Une chose est assurée… On peut faire confiance à Kristale quant à sa parole.
Nous avons passé toutes les trois un après-midi de farniente. Maud a pris congé en me lançant un dernier sourire en coin et caressant la tête de son dogue qui, me semblait-il, me dévorait des yeux. Nous nous retrouvons maintenant, toutes les trois, à lézarder, nues, qui dans le patio, qui sur la plage de la piscine en plein soleil. J’ai plongé plusieurs fois dans un demi-sommeil vite peuplé de visages menaçants, de cris de jouissance ou de souffrance, d’appels aux secours.
Il va me falloir un peu de temps pour accuser le choc de mes dernières heures sous la férule de Kristale. Kristale dont l’attitude une fois le mot de passe en poche a changé du tout au tout. J’entrouvre les yeux et la regarde jouant comme une enfant dans la piscine à s’asperger dans de grands éclats de rires avec Laure. Un jeu qui se fait lascif lorsque les deux têtes qui émergent de l’eau se rejoignent et s’embrassent à pleines bouches dans une étreinte langoureuse et disparaissent, espiègles, sous les eaux, comme pour se cacher à mon regard, ou m’inviter à venir les rejoindre.

Je n’ai vraiment lâché prise qu’après le dîner servi avec style dans un établissement renommé de la côte où notre trio la blonde la brune et la rousse, à fait se tourner bien des têtes. Mais j’en avais cure ! Toute concentrée que j’étais sur mon plateau de fruits de mer. Et quelques verres de Chablis ont achevés de m’étourdir.

La tête posée sur le ventre de Laure je contemple Kristale, allongée nue au travers du vaste lit de sa chambre qui nous accueille. Elle a finalement renoncé à nous amener au club pour danser elle semblait brutalement pressée de nous inviter dans son lit. Nous avons fait l’amour doucement, tendrement, sans contrainte, sans protocole et sans rappel de ce qui pouvait faire de moi une soumise.
Je cligne des yeux et me racle la gorge, profitant de l’ambiance apaisée, propice à la confidence, je lance a voix basse
— C’était comment pour vous Madame la première fois ?
Kristale roule vers moi sur le côté et se redresse sur un coude ramenant un genou sur son ventre. Elle est belle comme une odalisque aux cheveux d’électrum. Elle me fixe de ses yeux de glace bleue et fronce les sourcils, interrogatrice.
— Enfin !... Je veux dire, la première fois… Pour la …
Je ne trouve pas les mots, réfléchis un instant et me lance tout de go.
— Comment vous avez commencé à dominer… La domination quoi !?
Je me sens maladroite, et elle doit bien sentir mon malaise au pourpre de mes joues.
Elle sourit. Rampe lascivement jusqu'à moi, dépose un baiser sur ma cuisse et à l’endroit même de son baiser  y pose la joue, le visage tourné vers moi.
Sans détourner son regard hypnotique elle me lance
— Je n’ai pas commencée par dominer… J’ai commencé par être une dévouée soumise… Comme toi !
Ses paupières papillonnent un instant. Elle bascule sur le coté cale sa nuque confortablement sur ma cuisse et parle au plafond.
— Cela a commencé comme un jeu. Presque banalement. Avec mon premier amoureux un garçon de mon quartier, une vingtaine d’année bien tassée… J’avais 16 ans.  Nous avons vite fait l’amour, c’est lui qui m’a défloré, j’y prenais du plaisir, tu te doutes bien, mais il y a des choses que je me refusais à faire, par pruderie puérile.
Une après-midi nos escapades nous ont conduits dans le grenier d’une de ces maisons de villégiature abandonnées de la côte prés de Zandvoort. Bizarrement ce grenier semblait bien entretenu, un amoncellement d’objets bien rangés, un canapé de cuir pelé à demi éventré mais parfaitement lustré, un sol impeccablement brossé, agrémenté d’un tapis. J’ai su après coup, qu’en fait, les lieux avaient été préparés par mon amant.
A peine arrivé, il s’est emparé d’une cordelette de nylon que l’on utilise pour border les filets de pêche. En riant il m’a lié les poignets au dessus de la tête en les accrochant à une poutre. J’ai trouvé la posture incroyablement inconfortable  mais excitante. Je découvrais pour la première fois la sensation d’être totalement à la disposition d’un homme. Il a entrouvert mon chemisier et dégrafé ma jupe…
Kristale éclate de rire.
— Avant on faisait l’amour dans la pénombre presque à la sauvette. Là, j’étais brusquement dénudée en plein jour. Ce  n’est pas que je ne me trouvais pas jolie, c’était de la pudeur de gamine. J’ai fait mine de protester en me tortillant et lui demandant d’arrêter. Je crois que cela l’a excité encore plus.  Il m’a presque arraché ma petite culotte et m’a entreprise par derrière, debout, en levrette sans préambule, sans caresses préliminaires. Ce n’était plus des délicatesses d’amoureux… C’était un assaut animal, puissant, auquel je ne pouvais pas me soustraire…
 J’ai pris un pied formidable tandis qu’en me besognant il me susurrait à l’oreille qu’il voulait que je sois sa petite salope, sa petite chienne obéissante. Bizarrement ces mots qui auraient dû me choquer m’ont fait le rejoindre dans son délire de domination. J’ai tout de suite su que j’aimais çà, être dominée sans trop savoir ce que cela voulait vraiment dire.
L’assaut a été si violent que lorsqu’il m’a délié les poignets je me suis effondrée à quatre pattes sur le tapis du grenier, abasourdie par la découverte de cette nouvelle sensualité. Il ne m’a pas laissé reprendre mes esprits Il n’avait pas joui en moi, il s’était retenu. Il s’est agenouillé face à moi Il m’a saisi par les cheveux pour me relever la tête et a exigé en terme très crus que j’ouvre la bouche. Ce que je lui avais refusé jusqu’alors, je l’ai fait sans rechigner. J’étais dans une sorte d’état second. Cela a été très vite à peine a-t-il forcé mes lèvres qu’il a joui dans un grand cri de victoire…
Elle prend une grande inspiration et continu de regarder le plafond comme perdue dans le songe qu’elle nous commentait.
— … A partir de cet épisode, et pendant plusieurs mois, j’ai été son jouet pour mon plus grand plaisir. Il a fait découvrir à la gamine que j’étais les petits plaisirs de la soumission du plus simple, comme aller au lycée sans porter de culotte sous ma jupe jusqu’au plus licencieux comme me prêter à ses amis lors de ses soirées…
Elle se tourne vers moi, ses yeux perdus dans le vague, un demi sourire aux lèvres à l’évocation de ses premiers émois de soumise.
— Je sais… Cela ne répond pas à toute ta question. Mais savoir comment j’en suis venu à la domination, je pense que tu vas le découvrir par toi-même…
J’ai l’impression que tu en as déjà fait les premiers pas sur ce chemin… Non ?
Je ne réponds pas à son regard interrogateur.  Je me mouille les lèvres rapidement et me tourne vers Laure.
— Et toi Laure ?... T as commencé comment ?
La belle italienne ouvre ses yeux noirs qu’elle avait gardés clos en écoutant le récit de Kristale. Récit qu’elle devait certainement connaître dans ses moindres détails. Elle s’humecte les lèvres et lance froidement.
— Moi… Je l’ai toujours été !
Je me renfrogne, fronçant les sourcils de façon outrancière pour lui montrer que je ne me satisfais pas de sa réponse laconique.
Elle sourit, puis souffle comme sous l’effet d’un profond ennui.
— J’avais quatorze ans… En vacance chez mon oncle une grande villa  non loin de Portoferraio. Mes parents étaient partis visiter le parc national de l’île, j’étais resté à la villa refusant la balade, en adolescente rebelle que j’étais !... Mon oncle était resté lui aussi… Ce jour là, il m’a violée !
Je reste interdite et la contemple interloquée.
— Ne fais pas cette tête là !... J’ai adoré çà ! Faut dire que je l’avais bien cherché. Depuis le début des vacances je testais ingénument ma féminité naissante sur cet homme de quarante ans, que je trouvais très beau d’ailleurs. Profitant de l’absence fréquente de mes parents et même en leur présence, à l’abri de leurs regards,  je lui jouais le grand jeu de la séduction. Je me baignais presque nue dans la piscine. Je me déhanchais lascivement en marchant, je me collais à lui à la moindre occasion, … Bref, devant lui je jouais la starlette primesautière. Du haut de mes quatorze ans ce n’étais qu’un jeu de séduction. Je voulais simplement qu’éprouver mon charme naissant… Je pense aussi que mes hormones me travaillaient fiévreusement et cela m’excitait. Naïveté ou  inconscience, pas un instant je n’avais pensé que cela pouvait me mener jusque là !
Elle déglutit et sourit aux anges.
— Cet après-midi là, après la baignade, je suis allée me prendre une douche puis, passant devant lui simplement couverte d’un drap de bain noué à la taille, j’ai traversé la maison pour aller dans ma chambre y chercher des vêtements propres. Il m’a suivi sans que je m’en rende compte. Je cherchais dans la penderie mes vêtements lorsque j’ai entendu la porte claquer derrière moi. Je n’ai pas eu le temps de me retourner. Mon drap de bain m’a été arraché et j’ai été projetée entièrement nue sur le lit. Mon oncle m’examinait le regard enfiévré, le souffle court. J’étais tétanisée, comme si ce moment là je l’attendais et le redoutais à la fois. Saisie par ces deux sentiments contradictoires  je n’ai même pas cherché à m’enfuir. Je l’ai laissé faire. Il n’a eu qu’à enlever son slip de bain. Je n’ai pas résisté, j’étais brusquement sans volonté, comme un animal pris au piège qui sait qu’il n’y a plus d’issue et qu’il doit faire face ou céder.
Il a bloqué mes poignets au dessus de ma tête, pourtant il n’en avait pas besoin, je ne me débattais pas. Il a écarté mes jambes et  m’a prise violemment. C’était ma première fois, pourtant je n’ai pas souffert. Tandis qu’il me besognait voyant que je ne criais pas ni ne me débattait, il m’a lâché les poignets et s’est mis à me caresser… Me peloter fiévreusement plutôt !
Il me disait qu’il allait faire de moi sa chose, et que n’avais pas intérêt à protester et qu’il faudra ne rien dire à mes parents.
Laure souffle et sourit.
— Je n’en avais pas l’intention ! Je prenais même un trouble amusement à l'ambiguïté des regards qu’il me lançait, aux mains qui se baladaient sur mes hanches et entre mes cuisses alors que mes parents étaient là, tout près.
Pendant toute les vacances, dés que nous nous retrouvions seuls, j’ai accepté tous ses désirs et j’y ai pris un plaisir malicieux. Pour asseoir son emprise il me forçait à me caresser, me masturber devant lui et me prenait en photo, Il s’évertuait  à m’humilier en me faisant le tour de la maison a quatre pattes et me prenait dans chaque pièces traversées jusque dans le garage où il achevait sur le capot de sa voiture. De nombreuse fois il a forcé ma bouche en un simulacre de contrainte… Sans se restreindre Il a forcé mes reins. Il m’a fait mal, mais j’ai y pris du plaisir. Et de tout cela je n’ai pas eu honte, au contraire.
Ce n’était pas vraiment un maître, simplement d’un homme qui me soumettait à ses désirs, mais j’ai tout de suite su que c’est ce que je voulais au plus profond de moi.
Un silence puis Laure fait le geste de chasser une mouche imaginaire.
— Après les vacances on s’est revu régulièrement. Mais il manquait d’imagination et ne s’est jamais comporté en maître C’était un homme goûtant la chance d’avoir une gamine docile à sa disposition pour assouvir ses désirs pervers…
Quelque mois après, je n’avais pas encore quinze ans, j’ai rencontré celui qui allait m’apprendre les codes et protocoles de la soumission. C’était d’ailleurs un ami de mon oncle. Il faut croire que mon attitude me trahissait et que pour un maître a l’œil exercé il était facile de remarquer mon désir de soumission. Malgré mon jeune âge il a tout de suite deviné en moi la soumise potentielle. Il a fait sa déclaration tout de go, sans fioriture. Il voulait faire mon dressage…
J’ai accepté.

Laure referme ses yeux, elle n’a visiblement pas envie d’en dire plus. Un silence s’installe et je me laisse aller à méditer sur nos étranges débuts que beaucoup jugeraient violents. Nous avons toutes trois commencé nos chemins de soumission de façons bien différentes… Mais nous les avons choisi de notre plein gré, même Laure avoue, malgré le terrible assaut dont elle a été victime, que c’est ce qu’elle cherchait. Je revois mes débuts avec Marc bien différent et en quelque sorte plus directe que le chemin de mes deux sœurs de chaîne. Je souris… j’avais du temps à rattraper !
Comme si elle lisait dans mes pensés Kristale s’exclame.
— Au fait ! Et notre charmant Marc!… Il faut le prévenir de mon triomphe !
Tout son corps se déplie et se tend vers la table de chevet pour se saisir de son téléphone …

A suivre : Chap. 61. Mystification