Laure prend soin de moi comme si j’étais la chose la plus précieuse au monde. La plus fragile aussi. Ses mains expertes glissent le long de mes cuisses, s’emparent de mes mollets qu’elles malaxent consciencieusement  puis remontent de nouveau le long de mes cuisses en les poussant jusqu'à mes fesses qui ne sont pas oubliées Je ne retiens pas un gémissement de contentement lorsque ses pouces s’enfoncent doucement dans le creux de mes reins et entame un méthodique pétrissage de mes vertèbres jusque sur mon cou.
Le parfum d’arnica de camphre et de cèdre des huiles de massage embaument jusqu'à mes cheveux noués en un gros chignon au dessus de ma nuque, encore mouillé de la douche glacée suivi du bain brûlant que je viens de prendre. Laure glisse un bras sous ma poitrine et fermement mais avec douceur me retourne sur le dos. Je me laisse aller et suis le mouvement sans résister. Ses mains reprennent leur danse salvatrice, sur mes bras alanguies mes hanches, mon ventre. Je ferme les yeux.

Elle m’a retrouvé en un bien pitoyable état. Pleurant toutes les larmes de mon corps. Tremblante comme un animal blessé encore ligotée sur le tabouret de bois blanc qui avait été l’autel de ma déréliction. Avec douceur elle m’a détaché  et m’a emmenée dans les étages loin de cette cave abjecte. Je me suis accrochée à elle en la remerciant dans un balbutiement incoercible entre deux sanglots ravalés.
Je regarde la dévouée Kajira pétrir le haut de mes cuisses avec la dextérité d’une professionnelle. Tout son être est concentré sur sa tache son regard fixe ses mains et les suit dans leurs mouvements. Je grimace un peu lorsqu’elle insiste sur un muscle noué de l’intérieur de mes cuisses. Mes ébats ont forcé quelque peu mes capacités à écarter les jambes. A cet évocation, je souris intérieurement mais m’assombris presque immédiatement.
A brûle pourpoint je lance à Laure
— Tu sais que je n’appartiens plus à Marc ?
Elle met un moment à répondre continuant ses massages avec obstination. Sans me regarder elle lance.
— Oui, je sais !… C’était important pour toi ?
Éberluée, je me redresse sur les coudes. Imperturbable elle s’attache de nouveau à assouplir mes mollets.
— Mais oui ! Bien sur ! … C’est lui qui m’a fait découvrir mes envies de soumission ! Il m’a guidée !  Il m’a fait découvrir tout cela… Et puis je ne t’aurais pas connu aussi !
Laure ne peut s’empêcher de sourire et de me lancer une œillade amusée tout en continuant son ouvrage.
— Si cela n’avais pas été toi cela aurait été une autre, tu sais !
Outrée je lui lance un regard furibond. Je l’ai bien cherché. Je devais m’attendre à quoi comme réponse de la part de l’impériale esclave affranchie et qui avait décidé de devenir l’esclave unique, sans maître. La  seule liberté c’est celle de choisir ses chaînes ! Et j’avais choisi les miennes, comme elle. Et par elles j’avais accepté ce jeu pensant les renforcer. Je tiens pourtant  me justifier d’une façon puérile.
— Tu sais ce qu’elles m’ont imposé, en bas… Dans la cave !
Son visage s’assombrit, elle s’humecte les lèvres.
— Oui je sais !
Je retombe sur le banc de massage, ma gorge se serre et une grosse larme perle  à la commissure de l’œil.
— Je… Vraiment…Je n’ai vraiment pas pu faire autrement !
La larme se décroche et roule sur ma joue. Je renifle.
— Tu aurais supporté ça toi ? Tu aurais… Tu aurais … Avec ce…
Elle me coupe.
— J’aurais lâché ce bon dieu de mot de passe bien avant cela !
Je fronce les sourcils d’étonnement.
Ses mains cessent leur malaxage et se font plus légères remontent le long de mes jambes, effleurant ma fleur  palpitante et d’un doigt espiègle trace une arabesque sur mon ventre autour de mon nombril ma peau se hérisse de plaisir. Le doigt remonte sur ma poitrine et aidé du pouce se saisit de la pointe de mon sein gauche qui se dresse immédiatement sous la caresse. Et sur un ton complice elle murmure.
— Comme cela tu aurais été avec moi plus vite ! Maintenant, tu es ma sœur de chaînes !
Je n’avais jamais envisagé cela sous cet angle.
Pourtant, en esclave libre Laure avait choisi Kristale pour assouvir son désir de soumission. Elle avait choisi… Moi, pas ! Que nous soyons maintenant « sœur de chaînes » me console qu’à moitié malgré l’amour et l’admiration que je porte à la Kajira. Je ne sais quoi répondre et détourne la conversation tandis que sa caresse se fait plus insistante.
— Kristale m’a dit que Stéphanie aussi avait été… Enfin... Par ce… Ce chien. C’est vrai ?
Continuant à titiller mon sein gauche de ses doigts déliés, Laure se penche sur mon sein droit et en saisit la pointe déjà raidi entre ses lèvres. Je retiens un soupir de contentement.
— Ton amie est en train de devenir une véritable esclave…
Ces mots murmurés contre ma peau déclenchent une cascade de petits chatouillis du plus délicieux effet. Convulsivement, je m’empare de sa nuque et à mon tour la caresse délicatement. Cela ne répond pas à ma curiosité et Laure ne semble pas vouloir y répondre. J’insiste.
— Quand même ! C’est ! C’est…
Je ne trouve pas les mots.
— C’est… Je ne pensais pas que cela pouvait aller aussi loin !
Laure pouffe faisant vibrer ses lèvres contre mon téton tendu.
— Tu viens de te faire baiser copieusement par une quinzaine d’hommes, tu croyais vraiment qu’on ne pouvait pas te faire subir plus ? Le problème c’est que tu as aimé çà ! Quoi faire d’autre ? Ajouter au nombre ? Je ne pense pas que cela aurais suffit… Il fallait passer à autre chose et compte sur Kristale pour trouver quoi !
Je sais qu’elle a raison. Je reviens sur ma précédente interrogation.
— C’est çà être esclave ?
— Quoi çà ?
— Tout accepter… même avec … ce… ce…
— Ce chien ?… Oui, si ton maître ou ta maîtresse te le demande et si çà le met en joie de te le faire subir !
Un silence, une délicate succion de mon téton,  puis elle continue sur un ton malicieux.
— Tu l’aurais accepté si Marc te l’avait demandé ?
Sa question  me plonge dans une profonde introspection.
Jusqu’a ce que Kristale prononce la phrase fatidique « Je te présente ton prochain amant » en désignant le dogue noir, je n’avais jamais imaginé que ma soumission puisse me mener à accepter cette acte bestiale.
Pourtant je me rappelais l’étrange sentiment qui me faisait rougir et le fourmillement qui m’agaçait l’entrejambe lorsque, de loin presque en me cachant, j’assistais aux saillies vigoureuses des étalons du haras. Du haut de mes douze ans, je repoussais violemment des images à la déviance puissamment érotique. Des images qui me poursuivaient le soir et me faisait prendre la place de la jument sanglée au bâti pour qu’elle ne se dérobe pas à l’assaut du mâle. Des images qui ne disparaissaient qu’à la faveur de l’épuisement d’un massage vigoureux de mon entrejambe sous le secret douillet de mes draps.
Laure me voit perdue dans mes songes et insiste.
— Alors ? Tu aurais accepté ?
J’ai la réponse de quelqu’un persuadé qu’elle ne risque rien a accepté ce qu’on lui demandera jamais car Mon Maître je le sais, ne m’aurais jamais soumise à une telle extrémité.
— Oui ! Oui bien sur, j’aurais accepté !
Sans quitter de la langue mon mamelon maintenant tendu à me faire mal, elle murmure.
— Comme Stéphanie !
Je contiens un sursaut avec peine. Stéphanie est, je le sais sans que cela me soit dit, restée sous la férule de Marc. Est-il possible que Kristale et lui aient déjà poussé aussi loin son dressage ? En ce cas, ce que m’a fait entrevoir Kristale est bien vrai. Stéphanie a subi le bestiale outrage.
Je veux en savoir plus.
— Mais Stéphanie, elle…
Laure réagit immédiatement. Ses lèvres quittent mon sein et viennent s’écraser sur les miennes me muselant aussi surement qu’un bâillon. Nos langues se rencontrent et entament une danse lascive. Je ferme les yeux, je suis bien. Sa main glisse sur mon ventre et s’immisce entre mes cuisses, je m’ouvre aux consolations de Laure et oublie toutes les questions qui me taraudent l’esprit.
Je veux rendre sa part à Laure quand la porte s’ouvre violemment et en surgit Kristale, rayonnante. Un sourire inhabituel lui barre le visage. Elle porte un plateau d’argent sur lequel sont disposés avec soin une chocolatière et son mazagran ainsi qu’un monceau de petites viennoiseries.
Joviale elle lance en s’approchant de nous.
— Alors les filles, vous en êtes déjà aux galanteries ? Isabelle, je t’amène bien mieux ! De quoi te consoler !
Et elle dépose le plateau à côté de moi. Interloquée par la jovialité toute neuve de Kristale je tends la main vers les gâteaux mais elle reste en suspend. J’interroge du regard ma maitresse…
— Oui, oui,  c’est pour toi !
Et elle se penche pour me verser une tasse de chocolat chaud et crémeux. Son puissant arôme me rappelle immédiatement ma faim et brise en un instant mon jeun forcé.
Fièrement Kristale se redresse.
— On passe l’après-midi toutes les trois, tranquilles. Ce soir, je vous emmène au meilleur restaurant de la côte puis on va danser et après… après…
Elle regarde au plafond souriant aux anges.
— Après, quand nous seront au lit, j’appelle ton maî… Marc, pour lui signifier ta reddition, Isabelle !

A suivre : Chap. 60. Le Triomphe de Kristale