Chap. 23. Recluse.
Le couloir est éclairé de la même façon que la chapelle, des flambeaux électriques à la lumière blafarde. Notre petit groupe atteint rapidement une série de portes qui se font face le long des deux murs. Des portes qui ressemblent à la porte d’entrée du couloir, aussi petite mais percée d’un orifice central à hauteur des yeux, un judas. Je comprends que ce sont des portes de cellule, j’essaye de les compter mais dans une savante mise en scène le fond du couloir est plongé dans l’obscurité totale et je renonce à mon décompte.
Notre hôte s’arrête face à l’une d’elle. Lance un regard complice a Marc tout en désignant le petit judas. Il nous renseigne d’une voix moqueuse.
- Une de nos invités de passage... Nous lui avons réservé notre plus belle chambre !
Marc s’approche du judas et à un hochement de tête entendu. Je me tends sur la pointe des pieds et cherche à percer le mystère de cette cellule. Ignés me tire sur la main. Me faisant comprendre qu’il faut que je reste à ma place. Je retombe sur mes talons. Notre hôte s’est aperçu de mon mouvement.
- Mademoiselle Isabelle est une curieuse ?
Il s’approche de moi, me saisit par les épaules et me tire jusqu'à la porte. Je lâche la main d’Ignés. Mon regard plonge dans la petite ouverture.
Il s’agit bien d’une cellule et j’imagine que les autres doivent être identiques. Elle est spacieuse en regard du couloir, mais elle paraît écrasée par les imposants moellons de pierre qui l’enserrent. Une lumière chiche orangé sourd du plafond, mais je ne peux en voir la source. Deux bas flancs de bois ciré couvert d’un fin matelas de toile grossière.
Et sur l’un d’eux une forme recroquevillée.
Une jeune femme, nue, assise en chien de fusil sur la banquette. Elle lève la tête vers moi. Un regard clair plein d’interrogations. Des cheveux bruns aux reflets mordorés coupés court encadrent un visage ou se lisent l’inquiétude et l’espoir mêlé. Elle esquisse un sourire timide et se redresse en pivotant comme pour se relever, mais elle ne le peut pas. Ses chevilles et ses poignets sont entravés de plusieurs tours d’une corde de chanvre et son cou délicat est enserré dans un large collier de fer qui est lui-même relié par une lourde chaîne à un anneau solidement fiché dans un des moellons du mur.
Je n’ai pas le temps d’en voir plus. Notre hôte me repousse doucement sur le côté et entreprends de déverrouiller la porte. Un simple gros loquet qui coulisse avec un bruit sec. La porte s’entrouvre et les deux hommes pénètrent à l’intérieur de la cellule. Elle n’est pas suffisamment grande pour tous nous accueillir aussi je reste avec Ignès sur le pas de la porte.
- Debout Mademoiselle !
Maladroitement, malgré ses entraves, la jeune femme tente de se redresser. Elle titube un peu, finit par retrouver un équilibre précaire et lève son visage vers nous. Je sourcille. Ne devrait-elle pas le baisser justement comme le veut l’étiquette ? Je comprends immédiatement que c’est une novice. Ce que nous confirme notre hôte.
- Sophie nous a été laissée par son Maître… Il nous l’a confié pour son dressage jusqu'à l’Assemblée.
Le visage de Sophie s’empourpre un peu
- Nous avons mandat et tout pouvoir d’en faire une bonne petite chienne.
La rougeur de ses joues augmente et cette fois elle baisse la tête.
Notre hôte ricane.
- Elle est un peut timide… Mais çà va vite lui passer !
Il se tourne vers nous
- Ignès… Ses chevilles !
Immédiatement Ignès se faufile dans la cellule, s’agenouille aux pieds des hommes et entreprend de délivrer les chevilles de la prisonnière.
Lui se penche sur l’anneau du mur et en manipule le cadenas chiffré libérant rapidement le bout de la chaîne. Ignés se relève. Sophie est maintenant libre.
L’homme la pousse hors de la cellule. Je me recule pour lui laisser le passage.
Marc me lance alors un regard moqueur que je lui connais bien.
Il interpelle notre hôte.
- Nous n’allons pas laisser une place inoccupée !
Il se saisit de l’anneau de mon collier et me tire vers l’intérieur de la geôle.
Notre hôte fait un pas en arrière et revient vers nous sans lâcher la chaîne de sa prisonnière.
Il m’observe un instant, se mords les lèvres, contrarié.
- Tu sais Marc …Il y a la Maraude ici !
Sans un mot Mon Maître pointe du doigt la fin bracelet de cuir rouge à mon poignet. L’homme à l’air embarrassé.
- Je… Je ne sais pas si cela suffira !
Il se dandine d’un pied sur l’autre. Cela sonne comme une mise en garde et cela doit être important car il en a oublié le vouvoiement.
Puis il semble prendre sa décision
- Enfin… Si tu le veux !
J’ai à peine le temps de croiser le regard inquiet d’Ignés avant que la porte se referme sur moi.

