le en forme et introduit le !
Laure s’approche, ses longs cheveux frôlent mes cuisses et je devine qu’elle s’agenouille.
Je ferme les yeux et imagine la Kajira s’exécutant, ouvrant le pantalon de velours côtelé du jardinier et s’activant des lèvres de son mieux pour affermir la virilité déclinante du vieil homme. Et je sais qu’elle est maitresse en la matière.
Le silence se fait autour d’un discret bruit de succion et des grognements montant de l’homme. Parvenue à ses fins, Laure se relève rapidement, sa main glisse entre mes jambes. Pressée, elle me griffe peu mais ce n’est rien en comparaison du feu qui a envahi tout mon postérieur et pulse sourdement. Je sens ses doigts qui écartent sans ménagement mes lèvres humides et y présente le gland d’ivoire qu’elle a poli consciencieusement de la bouche. Ainsi guidé l’homme n’a plus qu’a forcer l’entrée moite qui lui est offert.
Ce qu’il fait avec précipitation. Sa progression est fulgurante. Peu sûr de la duré de ses capacités, il veut manifestement en profiter pleinement. Et c’est en un instant qu’il se loge à l’intérieur de mon fourreau, si fichant profondément. Sous l’âpreté de l’assaut, mes cuisses cognent contre la table de fer. Je serre les poings et me mords un peu plus les lèvres. Malgré son âge il a une taille suffisante pour me combler au plus profond et assez de vigueur pour me le faire sentir. Ses deux mains gantés de cuir râpeux s’emparent de mes hanches et tire violement dessus pour augmenter encore un peu plus sa pénétration. Parfaitement installé en moi il entame alors un pilonnage frénétique rythmé par un borborygme incompréhensible dans lequel je crois deviner les compliments qu’il me destine. — Hooo ! la salope… La pt’ite salooope, hmm, Hmm, la salope…
 Il n’a fallu qu’un instant pour que le jardinier affable, le courtois vieil homme, emporté par son désir libidineux, perde toute retenue et se transforme en satyre rustique à l’empressement grossier.
Mon esprit s’évade, et flotte au dessus de la scène du jardinier chapeau de paille élimé vissé sur la tête, la verge à peine sortie de son pantalon de velours plantée entre mes jambes, qui me pilonne consciencieusement dans des râles gutturaux. Laure s’est détournée, aussi indifférente à ma déchéance que le grand chien noir couché paresseusement  à ses pieds. Maud et Kristale le sourire triomphant, hautaines, affichant un feint écœurement, échangent des clins d’œil complices par-dessus mon corps offert au caresses rugueuses des gants de cuir, contentes de l’épreuve supplémentaires qu’elles m’imposent.
Tous cela je n’en ai cure…
Je m’échappe…
Comme à mon habitude !

* Une Saison d’Airain, Chap. 50. Canary Bay.

A suivre : Chap. 56. La Meute.