Un coup de tonnerre viendrait d’exploser dans le salon que cela n’aurait pas fait plus d’effet !
Le corps et le visage de Kristale se figent, Ses yeux s’écarquillent d’incompréhension muette. Un temps de latence, de sidération, qui ne sied pas à Kristale, si fière de son self-control. Elle reste un moment coite, puis,  son esprit se remet en marche et déchiffrant peu à peu ce que Marc vient de dire et ce que cela impliquait, le sang reflue de son visage et ses lèvres se mettent à trembler imperceptiblement.
Une fureur difficilement maitrisée monte en elle.
Comme si elle risquait de le casser, elle repose avec délicatesse le verre encore plein qu’elle s’apprêtait à porter à ses lèvres. Ses sourcils se froncent  et sa bouche forme un O parfait de stupéfaction. La bouche ouverte,  ses yeux se portent alternativement sur Marc et moi.
Je n’ose pas imaginer le sourd complot qu’elle cherche à deviner, comme si nous nous étions concertés pour la défaire de sa victoire.
Comme sous l’attente d’un coup, je me recroqueville, tous mes muscles se tendent et je me mords les lèvres. Loreleï, elle, garde sa superbe et son impassibilité. Son incompréhension de ce qui se joue devant elle lui permet de garder son flegme.
Dans un hurlement contenu Kristale vocifère.
— Quoi ?... Co… Comment çà ???
Elle s’étrangle presque.
Marc se détend alors, son attitude change en un instant.  En réponse à Kristale il se saisit de son verre, se cale confortablement dans le sofa et s’adressant calmement à elle, lance posément.
— Ce n’est pas le mot de passe, Kristale… Pas du tout !
Kristale bondit comme un diable hors de sa boite et me dominant de toute sa stature.
— C’est vrai Isabelle ?
Et sans attendre ma réponse.
— Tu n’as pas le droit… Petite garce !
Sa main se lève. Cette fois Loreleï vient de comprendre la fureur de sa maitresse elle perd de sa superbe et s’avachie, tête baissée, comme si elle s’apprêtait à recevoir le coup qui pourtant m’est destiné. Je tourne la tête pour amortir le choc qui ne vient pas.
Marc vient d’émettre ce petit bruit qui m’est si coutumier, ce petit claquement de langue qui signale sa désapprobation suivi d’un « non » sec et impératif.
Cela a suffit pour que Kristale retienne sa main.
Marc porte le verre à ses lèvres, en déguste lentement une goulée et me regarde malicieusement tout en s’adressant à Kristale.
— Alors… Expliquez-moi ça ! Kristale comment as-tu obtenu ce soi disant mot de passe ? Et Isabelle, qu’est ce qui t’as conduit à mentir ?
Brusquement vidée de son énergie Kristale se rassoit lourdement sur le sofa, elle s’empare prestement du verre de champagne qu’elle avait délaissé et le bois d’une traite sans en gouter la saveur comme elle a l’habitude de la faire avec affectation.
Le verre vide toujours collé aux lèvres, elle lance froidement.
— Je l’ai donnée au chien !
Marc lève un sourcil contrarié.
— Le chien de Maud ?
— Oui !
La réponse est sèche. Je comprends au ton de Kristale qu’elle est prise en faute, qu’elle a dépassé ses prérogatives pour obtenir le safeword.
Elle relance pour se justifier, arrogante.
— Ce n’était pas exclu des règles du jeu.
Marc à l’air chagriné, il se racle la gorge.
— C’est vrai. Mais je ne pensais pas que tu irais jusque là !
— Il n’y avait pas de limites de fixées dans les règles… J’en avais le droit !
Marc se tourne alors vers moi et répond à ma place.
— Et donc Isabelle t’a menti et ta donné un faux mot de passe pour échapper à ton stratagème… C’est cela ?
Immédiatement Kristale comprend où mon Maître veut en venir.
— Oui, mais…
Marc la coupe et d’un ton goguenard.
— Cela non plus n’était pas interdit par les règles, donc Isabelle en avait la possibilité.
Kristale se raidit.
Marc continue en me lançant un regard d’admiration.
— Et elle l’a fait sans le savoir… Avoue qu’elle t’a bien eu !
Marc ne devrait pas jubiler en cherchant à humilier Kristale.
Comme sous un coup elle se tasse et son visage se ferme et elle murmure d’un ton rauque.
— Non ! Certainement pas !... Je ne l’accepte pas !
Kristale se sert vivement un autre verre toute en lançant.
— On règle çà comment ?
En un instant, elle a retrouvé sa maîtrise et sa froideur annonce une négociation serrée. Son verre plein elle s’en saisit et se lève.
— Vient Marc… On va en discuter… Mais pas devant ces deux gourdes !
Et dédaigneuse elle prend la direction du patio, à l’endroit même où elle m’a livré aux caresses libidineuses du  jardinier.
Marc dodeline de la tête, et me lance un clin d’œil complice. Ma poitrine se gonfle de bonheur
Il se penche vers moi et m’embrasse sur le front.
— Soyez sages toutes les deux, hein ?
Et se tournant vers Loreleï, mais continuant de s’adresser à moi.
— Pas de turpitudes… Comme la dernières fois !
Un nouveau clin d’œil ponctue son départ vers le bar pour y rejoindre la furiblonde.
Je fronce les sourcils et adresse à Loreleï un regard interrogateur. Elle y répond par un sourire attendrissant. Comment a-t-il fait pour savoir si elle ne lui a pas dit et surtout, comment lui a-t-elle raconté ?
Son genou touche le mien. Je lui envoi une ruade du mien tout en lui lançant une grimace de contrariété. Son sourire s’efface juste un instant, pour être remplacé par une moue amusée d’incompréhension. Sa frimousse ingénue et ses yeux d’aigue-marine qui révèlent avec grâce sa candeur me désarme… Je crois que j’aime bien cette gamine licencieuse.

Pour tromper l’ennui et notre inconfort, de tant à autre Loreleï appuie son genou contre le mien répondant à mon invite de mes petits à-coups. On se fait du genou, par jeu, pour passer le temps et adoucir la pression du sol de marbre sur nos articulations. Nous jetons à tour de rôle des regards vers nos Maîtres. La discussion semble véhémente et ils ne prêtent absolument pas attention à nous  mais nous n’osons pas quitter la pose. La lassitude n’a pas le temps de me gagner, la négociation achevée Marc et Kristale reviennent vers nous et ils reprennent place sur le sofa de cuir blanc.
Kristale repose le verre sur la table, elle ne l’a pas bu, et s’adresse à moi.
— Nous avons trouvé un accord ! Demain soir nous nous rendons à l’Assemblée de Fer. Marc a suggéré que nous portions ce petit différend devant ses plus hauts membres afin qu’ils tranchent.
Elle se passe la langue sur les lèvres. Elle a repris son calme, apparemment Marc a su trouver les mots pour. Elle me sourit comme si rien ne s’était passé. Elle est déjà dans un nouveau jeu.
—  Ils ont déjà formé ce genre de tribunal à maintes reprises. C’est une attraction très apprécié de ces soirées !
Elle reprend la coupe de champagne et avant de la porter à ses lèvres.
— Vous voyez Mademoiselle Isabelle, une fois de plus vous allez être le point de mire de toute une assemblée, et il faudra cette fois plus que vos charmes pour les satisfaire. La reprise du vouvoiement et son allusion à mon corps livré à la meute des maraudeurs me met mal à l’aise.
Elle sirote une goulée et se tourne vers Marc.
— Nous sommes bien d’accord que nous nous soumettrons à leur jugement, quel qu’il soit ?
Marc opine du chef en souriant.
— Tout à fait d’accord !… Mais en attendant, puisque c’est toi qui conteste, Isabelle et Loreleï restent sous ma coupe et tout ce qui était prévu au contrat reste valable… Jusqu’au jugement !
Kristale ne trésaille même pas sous l’exigence de mon Maître. Elle a même un œil malicieux.
— D’accord… Mais vous ne toucherez pas à la virginité de Loreleï et je ne serai pas la soumise d’Isabelle… Jusqu’au jugement !
Affaires faites, les deux compères se saisissent de leurs verres qu’ils entrechoquent en se regardant droit dans les yeux.

Chap. 63. A ma volonté