Peu à peu, au fur et à mesure qu’elle descend l’escalier les derniers éclats de voix se meurent. Le silence se fait, à peine troublé par le tintement métallique du grelot qui pend à son cou. Les visages se lèvent vers elle. Elle n’ose pas regarder le groupe qui s’est brusquement immobilisé. Elle garde la tête baissée, fixant les marches qu’elle doit franchir une à une. Le cœur battant à tout rompre, lentement, résistant à une force invisible qui l’entraine vers le bas, elle pose ses pieds nus sur les degrés comme pour s’assurer de leur solidité avant de progresser. A trois marches du sol elle se risque à relever la tête et glisse un rapide coup d’œil en contrebas.
Ils sont là !
Ils l’attendent. Presque cérémonieusement. D’ailleurs leur accoutrement est celui d’une cérémonie. Ils sont tous vêtus d’un même peignoir blanc immaculé. Elle se refuse à les compter, mais ils sont nombreux bien plus qu’elle ne pouvait le concevoir. C’était tellement abstrait jusqu'à maintenant. Ils sont tous debout dans l’attente sauf deux femmes assises sur un sofa devant une table basse chargée de verres et de bouteilles de champagne. La plus altière, magnifique,  assise avec sophistication sur le rebord du divan porte son verre à ses lèvres tout en la détaillant de ses yeux de glace bleue. Instinctivement la jeune fille cherche le visage rassurant de la belle italienne qui l’a conduite ici. Elle se retourne à demi et lève les yeux vers le haut de l’escalier.
Personne !
Se méprenant sur son geste de recul la femme blonde se relève d’un coup en posant son verre précipitamment, elle franchit en quelques enjambées l’espace qui la sépare d’elle et s’engage sur l’escalier lui saisissant le poignet  prévenant ainsi tout retour en arrière, tout refus. Cette main froide sur son poignet scelle son destin. Elle ne peut plus faire demi-tour. Une traction lente mais ferme sur son bras l’oblige à achever sa descente. La femme aux cheveux de lin l’entraine vers le groupe d’homme  et, dans un mouvement de danse fluide, lâche sa main,  passe derrière elle, la pousse par les épaules,  l’oblige à faire encore un pas puis un autre, mécaniquement, vers les visages qui la suivent dans sa progression.
La femme se penche à son oreille et lui murmure  doucereusement des mots qui lui offrent une porte ouverte qui l’éloignera de ces hommes et ce qu’ils attendent d’elle.
Elle ne répond pas, se contentant de baisser la tête.
Le visage aux yeux d’aigue-marine se durcit. Elle la pousse dédaigneusement vers la meute  et d’un même mouvement regagne sa place sur le sofa, reprenant son verre, se désintéressant de son sort.
Maintenant seule la supplique hurlée de la jeune fille la sortira de son indifférence.

Dans un silence, seulement troublé par le battement de son cœur et la saveur acre de la peur au fond de sa gorge, comme un automate, les mains jointent nerveusement devant son ventre,  elle fait un pas vers les hommes figés dans leur attente.
Encouragés, ils se rapprochent et font cercle autour d’elle. Des mains se tendent.
Leurs gestes sont interrompus par un glapissement bref venu de derrière leur ligne compact
On leur enjoint de patienter.
Celui qui a osé briser le silence, s’avance, fendant le cercle et se campe devant elle. Il a un sourire narquois, satisfait. Cet homme elle le connait ! C’est lui qui a fait que tous sont réunis autour d’elle. Et elle lit dans ses yeux brillants de fièvre l’immense satisfaction de leur retrouvaille. Sans se départir de son sourire il tend deux doigts vers la ceinture de satin. Elle sait ce qu’il veut et laisse retomber ses mains de chaque cotés de ses hanches lui signifiant son assentiment.  Il s’empare d’un des bouts du ruban et tire dessus sèchement. Dans un doux chuintement la ceinture se dénoue et le peignoir de satin s’entrouvre  comme un calice, dévoilant à demi la rondeur sensuelle de ses seins et son ventre tendu. Cela ne lui suffit pas. D’un geste rapide du plat de la main, comme pour épousseter ses épaules,  il repousse les épaulettes du peignoir.  Le voile glisse avec légèreté sur le sol à peine retenu par les mains de la jeune fille.
La voici nue, fragile, au milieu du cercle menaçant qui se referme sur elle.
Elle frissonne, et instinctivement dans un geste de pudeur resserre ses mains devant son pubis glabre. Des murmures d’approbation, des petits rires retenus de connivence saluent l’apparition de son corps dénudé. Ils saluent la beauté dévoilée et convoitée car elle est belle dans sa retenue naturelle et elle le sait. Elle sait aussi que ces hommes sont là pour çà ! Pour s’approprier et plier à leurs désirs les plus bestiaux la poupée à la peau de lait et à la chevelure rousse qu’on leur offre en pâture. Une myriade de regards court sur sa peau, cela en est presque physique. Des frôlements concupiscents qui précédent leurs caresses indécentes.
Elle se pince les lèvres et relève la tête vers l’homme qui vient de la dévêtir. Elle prend une profonde inspiration qui fait refluer le rose de ses joues et entrouvre ses lèvres qui appellent aux baisers.
Encouragé, l’homme se penche sur elle, cherchant sa bouche.
Elle détourne vivement la tête refusant le baiser, mais elle n’esquisse pas de fuite, elle ne veut pas se lier à cet homme, ne pas lui donner le moindre signe d’estime.
Un grondement parcours le groupe et des rires amusés fusent.
La petite à du caractère.
Vexé, l’homme fait un pas en arrière en faisant signe à ses sbires qui encadrent la frêle jeune fille. Dans une entente parfaite, sans qu’il n’aye à prononcer une parole, ils se saisissent d’elle par les poignets et la force à se mettre à genoux en pesant sur ses épaules. Elle ne résiste pas. Le marbre du sol lui fait mal, elle allonge ses pieds comme une ballerine sur ses pointes pour en diminuer la pression sur ses genoux.
A son tour l’homme qui lui fait face dénoue la ceinture de son peignoir en en faisant jaillir la hampe turgescente de son désir trop longtemps contenu. Il s’approche et en pose le gland roide sur ses lèvres. Bien que cette demande de baiser soit bien plus indécente que la précédente, elle ne détourne pas la tête.
D’une voix rauque sourde, il lui ordonne d’ouvrir la bouche.
Elle ferme les yeux et s’exécute.
Il se précipite avec un grognement de bête en rut. Il veut lui faire payer son premier refus et assoir son autorité. La jeune fille ne se débat pas, on dirait même qu’elle met un point d’honneur à ne pas faillir. Maintenue crucifiée à genoux par les deux hommes qui ne l’ont pas lâchée, elle sait qu’elle est la proie sacrificielle et que ceux qui l’entourent et assistent à sa déchéance vont bientôt y participer ! Sans vergogne, il s’enfonce entre ses lèvres forçant sa gorge au plus profond. Le visage crispé par le haut le coeur de la jeune fille disparait entre ses jambes plaqué contre son ventre. Encouragé par la passivité de sa victime et au comble de l’excitation il se saisit d’elle par les cheveux et lui imprime un puissant mouvement de va et vient en cambrant les reins pour bien montrer à tous qu’il la possède et la domine le premier.
Mais il lui avait promis qu’il ne se contenterait pas de l’humilier, il voulait lui faire mal, la faire crier de douleur ou de plaisir, peu lui importe, mais la faire crier. Il se retire brusquement laissant sa proie haletante et cherchant à récupérer son souffle coupé par la violence de l’abjecte intromission. Un échange d’ordre rapide avec ses deux sbires et la voici trainée vers une des tables basses la plus proches. Toujours maintenue elle y est couchée à plat ventre sans ménagement, la croupe projetée, offerte aux injonctions de son assaillant. Son esprit tente de s’échapper dans un étrange déphasage. Elle se dit qu’au moins elle n’a plus mal aux genoux que l’épais tapis sur lequel on l’a entrainée est doux et moelleux, qu’elle aimerait si réfugier entièrement. Mais c’est sans compter les désirs pervers de l’homme qui la ramène brutalement à la réalité. A son tour il s’agenouille et se plaque contre elle. Du genou il lui écarte les jambes et sa verge mouillée de salive s’incruste dans le sillon moelleux des fesses de la jeune fille.Il se penche à son oreille et lui murmure ses envies. Il lui rappelle sa promesse, celle de lui forcer les reins de la faire jouir de cette manière parce qu’elle aimait cela. Et il ponctue chacune de ses paroles par un petit coup de reins qui fait glisser sa verge dans le sillon maintenant humide comme pour y chercher le chemin à emprunter.
Elle se mord les lèvres. Elle sait qu’elle ne peut y échapper et s’y résigne.
Mais pourquoi donc la maintiennent-ils encore ?
Bien que fait avec soin, la préparation de la belle esclave qui avait lavé et parfumé son corps au plus intime et assoupli ses orifices en une caresse langoureuse de ses doigts fins ne l’avait pas disposée à un aussi rude assaut. L’humidité ramenée de sa bouche n’est pas suffisant pour en faciliter l’intromission. L’homme y ajoute la sienne. Copieusement enduit le bélier de chair trouve sa place et de la tête presse contre la délicate rosette qui cède sous la poussée lente mais puissante, irrésistible. Elle baisse la tête en serrant les dents. Une tristesse immense se saisit d’elle en pensant qu’on était en train de forcer le chemin que seul son maître avait pris jusqu'à maintenant.  Tristesse suivi de révolte, de rage contenu. Elle ne veut rien laisser paraitre, elle ne sera que pantin sans vie sous les odieux assauts de l’homme. Elle ne lui fera pas le plaisir de jouir sous lui.
Mais c’est sans compter l’âcreté de l’homme qui compte bien la ramener à sa condition d’objet de plaisir répondant au sien. Comme il avait fait pour sa bouche, l’homme sûr de sa puissance et pressé  de lui démontrer ses projets, à peine introduit, à peine la fragile porte entrouverte, d’un puissant coup de rein, s’enfonce au plus profond, sans avertissement, sans préparation.
Sous la douleur fulgurante la jeune fille perd toute contenance. Dans un reflexe animal elle tente de se soustraire à la douleur en cambrant les reins, et, rejetant la tête en arrière, poussant un cri guttural.
Son cri semble agir comme un appel.
De spectateurs les hommes deviennent soudain acteurs. N’y tenant plus, fascinés par la scène, tenté par la bouche qui vient  de s’ouvrir devant lui,  l’homme le plus proche laisse à son tour tomber au sol son peignoir et dans un même mouvement lui pressente sa verge turgescente, la bâillonne de la plus licencieuse des façons. Il se glisse entre ses lèvres avec précipitation prévenant ainsi les prochains cris de réprobation de la jeune fille que l’on force. Les mains se tendent vers sa peau, la caressent, la palpent, la soupèsent comme pour s’assurer de sa réalité et de la qualité de la marchandise à laquelle on veut la réduire. Les plus hardis s’emparent de ses seins, en pince les tétons qui s’épanouissent et s’hérissent sous les caresses rugueuses. Quelqu’un vient de lancer une musique de fond pour souligner son calvaire. Incrédule, elle se surprend à l’identifier, Agnus Dei de Samuel barber. Son maître aurait pu faire ce choix ! Elle sourit à cette évocation, mais on ne lui laissera pas le loisir de se perdre dans la douce complainte. Des murmures montent puis des commentaires gras fusent, des rires de contentement, on lui fait comprendre qu’elle est belle et désirable et qu’il est bon qu’elle partage sa fraîcheur sans regimber avec la multitude qui s’impatiente. Un tourbillon de chair virevolte alors autour d’elle, si rapide que sa vision se trouble et que ses oreilles se ferment sous les sollicitations graveleuses. Elle plonge dans un univers cotonneux où son esprit se réfugie tandis que son corps n’est plus que poupée de chair entre les mains des hommes.

Dans une sarabande où la chorégraphie est rythmée par une lubricité échevelée, tour à tour ils vont forcer les chemins de plaisir de la jeune fille, défilant un à un, sollicitant les baisers les plus immondes, s’encourageant, s’invitant à partager leurs étreintes. Refoulant toutes retenues, l’humiliant ou la vénérant, la portant comme on porte une idole ils vont l’empaler sur un sexe érigé dans son attente. Une fois solidement enchâssée sur cet un autel païens un autre officiant s’introduit, forçant ses reins et rejoignant son ami à se saluer à l’intérieur de son ventre. On ne lui laissera pas le loisir de manifester sa surprise ou sa désapprobation, un troisième congénère la bâillonne de son sexe, violant ses lèvres, la forçant à en avaler la hampe turgescente à s’en étouffer. Ils ont cure de ses tentative d’échappement désordonnés, d’ailleurs ils faiblissent, ce se sont plus maintenant que réflexes de sauvegarde, d’inconfort, pauvre tentative de préservation de son corps souple de la fureur sexuelle qui s’abat sur elle.

Depuis combien de temps subit-elle les assauts répétés des hommes ?
Des corps fatigués, repus, gisent autour d’elle sur l’épais tapis ou vautrés dans des poses impudiques sur les sofas qui encadrent l’arène de son supplice.
Agenouillée à quatre pattes sur le sol, abruti de caresses, elle tremble d’épuisement. Elle est en sueur, ses cheveux défaits maculés de sperme, son corps marbré de griffure d’étreintes trop appuyées par le spasme des hommes qui jouissaient en elle. Ils en est encore pour solliciter ses faveurs. Un visage frôle le sien la tirant de sa torpeur. Il est jeune, il est beau, il lui murmure des phrases d’amours insensés à l’oreille, il la veut, encore et encore. Elle en rirait presque, si elle en avait encore la force. Ont-ils oubliés pourquoi ils étaient là ? Pourquoi ils violentaient et humiliaient son corps offert ? Ils semblent avoir renoncé à faire tomber l’ultime barrière. Le cri qui la libérerait de ses tourmenteurs.
Elle sait qu’elle a gagné ! Elle n’appellera pas au secours !

Libérée, une étincelle se réveille au fond d’elle. De l’étincelle nait un sourd brasier qui couve et cherche à se répandre consumant ses défenses. La tourmente passée, elle ne luttera plus contre ce feu intérieur qui court comme un feu liquide dans ses veines. Les murmures énamourés du jeune homme à son oreille de cotonneux deviennent plus net.
Il veut du plaisir ?
Elle se, saisit de son membre tendu, sa bouche s’arrondi et se fait gourmande. Maintenant c’est elle qui prend les commandes de cet orchestre de chair.
Impérativement, elle pousse l’homme sur le sofa le plus proche entre deux autres corps repus de ses caresses et s’empale sur le membre qu’elle vient d’ériger à son plaisir. Le jeune homme tout à son étonnement, surpris par la métamorphose  de la belle se laisse monter passivement, à peine pose-t-il ses mains sur les hanches de sa cavalière pour accompagner ses mouvements de rein. De gourds et maladroits les déhanché de la jeune fille se font plus profonds plus lascifs. Elle se dresse de toute sa hauteur les reins cambrés pour facilité le mouvement de piston qu’elle accélère langoureusement.
De sa bouche, muette sous les assauts précédents, s’échappe à présent une musique qui annonce le plaisir qui monte en elle. Elle le veut et elle le veut furieusement.
Autour d’elle les visages se relèvent un à un, des sourcils se froncent d’étonnement et de frustration. Comment ?  Eux qui n’ont pas réussi à tirer le moindre râle de plaisir de la poupée de chair.  Voici que lorsque tout semble consommé, sous leurs yeux ébahies, la jeune fille semble les défier et dévoilant sa véritable nature reprend le contrôle de son corps et le porte vers une jouissance qu’ils n’ont pas éveillé en elle !
La chevauché s’accélère. Elle se laisse envahir et submerger par le plaisir jusqu'à ce qu’un arc électrique la foudroie, la tétanise en une somptueuse sculpture de chair figée par l’orgasme qui la traverse. Elle ne retient pas un cri monté du plus profond d’elle. Les yeux grands ouverts fixant au zénith un soleil qu’elle seule peut voir, elle hurle sa joie, son plaisir, sa victoire.

Essoufflée, le corps ruisselant et tremblant encore empalée sur le jeune homme qui n’a pas joui, dans un geste de défi elle rejette ses cheveux de feu sur sa nuque,. Elle se dresse fièrement au dessus de la mêlée de corps enchevêtrés les toisant tous comme une walkyrie constatant sa victoire au milieu d’un champ de bataille.
Bravement, elle cherche du regard sa tourmenteuse.
Elle est là ! A quelque pas.
Leurs regards se défient. Le visage de la femme aux cheveux d’or liquide la scrute de toute son arrogance. Son visage est fermé, ses lèvres pincées sur une fureur contenue, ses yeux de glace bleue, fixes, irradient un feu de violence qui la tuerait d’un regard si sa nouvelle détermination ne lui servait de bouclier.
Mécaniquement, elle repose son verre a côté d’une bouteille vide. Elle se lève raide et, dédaigneuse, lui tourne le dos en s’éloignant pour quitter le champ de sa défaite.

A suivre: Chap. 58. Deuxième souffle.