On s’habitue à tout, à la douleur comme au plaisir.
Mais jamais à l’humiliation.
Jusqu'à ce qu’on regagne le ruban lisse et uniforme de l’autoroute  Laure ne m’a pas ménagée. Les virages et la chaussée mal entretenues ont ajouté aux vibrations du moteur entre mes jambes. Au fond de mon ventre les facétieuses grenailles, prisonnières des sphères, tressautent en tout sens créant une myriade de caresses intimes. Et c’est sans compter le poids des sphères jumelles qui semblent douées de vie propre sous les accélérations vigoureuses et cherchent à se rejoindre, inséparables.
La traversée de Montpellier a été des plus humiliante. Juchée haute, à cheval sur l’arrière du monstre rouge, les jambes à demi écartées, presque couchée sur Laure, la croupe offerte, projetée en arrière et cintrée de l’épais blouson de cuir, je ne pouvais pas passer inaperçue. Provocation aux mâles qui nous regardaient défiler devant eux, médusés.
Il n’a pas fallu longtemps pour que fussent les premiers lazzis et que les propositions les plus salaces se fassent aux arrêts des feux tricolores. J’avais l’impression que la ville entière contemplait, goguenarde, la suppliciée consentante que j’étais. Heureusement le casque sombre dissimulait aux regards le rouge de mes joues et la crispation de plaisir de mon visage.
La traversée de la ville m’a paru durer une éternité mais pourtant, peu à peu, la honte a laisser place à un trouble sentiment de fierté d’être ainsi exposée et désirée, provocante.
Bientôt les premiers embruns salés saturent l’air. Nous longeons maintenant la mer et nous nous engageons dans un de ces petits villages qui bordent la côte, anciens repères de pécheurs. Encore un instant et la Ducati stoppe devant un imposant portail de bois blanc. Sans arrêter le moteur Laure tend la main vers le pilier du porche et dans un déclic sec la porte s’ouvre lentement nous laissant le passage.
A peine ai-je le temps de déchiffrer la plaque d’émail bleu « La Galinière ». Le roadster s’engage au pas dans une grande cour intérieure et se gare devant une majestueuse maison typique de cette partie de la côte méditerranéenne.
Laure coupe le moteur.
Je continue à ressentir l’indécente vibration au fond de mes entrailles. Je descends d’un pas mal assuré, le ventre crépitant. J’ôte rapidement mon casque d’où s’échappe en cascade le flot de mes cheveux roux emmêlés et poisseux de sueur. Laure fait de même et s’assure que le portail se referme derrière nous.
- Viens !
Et sans attendre que je la suive elle se dirige vers l’ombre d’une pergola rehaussée de vigne vierge que l’on aperçoit à la droite de la maison.
Le pas de Laure est vif et décidé, je comprends son empressement lorsque j’aperçois la fraicheur désirable d’une large piscine aux eaux bleues. Elle pose son casque sur une des tables de fer peinte en blanc qui meublent le patio et d’un mouvement rapide se débarrasse de sa combinaison qu’elle  fait glisser le long de ses cuisses et laisse choir nonchalamment sur le sol. Elle était entièrement nue sous sa combinaison de motard et la voir surgir ainsi, majestueuse, de sa chrysalide de cuir pourpre me coupe le souffle.
Je reste bouche bée.
Elle me regarde et éclate de rire
— Allez! Ôtes-moi donc tout çà, tu ne crèves pas de chaud ?
Elle fait un pas vers moi et entreprend de me débarrasser de mes vêtements. Ils sont peu nombreux et un instant suffit pour que je me retrouve aussi nue que la belle esclave. Elle crochète d’un doigt la chaine qui entoure ma taille et qui relis les deux sphères douillettement installées en moi.
— Je t’enlève çà !?
C’est à la fois une injonction et une demande d’assentiment
Par la chainette qui se tend entre mes jambes, elle me tire à elle et me prend par les épaules pour me pousser vers une des tables du patio. Mes fesses touchent le bord froid, je ne peux plus reculer. La pression augmente, je me couche. Ma peau brulante entre en contact avec la surface glacée de la table. J’ai un petit gémissement de surprise mais Laure n’en tient pas compte. D’un geste vif elle écarte mes jambes et se glisse entre elles plaquant sa vulve onctueuse contre la mienne. Elle se penche sur moi appliquant ses seins sur les miens et appelle un baiser que je lui rend. Un baiser qui se prolonge sur mon cou et prés de mon oreille où elle susurre.
 — Tou’ a aimé ?
La belle italienne reprend facilement son accent lorsque nous sommes seules.
Je sais qu’elle parle des sphères indécentes qui s’agitent encore au fond de mon ventre quand, malicieuse, elle entame un discret mouvement de ses hanches comme pour  me pénétrer.
Troublée, mais contente de retrouver la chaleur de ses bras,  je resserre mes cuisses autour de sa taille pour en accentuer la pression et lance un « oui » énamouré à son oreille. Cela semble lui suffire et elle se redresse dardant ses yeux sombres au fond des miens.
— Madame  Kristale nous rejoindra  demain matin… Nous avons toute la nuit et la maison pour nous deux !
Je frissonne de tout mon corps et me laisse aller dans une douce torpeur alors qu’elle appuie son allusion par un baiser sur  mon sein droit en en mordillant le téton outrageusement dressé.  Je soupir d’aise et me laisse emporter par la dextérité amoureuse de la brune odalisque.
Retirer les boules de geisha est un jeu pour Laure ; Elle s’empare de la chainette et m’intimant de rester couchée sur la table, les jambes largement écartées, lui imprime de petites secousses en la tirant vers elle. Je me redresse sur les coudes pour l’observer. Elle s’amuse de me voir sursauter à chaque saccade. Comme dotées de leur volonté propre les sphères rechignent à s’extraire des douillets fourreaux. Je les sens toutefois progresser à l’intérieur de moi dans une langoureuse caresse. Laure s’arrange pour qu’elles effectuent le chemin de sortie de concert afin qu’elles atteignent leurs issus respectives au même moment. Lorsque je sens qu’elles dilatent les portes de mes orifices prêtent à abandonner leur refuge, dans un dernier geste,  comme un pêcheur qui fer sa prise d’un coup violent, ma douce tortionnaire force les deux sphères à s’expulser de mon ventre. Sous la surprise je ne peux m’empêcher de lâcher un petit cri vite réprimé.
Mues par l’impulsion et entrainées par leur vitesse, les deux sphères argentées spiralent dans l'air autour de la chaîne qui les relie et finissent par se coller l’une à l’autre dans un bruit sec achevant leur course qu’elles reprennent aussitôt en sens inverse sans se décoller, parfaitement soudées l’une à l’autre.
Je fronce les sourcils en observant leur étrange ballet. Elles sont aimantées ! Et je comprends mieux maintenant leur propension obstinée à vouloir se rejoindre en moi.
Laure, dépose les deux sphères sur une table voisine où elles restent sagement enlacées, immobiles. Elle se dirige vers la douche qui borde la piscine en me lançant une œillade, une invitation à la suivre.
— Tou’ est libre  maintenant !
Etonnant pourtant comme je me sens vide, je regarde une dernière fois les sphères damasquinées qui m’ont comblée et rejoins la Kajira sous la douche.

Je plonge sans élan m’enfonçant profondément dans l’eau fraiche. Je me laisse porter par mon élan en relâchant un peu d’air par le nez. J’ouvre les yeux et découvre dans un brouillard bleuté, à quelque mètre, le corps sculptural d’une vénus antique. De Laure  seul est visible sous le plafond iridescent de la surface les partie immergées, ses seins galbés aux sombres mamelons, son ventre tendu et ses jambes fuselées à demi écartées. Retenant ma respiration  je la rejoins en deux mouvements de brasse, écrasant mon visage contre son nombril orné d’un  joyau semblable à celui de Kristale  et y souffle une myriade de bulles d’air. A bout de souffle de remonte doucement à la surface en passant ma langue entre ses seins et émerge à quelques centimètres de son visage souriant, ravie de mon espièglerie.
Elle dépose un baiser sur mon front tandis que je reprends mon souffle. Je m’éloigne et me maintiens en suspension dans l’eau. J’observe les alentours, le jardin et la maison somptueuse.
— Cette maison est à Kristale ?
Laure fronce les sourcils, surprise de ma curiosité.
— Je ne sais pas !
— Tu ne sais pas ? … Tu y es déjà venu pourtant… Tu en as les clés !
Les deux bras en croix, agrippée au bord de la piscine Laure penche la tête sur le côté et fait la moue, mes questions l’ennuient, des questions sans importance pour elle.
— Oui… c’est Kristale qui me les a donnés… C’est comme çà !
J’ai envie de jouer.
— La Colombière pour les tourterelles… La Galinière pour les…. Poules… Elles choisie bizarrement ses noms !
Je lui lance une œillade malicieuse.
Laure fronce les sourcils, elle ne comprend visiblement pas.
Je change de conversation.
—  J’ai faim ! On va préparer le dîner ?
Le visage de Laure se durcit.
— Tu n’as pas le droit… Je vais te préparer un bouillon !
Déçue, je la teste.
— Mais Kristale n’est pas là ! Elle ne saura pas !
Laure détourne les yeux et comme pour elle-même murmure.
— Elle saura, Kristale saura… Il faut te donner le fouet aussi !
Un frisson me parcours, mais je n’ai pas envie de penser à cela. Je me ressaisis et m’éloigne d’un vif dos crawlé en riant.
— Il faudra que tu m’attrapes pour çà !
Laure feule un rire carnassier et lâche le rebord de la piscine, plongeant vers moi.
En riant, je me retourne sur la surface de l’eau et entame une nage endiablée. Mais je sais que je ne pourrais pas distancer la belle naïade.

A suivre : Chap. 53. Les feux de la nuit