Je raconte à Marc notre retour.
Je lui explique comment, entièrement nue, j’ai rejoins l’imposant 4x4 de Kristale. Comment à chaque passage de véhicule je me recroquevillais sur le siège, allant même à me glisser jusque sous le tableau de bord de cuir lorsque nous traversions les villages épars et heureusement encore endormis. Kristale n’arrêtait pas de s’esclaffer et de se moquer.
Nous sommes arrivées au petit matin devant la porte de mon meublé, mes cheveux encore humide. Une dernière angoisse au moment d’ouvrir la portière et de me précipiter vers l’huis entrouverte, poursuivie par les éclats de rires de la belle hollandaise. Un petit mètre à parcourir, mais le bout du monde pour moi. Nue dans la rue déserte, à la vitesse de l’éclair, je me précipite contre le panneau de chêne que je referme en catastrophe derrière moi et m’y adosse, les yeux fermés pour retrouver mon souffle et mon calme. Mon cœur bat à cent à l’heure.
J’ouvre les yeux.
- Et vous étiez là Monsieur ! …
Assis dans le grand fauteuil, un sourire en coin. Les vêtements que vous m’aviez ôté la veille, parfaitement rangés sur la table du salon. M’apercevant de votre présence, sans hésiter, je me suis immédiatement précipitée au devant de vous, m’agenouillant dévotement sur le sol froid, les jambes largement écartée, les mains dans le dos, la tête baissée, ma poitrine se soulevant d’émotion trahissant ma joie de vous revoir. J’ai failli m’évanouir lorsque vos mains ont frôlé ma peau, que vous vous êtes penché sur moi et que, d’un geste rapide et sûr, vous avez ceint mon cou du collier de cuir retrouvé. Un baiser sur le front, votre souffle chaud sur ma nuque, votre voix douce à mon oreille.
– Repose-toi Isabelle ! Rejoins-moi à l’atelier en fin d’après midi pour me raconter çà !
Je n’ai pas eu plus de réconfort que celui de vous retrouver rapidement.
Et me voilà, Monsieur… à genoux devant vous !
Marc décroise les bras et prend une profonde inspiration.
Il a suivi sans trahir la moindre émotion le récit détaillé de ma pénitence, de mes humiliations, de mes répulsions, de mes peurs et de mes terreurs sans nom.
Il toussote dans sa main pour s’éclaircir la voix.
- Et… Tu as envie de me gifler ?
Marc a le don de me déstabiliser par ce genre de questions. Des questions qui vont droit au but et font mouche. Je m’aperçois par une rapide introspection que toute au long de mon calvaire à aucun moment je n’en ai voulu à celui qui m’a imposé ce supplice. Aucun sentiment de colère ou de réprobation à son égard.
Je le regarde interloquée.
Il continu comme s’il pensait avoir deviné mes pensées.
- Tu me hais pour cela, … Pour ce que tu as subi ?
Je retrouve enfin la parole et lance dans un souffle
- Oh non, Monsieur !… Jamais. Mais…
- Mais ?
- Je me suis juste demandé pourquoi vous me faisiez çà…
Le sourcil de Marc se soulève en accent circonflexe.
– Pourquoi ?… Mais parce que cela faisait parti de tes fantasmes !
A mon tour je fronce les sourcils d’incompréhension
- Oui, souviens-toi ! Lors de ton arrivée, le rêve que tu as faite… Celui où tu étais sous l’emprise de plusieurs hommes…
Je me remémore soudainement cet épisode. Marc avait exigé que je lui raconte ce rêve érotique.
-… L’occasion était trop belle pour t’infliger plusieurs leçons d’un seul coup… Tu devrais me remercier… Nous,… remercier pour cela…
Il se frotte le nez.
- D’abord que tes fantasmes sont toujours plus légers que la réalité. Ce sont tes fantasmes qui t’ont conduite à me proposer ta soumission et tu vois que cela n’est pas toujours aussi réjouissant que cela. De même que ton fantasme d’être à la merci de plusieurs hommes.
- Tu as remarqué que tu ne portais aucun attributs de ta soumission. Ton collier par exemple… Tu sais Pourquoi ?
Je réfléchis un instant et tente une explication.
- Parce que ces hommes n’étaient pas des Maîtres, Monsieur ?
Marc hoche la tête avec un sourire satisfait.
- Tu as parfaitement compris. Ces hommes ne font pas partie du cercle. Ils ont simplement été invités par Kristale à… disons, … des réjouissances, qu’elle aime organiser.
Je doit pâlir un instant… Des hommes hors du cercle !
Marc doit s’en apercevoir et cherche à me rassurer.
- Ne t’inquiète pas ils ont été " examinés " par Kristale. Ils ont subi, comme toi et moi, une prise de sang. Mais le fait principal est que, c’étaient des vanilles…
-… Et donc le safeword n’était ici d’aucune utilité… D’ailleurs tu n’en avais pas besoin !…
Il tourne légèrement la tête tout en me fixant avec une expression ironique, comme un professeur qui attend la récompense d’une réponse juste de sa meilleur élève. Il patiente un instant, pour que ma réflexion aille au bout.
Mais tout cela est confus à mes oreilles. Je ne comprends pas ce qu’il veut me dire. Je reste bouche bée.
Il continue
-… Tu n'en avais pas besoin… Car il te suffisait de refuser… De dire " non " à ces hommes. Tu étais entièrement libre de ton choix… Puisque tu n’avais pas affaires à des Maîtres… Et d’ailleurs, ils ne connaissent rien de ta condition !
Une onde froide me parcourt le dos.
Je viens brusquement de réaliser.
Ainsi, j’aurais pu me soustraire à cette épreuve ?
A aucun moment je n’ai été sous la coupe de qui que se soit. Je me remémore, l’insistance de Marc sur la prise de ma décision alors que j’étais nue devant lui dans la clairière. A ce moment là j'aurais pu refuser ?
Une immense vacuité s’empare de mon esprit.
Mon dieu ! J’aurais pu refuser !
Et a aucun moment je n’ai compris cela ! Trop préoccupée à obéir, du moins le croyais-je, à Mon Maître.
Trop attentive à ne pas le décevoir.
Je balbutie.
- Je …J’aurais pu… refuser ?
- Oui, Bien sûr ! A aucun moment je ne t’ai donné l’ordre d’obéir que je sache. Je t’ai même proposé de renoncer… souviens-toi.
Totalement décontenancée, Je ne peux que répéter.
- J’aurais pu refuser ? …Sans rompre le contrat ?
Marc éclate de rire
- Oh! Que oui ! Et ton refus aurait eu une conséquence que tu ne soupçonne pas.
Je reprends ma respiration et lève un regard interrogateur sur Mon Maître.
Il sourit, joint les deux mains et se penche sur moi en s’appuyant des coudes sur les genoux.
- C’est Kristale qui a proposé ta punition lorsque je lui ai fais part de ton rêve. Elle était persuadée que tu étais trop inexpérimenté, que tu craquerais. J’ai accepté à la condition que cela ne te soit pas imposé. Qu’il y aurait une porte de sortie pour toi ! …Et… Il y a mieux !
Son visage s’éclaire d’un large sourire.
- ... J’ai exigé que, si tu avais refusé, ce soit elle qui prenne ta place !… On ne déçoit pas cinq hommes dans la force de l’âge, à qui on a promis une soirée torride ! Et qui se sont déplacés rien que pour cela… Non ?
Le sang reflue de mon visage. Ce sont des coups de massue que je reçois à chaques révélations. Des plans dans les plans, des accords à tiroir. Un machiavélisme digne de mon Maître, qui ne se contente jamais du banal et de la simplicité. Et je comprends mieux maintenant la règle " Nul n’impose une punition qui ne l’implique lui-même !" Je me rends compte à quel point Kristale était impliquée. C’est elle qui aurait subit le châtiment, si j’avais, l’espace d’un instant, renoncé, refusé sa propre punition !
Je tente de reprendre mes esprits.
J’ai été un jouet dans leurs jeux d’adultes. Un jouet consentant. Une soumise poussée à l’apogée de son renoncement en choisissant elle-même son destin. Et si je suis venu me mettre sous la férule de Mon Maître, c’était effectivement bien pour cela.
Dans un soupir, ma poitrine se gonfle de fierté.
Marc comprend ma réflexion intérieure.
- Toi qui admire tant Laure, sache que ce que tu as fait, est digne d’une Kajira.
Il prend une profonde inspiration.
- Et je suis vraiment très fier de toi ! Je t’ai laissé choisir et tu as choisi le chemin que j’attendais de toi… Et pas le plus facile.
Impulsivement, je tente de tempérer son enthousiasme.
- Mais… Mais ils ont voulu me…Me… J’ai voulu m’enfuir ! J’ai…
Marc me coupe.
- Oui, oui ! Je sais ! Kristale m’a raconté çà… Tout était sous contrôle ! Toute la nuit, elle est restée dans la pièce d’à côté. Elle veillait sur toi ! C’est fou ce qu’on peut faire avec un ordinateur portable et une simple petite camera web.
Il porte la main à son menton et continue sur un ton malicieux.
- D’ailleurs nous organiserons certainement une petite soirée pour visionner ta prestation. Tes ébats sur écran géant, cela doit être du plus haut intérêt !