Chap. 52. Citadelle de glace.
Je ne me lasserais jamais de cette sensation si étrange que celle de me laisser faire l’amour par un corps qui me ressemble. Une sorte de dédoublement, un ravissement extatique Une joie ineffable teintée d’un trouble intense. Un trouble de petite fille bien élevée qui a conscience de l’interdit qu’elle est en train de braver et du délicieux frisson de plaisir qui l’accompagne. J’oscille entre culpabilité et ravissement de tout mon être. Je suis aux anges et très fière. Moi ! La novice timide ! Inexpérimentée aux jeux des femmes ! Je viens de faire jouir Laure, femme rompue à tous les arts de l’amour et sûre d’elle même !
Mon dieu ! Que les plaisirs tabous sont bons !
Laure se sublime dans sa tache. Il n’est pas un recoin de mon corps qui échappent à ses caresses Et moi, gourmande de la finesse de sa peau au grain sérré, un peu gauche, je lui rends, comme je peux, ses frôlements indécents. A mon tour je l’étreins de toutes mes forces m’emparant à pleines mains de l’être que je voudrais engloutir. Mes lèvres goûtent sans retenue et avec frénésie à la saveur de cannelle de sa peau. Et nos ébats m’entraînent dans un tourbillon enflammé où la sagesse et la pudeur n’ont plus leur place.
Et c’est ainsi que guidé par sa main posée sur ma nuque, comme dans un rêve, je plonge ma tête entre ses jambes et viens en embrasser goulûment et un peu maladroitement la suave orchidée nimbée de rosée. Ses parfums m’enivrent et me font perdre la raison. J’ai envie de me dépasser. Je veux voir se tordre de jouissance et gémir de râles indécents l’impassible odalisque. Je saisis du bout des dents le bouton turgescent qui n’attend que ma caresse. Laure a un petit sursaut de surprise et de recul, mais se laisse retomber sur le dos écartant un peu plus les jambes tout en appuyant sur ma tête pour m’intimer de continuer et d’aller plus loin.
Je souris intérieurement. J’ai ouvert une brèche dans la froide muraille et je me fais fort de la faire tomber. Je m’insinue entre ses pétales entrouvertes. Elle a petit goût acide vite estompé de ma salive. Je me lance en une sarabande effrénée de la langue que je tente d’introduire au plus profond de son intimité. Il ne faut pas longtemps pour que je recueille un flot de liquide mielleux que je reconnais comme le résultat de son plaisir. C’est avec délectation que je sens son souffle s’accélérer et, sous mes doigts, de petits spasmes contracter ses hanches. Ses mains se crispent sur ma nuque. Collée contre son ventre, la chaude liqueur de Cyprine me barbouille la bouche macule mes joues et coule sur mon menton. Lubrifiée par le liquide sirupeux ma caresse se fait plus douce mais plus volontaire. Extrayant ma langue du brûlant calice au bouquet saumâtre je reviens au clitoris arrogant que je caressais du nez. De nouveau Laure a un sursaut de tout son être et lâche une exclamation contenue. C’est vraiment le point sensible ! Je décide de m’y attarder. Il me semble qu’il s’agit du lieu le plus faible de la citadelle et que c’est par là que je ferais tomber les dernières froideurs de la belle. Et effectivement mes caresses maladroites du bout des dents et de la langue sur le clitoris érectile ont pour effets de faire tressauter Laure de tout son corps. Ravissement suprême, j’arrive à tirer de ses lèvres le doux son de gémissements langoureux qui s’amplifient peu à peu et témoignent de la jouissance qui monte en elle.
Enfin au comble de son plaisir, dans un cri inarticulé, la puissante esclave se tend comme un arc décollant ses reins du lit, plaquant violemment une dernière fois son ventre contre mon visage puis retombe lourdement sur la couche, soufflant bruyamment en tentant de reprendre sa respiration.
Elle a fermé les yeux, un vague sourire aux lèvres. Je m’essuie rapidement la bouche et le menton tout en me glissant le long du corps de la guerrière vaincue. Je m’allonge près d’elle posant ma tête sur sa poitrine et l’étreignant de mes bras encore tremblants comme je le ferais avec mon Maître. Et récompense des récompenses, je sens les lèvres de Laure se poser en un doux baiser sur mes cheveux. Alors seulement ma respiration se libère et je lance un profond soupir tandis qu’une larme perle et roule le long de ma joue s’écrasant sur la peau dorée de ma belle apprivoisée.

