Chap. 23. Hécate.
Je dépose délicatement mon tee-shirt sur le sol. Après un rapide coup d’œil aux alentours je dégrafe la ceinture de mon jean et m’en extirpe en de petits soubresauts. Un dernier coup de pied pour me défaire du pantalon et me voici nue sous la lune. La lueur spectrale se reflète sur ma peau en un éclat iridescent. Je reste un instant saisie par la pâleur de mon épiderme. Une blancheur presque irréelle, contrariée par le noir intense qu’a remplacé le roux de mes cheveux. Presque religieusement je jette un œil vers la lune bleue qui a le pouvoir inattendu de transformer ainsi la frêle et timide Isabelle en une déesse nocturne au corps de lait et aux cheveux de jais. La transformation sous la lumière n’a pas échappé à Marc et son œil d’artiste Son visage est soudain emprunt de gravité. Ses yeux me dévorent de la tête aux pieds. Il souffle à voix basse, comme pour lui-même.
- Bon sang ! … Comme tu es belle !
Une sourde exclamation qui vient du fond du cœur et me percute de plein fouet. Dans un élan irrépressible, je me presse contre lui. Ses mains brûlantes se posent sur mes hanches et d’un mouvement puissant me bascule à califourchon au-dessus de lui. Nos lèvres se joignent en un profond baiser alors qu’une caresse de feu longe mon dos pour se saisir de ma nuque et que ses doigts viennent se perdre dans le profond sillon de mes fesses entrouvertes.
Est ce la mystérieuse puissance des radiations sélénites ? Cet instant de liberté totale ? Ou même le péril de notre situation, entouré de couples qui se livrent, peut être, aux même ébats ? Je ne saurais le dire ! Mais ce soir je me sens louve à l’appétit insatiable. Un torrent de feu coule dans mes veines, des bourdonnements envahissent mes oreilles, j’ai envie de Mon Maître comme jamais je n’ai eu envie de lui. Mes mains glissent fébrilement sous ses vêtements glissant jusqu'à sa ceinture. Lâchant sa bouche, je me recroqueville et glisse le long de son torse. Mes mains ont enfin trouvé le pieu de chair brûlante et je n’ai qu’une hâte c’est de le goûter, de le glisser entre mes lèvres pour offrir à Marc la plus torride des caresses. Lui montrer à quel point je peux être sa chienne intentionnée. Je ne suis plus moi-même ! Moi qui d’habitude suis si rétive a l’idée même de cette caresse humiliante je me retrouve nue aux genoux de Mon Maître prise d’une frénésie incontrôlable, la bouche engloutissant sans sourciller le membre d’ivoire en voulant en extirper dans une ferveur passionnée la sève salvatrice. Ses mains se posent sur ma tête, sur mes cheveux noirs, accompagnant et forçant le va-et-vient profond qui fait buter son sexe au fond de ma gorge. Peu m’importe mon inconfort et les possibles regards contemplant ma déchéance, je veux l’absorber en entier. Je n’existe plus, je n’ai plus qu’un but, jouir et faire jouir. Mon esprit se dédouble et la timide Isabelle contemple, effarée, son corps laissant libre course à ses pulsions.
J’avais déjà remarqué auprès des animaux cet atavisme qui les font s’agiter les nuits de pleine lune. Les chevaux qui s’ébrouent de nervosité dans leurs box. D’ailleurs tout le monde le sait au haras qu’il faut redoubler de précaution ces nuits là ! Une ruade imprévisible est vite partie. Des soirs où j’ai toujours du mal à m’endormir, ce que j’avais attribué à la tension impalpable et au vacarme assourdi qui règnent alors dans les stalles. Mais ici ? Ce n’est certainement pas un hasard si Marc m’a conduite dans ce lieu magique ! Et a ce moment de pleine lune. Mais avait-il prévu que sa douce Isabelle deviendrait l’espace d’un moment son démon succube ?
Ma bouche n’est pas assez grande, pas assez profonde, j’en veux plus ! De dépit j’accélère la cadence et mes cheveux viennent battre son ventre. Mon corps s’enflamme, mon sexe s’ouvre convulsivement. Je le veux en moi, maintenant !
Le tenant toujours d’une main ferme, j’abandonne la fervente succion. Dans un éclat de lumière lunaire je distingue le membre opalescent fièrement dressé, luisant de salive, ma salive ! Oh ! Vite, vite ! J’émets un petit cri de chatte énamourée à peine réprimé. Hâtivement je me replace à califourchon sur Mon Maître présentant d’une main fébrile le gland turgescent à l’orée palpitante de mon ventre en feu. Pas de préliminaires, cela n’est pas nécessaire, je suis inondée et brûlante d’impatience. D’un coup de rein volontaire je m’empale profondément sur le pieu d’ivoire. Sa progression est foudroyante, écartant sans peine les parois étroites de mon vagin. Un arc électrique pulse et éclate au fur à mesure de sa progression. Je suis sur le point de crier mon plaisir de le sentir ainsi si intimement en moi lorsque dans un éclair de lucidité je me rappelle les gens autour de nous. Je porte vivement la main à ma bouche et en mords cruellement le dessus pour étouffer mon cri de volupté. Je me laisse retomber sur la poitrine de Marc et me saisis de sa tête enfouissant mon visage près de son oreille. Malgré la fraîcheur de l’air je suis en sueur et halète comme une forge, presque a en suffoquer. Il me faut reprendre mon souffle, mais Marc ne m’en laisse pas le temps. Ses deux mains se posent sur mes reins et leur impriment un léger mouvement de va et vient forçant ainsi un peu plus l’écartement de mes cuisses de part et d’autre de son corps et achevant sa pénétration. Gagnée part le rythme, je m'agite à mon tour de plus en plus vite. De petits coups de reins qui s’amplifient peu à peu. Son doux glissement à l’intérieur de mon ventre échauffe tout mon être et mettent le feu a mon corps. J’embrasse frénétiquement le visage aimé. Sa bouche bâillonne mes petits cris de pâmoison. Une passion hystérique me gagne et mes cris étouffés de plaisir en témoignent au monde.
Un premier flash passe devant mes yeux me laissant tétanisée, hébétée. Puis un deuxième, qui me fait revenir à la réalité. Marc réagit plus promptement ! D’une main rapide il se saisit du pan de la couverture laissé libre par mon absence et d’un violent coup de rein la rabat par-dessus nous, cachant ainsi nos corps à la lune, tandis que des voix indignées de protestations éclatent dans la nuit.
- Hooo Là...
- C’est interdit ici les photos…
- Salauds…
- Foutez-nous la paix, foutez le camp…
Sous la couverture, Marc ricane doucement.
Je viens de comprendre ce qui viens de se passer. Ces éblouissements ce ne sont pas ceux d’un orgasme à venir. Non ! Quelqu’un dans la nuit a pris des photos au flash. Qui a été ainsi immortalisé ? Nous ou bien un autre couple ? En fait peu m’importe, mais la timide Isabelle vient de reprendre le dessus. Je me sens soudain terriblement mal à l’aise et vulnérable. Et j’en veux tout autant à ces perturbateurs d’avoir ainsi cassé le charme qui m'ensorcelait. Dans la nuit bleue les éclats de voix se prolongent et s’apaisent peu à peu. J’ai retrouvé mon souffle et mon corps se détend. Mon Maître caresse doucement mes cheveux et le bas de mes reins, comme pour me calmer. Il a sentit mon angoisse naissante. Je suis toujours empalée sur lui et j’aime sentir sa puissance en moi. Rassurée, je pose ma tête dans le creux de son épaule. La couverture qui nous enveloppe nous fait un cocon et me protège de la fraîcheur de la nuit et du regard des autres. Les palpitations de sa verge fichée dans mon ventre m’incitent à onduler doucement la croupe pour faire renaître le plaisir et continuer nos ébats interrompus. Langoureusement, a petits coups feutré j’ébauche un lent mouvement le long du piston huilé. De nouveaux je me sens chienne et ma respiration s’accélère. Je me redresse sur les coudes sortant la tête de dessous la couverture et me cambre pour parfaire sa pénétration. Je veux Mon Maître au plus profond de mon vagin ! Ses mains sur mes hanches rythment la cadence. Je retombe de nouveau sur sa poitrine lâchant à son oreille mes petits glapissements étouffés de plaisir. Peu à peu une vibration puissante monte de mon ventre et embrasse mes reins. Je réprime comme je peux mes soupirs qui risquent de devenir cris de jouissance et me signaler aux alentours. Je me mords les lèvres mais rien ne m’empêchera cette fois d’aller au bout de la folle chevauchée.
Rien ! Sauf la main de mon Maître qui se pose brutalement sur mon cou s’emparant de mon collier de cuir en le tirant fermement en arrière, et ainsi, stop net mes mouvements.
Sa bouche se tourne vers mon oreille.
- Arrête Isabelle… Je ne t’ai pas donné l’autorisation !
L’autorisation ! L’autorisation ? Celle de prendre mon plaisir ? Mon dieu comme c’est cruel ! Stupéfaite je redresse la tête et me retrouve face à lui.
Ses mains quittent mes fesses et viennent encadrer mon visage. Ses pouces se posent de chaque coté de ma bouche.
- Il te faut demander !
Je reste dans l’expectative, mais je devine ce qu’il est en train de faire. Il sait à quel point je vais avoir du mal a verbaliser mon désir. Me donner à lui ce soir est facile, facile aussi de l’écrire, mais le lui dire de vive voix ! Ma timidité reviens au galop et je sens mes joues s’empourprer
- Tu as compris Isabelle ?
Je réponds à voix basse presque inaudible.
- Oui… Oui, Monsieur !
Je tente de baisser la tête pour échapper à son regard et trouver le souffle nécessaire, mais ses mains m’en empêchent. A la clarté de la lune il veut goûter la honte et le désarroi qui s’empare de moi lorsque je fais ma demande.
- Monsieur, … Je… Est ce que je…
Une bouffée de chaleur intense envahie mon visage. J’ai l’impression que je vais m’évanouir, ma voix s’étrangle. Ho mon dieu ! Comme cela est difficile, presque au dessus de mes forces. Et ses yeux qui ne me quittent pas et plonge au plus profond de mon âme brutalisée !
- Je…Est ce que je… Je peux…jouir ? S’il vous plaît ?
J’ai susurré le mot jouir d’une façon presque inaudible. Un éclair de lune bleue glisse sur ses yeux et il esquisse un sourire désarmant.
- Non, non Isabelle il ne s’agit pas de çà !
Il claque la langue contre son palais comme il le fait lorsqu’il est contrarié.
- Il faut que tu demandes… Que JE jouisse en toi !
Mon âme se recroqueville sous l’effet de la stupeur. La tête me tourne. L’atmosphère est redevenue très sérieuse tout à coup. En une parole, en un ordre et désir de mon Maître, la jeune nymphe débridée redevient la timide étudiante rouge de honte. Jamais je n’ai exprimé mon désir en des mots si crus et encore moins de cette façon. Je souffle un peu et baisse les yeux. Mécaniquement, les paroles si humiliantes s’échappent par bribes de mes lèvres.
- Je... Est ce que…vous…vous pouvez… Jouir… En… En moi ! S’il vous plaît ?
La pression de ses mains sur mon visage se relâche. Elles viennent se reposer à plat sur le haut de mes fesses et leur imposent un petit mouvement de bascule tandis qu’il soulève son bassin me pénétrant ainsi plus profondément encore. Je ne le quitte pas des yeux. Je n’ose pas ! Des yeux d'émeraude, sombres comme un lac de montagne reflétant la lune omniprésente, qui soutiennent mon regard et observent mes réactions pendant que j’accompagne le doux va et vient de léger coup de rein.
Il ne sourcille même pas lorsqu’un chaud liquide coule au fond de mon ventre. Mes yeux toujours dans ses yeux. J’ouvre la bouche de surprise et ne peux retenir un petit cri de contentement en recevant ainsi son offrande. Une offrande à la déesse de lune que je suis ce soir, l’espace d’un instant, entre ses bras.
Il n’a pas fallut longtemps pour rentrer à mon appartement. Il m’a accompagné à l’intérieure. Nous avons bu un verre. De nouveau il m’a fait l’amour, simplement puissamment, rapidement, sans un mot, et m’a laissé, épuisée, sur le lit de draps blancs, baignée par la clarté de la lune déclinante.
Le soleil se lève chassant les dernières vapeurs de cette nuit magique. Paresseusement je glisse une main sur mon ventre. Du sperme séché, sa semence macule l’intérieure de mes cuisses. Je n’ai pas pris de douche après son départ, j’ai sombré immédiatement dans un sommeil profond. Je souris, j’ai le temps ! Mon Maître m’a laissé ma journée libre. Ce soir il vient me chercher, il va m’emmener. M’amener à son bras, ou peut être au bout d'une chaîne, à cette soirée de Kristale…La récréation est terminée… Pensivement je caresse mon collier de cuir…
Et je serais prête !

