Chap.16. Le Jardin des secrets
Ignés nous guide jusqu'à notre chambre.
Elle marche devant nous à petits pas mesurés. Elle est cintrée dans un tailleur strict et se meut avec élégance perchée sur des talons hauts qui claquent doucement sur le sol de pierre. Malgré son attitude guindée, on peut deviner un esprit malicieux qui ne manque pas une occasion de nous faire comprendre sa joie de nous recevoir. Encore une fois j’ai eu droit aux congratulations sur un ton affecté, à la limite de la préciosité.
- Haa ! Ma chère Isabelle… Si vous saviez comme nous sommes heureux de vous rencontrer enfin !
Dit-elle avec emphase et large sourire tout en ouvrant la lourde porte de la chambre. Elle désigne mon cou où brille l’anneau de fer.
- Il vous va à ravir. Je ne peux pas mettre le mien… Rapport au public que nous recevons ici… Vous comprenez !
Lance-t-elle en m’adressant un clin d’œil complice.
- Mais nous nous retrouvons après le dîner… N’est ce pas ?
Elle s’adresse à Marc. Il répond d’un sourire mais je devine bien que cela est convenue d’avance.
Je commence à me sentir mal à l’aise de tant d’éloges, d’empressement et de sous-entendus. Un trouble qui se dissipe vite au vu de la chambre qu’Ignés désigne d’un large mouvement de main.
– Vous êtes ici chez vous cher Maître.
En hôtesse aguerrie elle fait le tour de la chambre et la salle d’eau attenante présentant toutes les commodités de la pièce.
Une pièce vaste comme un appartement. De lourdes tentures à demi tirées sur deux larges fenêtres qui donnent sur le parc. Un parquet de bois ciré et un lit a baldaquin monumental pouvant accueillir au moins quatre personnes sans se gêner. Un luxe ostensible se dégage de la pièce où tout est fait pour le confort du corps et de l’esprit.
J’ai vite pris possession de la salle d’eau. Une douche rapide un maquillage léger. Marc a refusé que je change de tenue. " Tu ne voudrais pas priver nos hôtes de ce qu’ils semblent avoir apprécié". Je réajuste mon collier de cuir devant le miroir qui couvre la totalité du mur. L’anneau est exactement centré. Les cheveux parfaitement tirés en arrière en une natte mainte fois refaite. Je pousse un soupir et fait la moue. J’ai vraiment l’air d’une petite étudiante, propre sur elle avec ce kilt au-dessus des genoux et ce chemisier blanc à peine froissé. Un nouveau soupir désabusé. Mais n’est ce pas ce que je suis en réalité ? Une étudiante ? D’un genre particulier il est vrai ! Les sous-vêtements qui manquent à ma tenue en témoignent ! Je ne me fais plus d’illusion quant à la qualité de nos hôtes. Ils font manifestement parti du cercle de Marc et il est important que je fasse bonne figure. En élève appliquée et consciencieuse.
Il est encore tôt pour dîner et comme proposé nous sommes allez flâner dans le parc. Le style à la française qui entoure la bâtisse fait rapidement place à des bosquets et rocailles savamment disposés qui donnent l’impression que la nature reprend ses droits au fur et à mesure que nous nous éloignons. Au détour d’une pièce d’eau nous passons devant une croix de bois peinte en blanc. Je ne peux m’empêcher de m’arrêter devant elle, intriguée. C’est la réplique exacte de la croix de bois que nous avons croisée sur la route et qui indiquait notre chemin jusqu’ici. Elle est juste un peu plus petite. A taille humaine je dirais. Je fronce les sourcilles. La croix porte trois gros anneaux de fer. L’usure de la peinture et les éraflures sous ces anneaux me disent qu’ils ne sont pas là qu’a titre décoratif. Je me tourne vers Marc qui s’est arrêté lui aussi.
Il a deviné mon interrogation et me lance.
- Ce jardin cache bien des secrets !
Je reporte mon attention sur la croix
- Mais c’est… c’est un…
je cherche le mot adéquat pour lui faire saisir que j’ai compris à quoi pouvais servir. Il m’aide rapidement
- c’est un pilori ?
- Euh… Oui, c’est cela !
Marc porte une main à son menton réfléchit un instant et lance un regard à la ronde. Il revient à moi et me désigne le puissant soubassement de pierre qui porte la croix.
- Monte !
Je devine immédiatement où il veut en venir. Je jette à mon tour un regard circulaire. Mais la succession des taillis et buissons fleuris bouche l’horizon. En fait n’importe qui, à tout moment, pourrait déboucher des chemins tortueux qui mènent ici sans que nous l’apercevions approcher. Mon cœur se met à battre un peu plus fort. Je monte les trois marches qui mènent à la dalle d’un pas rapide. Je me mets dos au pilier de bois et lève les deux bras à la rencontre des anneaux de fer qui pendent de chaque côtés des montants du pilori. Ils sont hauts et je me hisse sur la pointe des pieds pour m’en emparer, mon corps se tend comme un arc. Mes reins se cambrent contre le bois, ma poitrine se projette en avant, ma jupe remonte sur mes cuisses, je prends conscience de la posture de parfaite résignation que me force à prendre la croix. Instinctivement je penche la tête de côté en pliant légèrement les genoux comme si j’étais attachée là depuis de longues heures. Je n’ai pas besoin de prendre un air affligé pour compléter le tableau que j’offre à mon Maître, l’inquiétude qui voile mon visage à l’idée que quelqu’un pourrait surgir à tout instant et me trouver dans cette pose équivoque est suffisante. Marc s’approche du pilori. Il a un large sourire de contentement. Il reste un long moment à me détailler sans bouger. Mes épaules et mes bras commencent à s’endolorir sous la tension. Sous son regard je prends toute la mesure de ma position. C’est la première fois qu’en posture de soumission je suis au dessus de lui et pourtant comme je me sens vulnérable, offerte les bras en croix, les chevilles serrées contre l’anneau du bas de la croix et qui n’attend que la chaîne qui me liera. Mon Maître sort de sa contemplation et enjambe rapidement les marches qui nous séparent. Sans un mot il pose sa main sur mon genou gauche et de l’autre tire sur ma natte pour relever mon visage vers lui. Je frissonne, je ferme les yeux et ma bouche s’entrouvre tandis que sa main quitte mon genou et remonte vers mon ventre entraînant avec elle la courte jupe. Mon ventre s’amollit. Je vais pour écarter les jambes comme le veut l'étiquette mais je m’aperçois que cela est impossible sans que mes pieds quittent le sol et que le poids de mon corps ne me fasse lâcher les anneaux de fer. Je devine que ce n’est pas ce que veut ce lieu, cette croix. Je dois plutôt tenter de sauvegarder ce qui me reste de pudeur. Pour un temps en tout cas! Je suis maintenant troussée jusqu’au nombril, La tête rejetée en arrière. La main brûlante vagabonde un instant sur ma peau pour terminer sa course entre mes jambes verrouillées lançant un majeur inquisiteur au travers de la courte toison rousse à la rencontre de mon clitoris déjà gonflé de désir. Une douce chaleur embrase mon ventre et court le long de mon dos.
Au diable le promeneur attardé qui pourrait me découvrir ainsi entre les bras de Mon Maître !
Marc me murmure à l’oreille sous le ton de la confidence.
- Si tu savais le nombre de soumises qui sont passées par cette croix…
Il n’attend pas de réponses l’usure du bois est assez éloquente.
- Mais de toutes tu es celle qui lui va le mieux… Tu sais pourquoi ?
J’ouvre les yeux et vais à la rencontre de son regard. Interrogatrice ! …
Il sourit
- Parce que tu ne joues pas !

