Je passe lentement la main autour de mon cou et ferme les yeux échappant un instant à l’intense lumière du soleil reflétée par le travertin qui borde la piscine. Mon esprit divague. Que fait Marc en ce moment ? En compagnie de l’espiègle Lorelei, je ne peux que deviner et me référer à mes premiers instants de dressage, mes premier émois de soumise !
Je m’humecte les lèvres.
— Ton collier te manque ?
Ma main retombe vivement comme brulée par le contact de ma peau.
J’entrouvre les yeux et contemple Kristale.
Elle est allongée nue sur le transat, nonchalante. Malgré sa blondeur nordique elle ne semble pas craindre le soleil. Un losange de fourrure renaissante blonde artistiquement taillée en losange brille comme de l’or sur son pubis et l’aigue-marine nichée dans le creux de son nombril lance des éclats de feu à chacune de ses respirations. L’aréole des seins du tendre rose est passée au brun sous la caresse de Phébus. Pour ma part je me suis réfugiée sous un immense parasol considérant qu’il n’était pas nécessaire d’ajouter à la cuisante brulure du fouet le feu du soleil à ma peau blanche de rouquine.
Je ne sais trop que répondre, mais le ton  me semble être à la confidence.
— Je… Oui, un peu !
— Tu penses à Marc ?
Cette fois, elle prend un ton agacé. Je la surprends une fois de plus à deviner mes pensées avec tant de facilité.
Je réponds du tac au tac.
— Oui !
Elle ricane méchamment
— Si tu crois que lui pense à toi en se moment ! Ma petite protégée doit occuper toute son attention… et ses soins !
Elle se redresse brutalement.
— Allez, lève toi  et va t’habiller !… On va aller te choisir un collier.
Sûre d’être obéis et se désintéressant de moi, elle s’adresse à Maud paresseusement allongée sur le bord de la piscine à même le sol.
— Tu viens ma chérie, on va en ville !
Je me lève en même temps qu’elle et trottine vers ma chambre.

Sans un mot, sans même qu’on lui ait demandé, Laure m’a suivi comme mon ombre. Comme je ne trouvais pas mon jean, ni d’ailleurs aucun autre de mes vêtements, elle m’a conduit dans un vaste dressing et m’a tendu sans un mot, un tee-shirt blanc et une de ces petites jupettes plissées que l’on met pour jouer au tennis, courte, bien trop courte à mon gout… Rien d’autre.
Maud et Kristale me font prendre place à l’arrière de l’imposante berline noire qui les a amenées à la Galiniere.
Maud a pris le volant.
Kristale jette de fréquent coup d’œil au miroir de courtoisie qu’elle a orienté pour me surveiller. Malgré la climatisation, mes fesses nues collent sur le cuir de la banquette arrière et je me soulève alternativement de gauche à droite pour tenter de réduire mon inconfort. Cela a l’air de l’amuser. En me balançant, Je me serre le plus possible contre la portière, m’éloignant instinctivement du dogue noir couché à ma droite sur un plaid couvert de poils.
Elles se sont rapidement concertées à voix basse et mi le cap sur Sète tout proche, Et a l’allure à laquelle conduisait Maud, il n’a fallut qu’un moment pour s’y rendre.
 Le long du quai, armées de grands sacs de toile de jute les deux compères font leurs  emplettes. Je les suis docilement en compagnie du chien indifférent. Nous nous dirigeons vers le môle lorsque brusquement sans se concerter  elles s’engagent dans une rue adjacente en pressant le pas. Encore un détour et elles s’engouffrent dans une boutique un peu à l’écart des commerces du port.
 C’est une petite animalerie, un peu comme ces épiceries de quartier qui proposent sur quelques mètres carrés le stock d’un supermarché et dans lequel on trouve toujours exactement ce qu’on cherche. Le magasin est dessert. Un homme est assis derrière le comptoir, plongé dans son journal. Il lève le nez et son visage s’éclaire. Il nous salut courtoisement.
Kristale abrège rapidement.
— Nous cherchons un collier ! Fin mais solide… Avec un grelot !
L’homme baisse les yeux vers le mastard de Maud, étonné.
— Fin ?
Kristale rit de bon cœur
— Non ! … Ce n’est pas pour lui… C’est pour Elle !
Et  elle me désigne en posant une main sur mon épaule et me poussant vers lui.
Je ne peux contenir une flambée de honte qui me monte au visage comprenant ce que vient de suggérer Kristale. Je baisse rapidement les yeux et me mord les lèvres. L’homme semble interloqué.
Kristale continue, amusée.
— Oui … vous savez, hein !?  Ces gothiques raffolent de ça !
Il se ressaisit et sourit en me contemplant en soulevant un sourcil soupçonneux.
— Ha ! …Oui çà arrive des fois !
Il ne fait pas de remarque sur ma tenue de midinette qui n’a vraiment rien de gothique. Il désigne un rayon où sont pendus en vrac de nombreux colliers de toutes tailles et de toutes matières.
Kristale exulte.
— Parfait ! Merci ! Nous allons en essayer quelques uns !
Gentiment mais fermement remercié, l’homme regagne sa caisse en reculant et ne me quittant pas des yeux, un demi sourire et un froncement de sourcil interrogateur.
A-t-il deviné à quel jeu venait se livrer Maud et Kristale dans son magasin ? Est-t-il au courant de leur état et du mien ?
En lui jetant subrepticement un coup d’œil pour m’assurer qu’il ne nous regarde plus, je glisse mes mains dans le dos et tend le cou.
Les deux complices s’amusent visiblement à me passer un à un toute la panoplie des colliers. Leur choix finit par se porter sur un modèle de cuir rose sertie de clou fantaisies régulièrement disposés. Un petit grelot de fer blanc vient rapidement agrémenter le tout. On me tend un miroir de courtoisie. Je retiens une grimace de dépit. Cela n’a vraiment rien à voir avec les colliers sophistiqués dont Marc me pare et le grelot de soumise débutante ajoute à ma déconvenue.
 — Il te plait ?
Inutile de froisser Kristale. Qui sait de quoi elle serait capable ici ! Elle m’a déjà offerte à son jardinier, le commerçant affable qui tient le comptoir m’acceptera certainement comme paiement.
Je hoche rapidement la tête.

Quel drôle d’équipage a défilé dan les rues bondées de touristes qui, finalement, ne portait pas trop attention à nous. Mes deux préceptrices ouvrent la marche en fendant la foule, altières, trainant le dogue noir au bout de la laisse-fouet et moi je les suis en trottinant le grelot de mon collier tintant doucement, tirant constamment sur ma jupe si courte comme pour l’allonger et empêcher la brise marine, coquine, de soulever le minuscule carré de tissus et d’en dévoiler mon intimité nue à la cohue.
La journée est passée ainsi en futilité mercantile, J’ai même fini par me piquer au jeu et me suis prise a fouiner dans les étales, dés que je m’arrêtais sur un article Kristale me demandait si cela me plaisait et au moindre signe d’assentiment le fourrait dans son sac.
Ce n’est que lorsque la brise de mer a fraichi et que les sacs ne pouvaient plus accepter d’autres marchandise que nous avons quitté le port. Mon ventre ne crie plus famine lassé d’attendre quelque nourriture et se contente du simple thé sucré pris à la terrasse d’un café. Fatiguée, assommée de bruit et de cohue, je me cale et m’assoupie  au fond de la berline.

— Ils sont là, Madame !
Laure est venue à notre rencontre ouvrant la portière à Kristale.
— Déjà ?... Tous ?
— Oui, Madame !
Tout semble s’accélérer alors. Je sors à peine de ma torpeur, la tête bourdonnante d’un mauvais réveil,  mais je comprends alors que le moment est venu.
— Tu passes par derrière, tu l’emmènes et tu la prépares, on l’attend au grand salon, le temps de se rafraichir.
Sans un mot, la Kajira a un hochement de tête et faisant le tour de la voiture, ouvre ma portière et s’empare de mon poignet gauche m’entrainant vers la porte de service. C’est presqu’en courant que nous gagnons la salle d’eau de l’étage.
Une douche froide achève de me réveiller totalement. Laure me sèche délicatement mais avec empressement. Elle souffle mes cheveux pour les sécher et les ramène au dessus de ma tête en une queue de cheval haute perchée. Armée d’un énorme pinceau de martre et d’une boite de poudre, elle mate ma peau sur tout le corps d’un léger voile parfumé. Son geste se fait plus tendre lorsqu’elle applique un gloss transparent sur me lèvres et la pointe de mes seins qui s e dressent sous la caresse. Toujours sans un mot, sont travail achevé, elle m’inspecte de la tête au pied en me faisant pivoter sur moi-même. Elle passe un doigt sur la marque de fouet qui file sur le haut de mes reins comme pour tenter de l’effacer.
Je la regarde faire dans le miroir. Les marques ont pali mais on les distingue clairement malgré le soin apporté par la Kajira à rendre mon corps lisse.
Son geste la rend songeuse mais elle se ressaisit rapidement. Elle s’assure que mon nouveau collier est en place avec une grimace circonspecte. Elle fouille dans la penderie et en extrait un long peignoir de satin vert émeraude qui s’accorde parfaitement a la rousseur de mes cheveux mais jure grossièrement avec le rose de mon collier. En nouant la ceinture elle s’assure du parfait tombé du tissu sur mes hanches et mes épaules. Je me sens comme une poupée que l’on vient d’habiller pour la représentation
 Laure fait un pas en arrière pour me contempler.
— Ton collier est moche !... Mais toi tou es bellissima !
Et avec un sourire me dépose un baiser sur le front.
Laure m’entraine vers l’escalier qui mène au salon. Elle m’arrête sur le pallier. De la salle en contrebas montent un brouhaha feutré, troublé par quelques éclats de rire gras, forcés.  Le grondement sourd et menaçant d’un ressac sombre qui annonce la tempête.
Gravement la belle italienne  s’assure de nouveau de ma tenue et sans un mot me désigne de la main les degrés qui descendent dans la fosse où m’attend la meute.

A suivre : Chap. 57. Elle