Chap 7. Les liens du sang
Les rayons du soleil matinal filtrent à travers les persiennes et viennent me chatouiller les paupières. J’entrouvre les yeux et les referme aussitôt, éblouie par l’intense clarté. A tâtons je repousse le drap qui me couvre à mi-corps. Je prends une profonde inspiration pour chasser de mes poumons les derniers miasmes de la nuit. Je me redresse sur un coude mais je manque d’assurance et retombe de tout mon long sur la poitrine de Marc. J’ai mal à la tête !
Je tente de nouveau d’ouvrir les yeux. Dans la buée de mes larmes je distingue la silhouette nue allongée à la gauche de Mon Maître. Elle est couchée sur le ventre, le visage a demi posé sur son bras replié. Son autre bras disparait sous celui de Marc. Sa chevelure auburn, emmêlés comme après une course effrénée, couvre l’oreiller repoussé et tasser contre la tête du lit. Sa jambe droite est repliée au-dessus des draps dévoilant une cuisse longue et ferme. Ses reins et ses fesses impudiquement exposés reflètent la lumière chaude du matin.
Sous mon menton la poitrine de Mon Maître se soulève en un rythme régulier. Ils dorment encore profondément. J’émets un petit gémissement de douleur, une douleur vrillante me traverse le crâne, et me laisse retomber lourdement en arrière en gardant une main sur la poitrine de Marc.
Je replonge dans ce demi-sommeil bienfaisant qui souvent suit mes nuits.
Et les images de cette soirée dansent sur l’écran sombre de mes paupières.
...
- Mademoiselle Béatrice ?… Pourquoi avez vous les jambes écartées ?
- pourquoi avez vous les mains dans le dos ?
- Pourquoi êtes vous cambrée ?
- Pourquoi ?
- …
Stupéfaite j’écoute Béatrice égrener les réponses que je viens de psalmodier, il y a quelques instants.
- …Et tu aimes être ainsi offerte Béatrice ?
Comme un coup de tonnerre la réponse tombe et je comprends qu’elle ne joue plus. Qu’elle a lâché prise.
- Oui, Maître Marc… J’aime çà !
J’aurai du être scandalisée, révoltée peut être !
Il n’en a rien été ! Bien au contraire. A peine ai-je été troublée mais cela a vite laissé la place à un sentiment de fierté et de complicité avec ma sœur encore jamais égalée.
Son verre vide, Marc se lève du sofa et revient le poser sur la table. Il s’accroupit près de Béatrice.
- Et maintenant Mademoiselle … Êtes vous excitée ?… Est-ce que vous mouillez?
Du coin de l’œil je vois ma sœur baisser la tête et murmurer à voix basse comme pour n’être entendue que par Mon Maître.
- Ou… Oui, Marc !
Marc a un claquement de langue agacé.
- Pardon ?
Béatrice bafouille embarrassée
- Je… Pard… Je… Oui, Maître !
Du coin de l’œil, à la limite de mon champ visuel, Je l’aperçois me lancer un regard interrogateur. Je reste de marbre, impassible. Mais mon cœur bat à cent à l’heure.
Marc pouffe
- Eh bien …Il y a du travail !… Je vous propose de commencer immédiatement, Mademoiselle ?
Cette fois la réponse est plus assurée
- Oui, Maître !
Je ferme les yeux et souris intérieurement. Soit la bienvenue, Béatrice ! Bienvenu dans mon monde ! J’avais toujours cru en l’impossibilité de te décrire l’intense émotion que d’être ainsi dirigée, prise en main, soumise à Mon Maître. Tu as dû me prendre pour folle. Tes sourires narquois m’ont toujours dissuadé d’aller très loin dans mes pauvre tentatives d’explications.
Et voilà que ce soir tu partages de la façon la plus intime ce que mes mots ne peuvent décrire et que seul l’expérience peut faire toucher du doigt. L’indicible bonheur de servir.
Marc se relève
- Voilà qui est mieux… Restez à genoux Mademoiselle Béatrice, jusqu'à ce que je revienne vous chercher.
Il se tourne vers moi
- Mademoiselle Isabelle ?… Vous devriez me montrer mes quartiers… N’est-ce pas ?
Je mets un instant à réagir. Marc vient de me signifier que le repas est fini et je n’ai presque rien mangé.
Le Pavillon des hôtes est situé un peu en retrait du haras. Un chemin pavé et bordé de buis sombres nous y mène en sinuant entre les massifs de genets et de genévrier. Je pousse la porte et, passé le hall, nous pénétrons dans la salle centrale. Ce monumental gîte à colombages est la résidence des VIP qui passent au haras. Un ancien pigeonnier arrangé avec goût par ma mère dans le style de notre région, avec une touche de modernité qui souligne son ancrage dans notre temps.
Le détecteur de présence a mis en route les éclairages d’ambiance qui illuminent l’enchevêtrement des poutres de chêne qui nous surplombent. Une lourde table ronde de chêne doré trône au centre de la pièce parfaitement circulaire. Deux escaliers opposés de fonte noire aux balustrades de laiton doré montent en longeant les murs de pierre blanches vers les chambres. De nombreux tapis multicolores couvrent la presque totalité du sol masquant un parquet patiné par le temps. Les chaises ouvragées de cuir sont sagement alignées le long du mur en une ronde impeccable. Sur les parois, des tentures aux motifs africains éclatant réchauffent la froideur de la pierre et de la chaux. L’endroit semble plaire à Marc. Il en fait le tour à pas lent en détaillant les œuvres exposées sur des sellettes murales à intervalles réguliers. Son intérêt se porte soudain sur les tapis épais. Il en pointe un du doigt.
- Il manque une œuvre d’art ici !
Il soulève un sourcil en me lançant une œillade complice.
Je fais mine de ne pas comprendre.
- Allons Mademoiselle !… Déshabillez-vous et à genoux !
Je considère un instant le tapis un peu hagarde. Mais si Marc le veut !
- En bout de tapis… Je réserve l’autre bout à Mademoiselle Béatrice !
Le sang quitte mon visage. Je fais un pas en avant vers lui.
- Oh monsieur !… Oh non !… S’il vous...
Le froncement sévère de ses sourcils stoppe net ma protestation indignée.
Je reste la bouche ouverte de stupéfaction.
Il s’approche et s’empare de mon menton et me referme la bouche en souriant.
- Allons Isabelle… Qu’est ce qui te pose problème ?
- Mais, Mais…Monsieur.. C’est ma sœur !
J’ai mis dans ma voix toute la supplication possible.
Cela le fait rire et il hausse les épaules.
- Et alors ?
Ma tête se vide, je n’arrive plus a penser, l’émotion me submerge.
- Mais… Mais…
- Béatrice en a envie… Je le sais… Et tu le sais !
Mes jambes flageolent. Marc continu.
- Ta sœur est actuellement à genoux dans le salon… Et elle m’attend !
Il me lâche le menton et recule d’un pas. Je baisse les yeux sur le tapis, résignée.
- Oui, Monsieur !
Vaincue et à bout d’argument, je commence à me déshabiller mécaniquement, laissant tomber un à un mes vêtements sur le sol sous le regard espiègle de Mon Maître
Une fois nue, je m’agenouille docilement au bord du tapis en fixant l’autre bout comme hypnotisée. Marc s’empare de mes effets pendant que j’écarte les jambes et glisse mes mains dans le dos. Mon maître dépose mes vêtements sur une des chaises mais garde mon fin tee-shirt noir qu’il replit plusieurs fois sur lui-même pour en former un long ruban. Il se penche sur moi et entreprends de me sangler les yeux avec ce bandeau improvisé.

